Australie/Boycott d'Adelaide Festival : l'édition 2026 annulée après la déprogrammation de Randa Abdel-Fattah
- Les tensions se sont cristallisées le 8 janvier, lorsque le conseil a décidé de « rescinder l'invitation » de Randa Abdel-Fattah, invoquant la « sensibilité culturelle » et le « deuil national » liés à l'attaque de Bondi pour justifier cette mesure
Istanbul
AA / Istanbul / Mariem Njeh
L’Adelaide Festival a annoncé mardi l’annulation de l'édition 2026 de sa célèbre « Writers’ Week » et la démission collective de son conseil d’administration. Ce bouleversement institutionnel conclut une semaine de polémique déclenchée par la déprogrammation de l'autrice palestino-australienne Randa Abdel-Fattah, une décision qualifiée de « reddition inexcusable » par une partie du monde des arts.
- Un « résultat profondément regrettable »
Dans un communiqué publié mardi sur son site officiel, le conseil d'administration a déclaré que « de nombreux auteurs ont depuis annoncé qu'ils ne participeraient plus à l'Adelaide Writers' Week 2026 et la position du Festival d'Adélaïde est que l'événement ne peut plus avoir lieu comme prévu cette année ».
L'organisme, qui dit reconnaitre la « détresse » causée par sa gestion, présente ses excuses pour avoir engendré « plus de division » alors qu'il souhaitait initialement apaiser les tensions après la tragédie de Bondi. « Nous nous excusons également auprès de la Dr Randa Abdel-Fattah pour la manière dont la décision a été représentée », ajoute le texte, tentant de dissocier le retrait de l'invitation de Abdel-Fattah de l'identité de l'autrice pour la lier à un « changement rapide du discours national sur l'étendue de la liberté d'expression ».
- Chronologie de la crise
Les prémices de cette fracture institutionnelle remontent à octobre 2024, marquées par la démission de l'administrateur Tony Berg, qui accusait déjà la direction de favoriser des positions « anti-israéliennes ». Les tensions se sont toutefois cristallisées le 8 janvier, lorsque le conseil a décidé de « rescinder l'invitation » de Randa Abdel-Fattah, invoquant la « sensibilité culturelle » et le « deuil national » liés à l'attaque de Bondi pour justifier cette mesure.
Cette décision a déclenché, entre le 9 et le 12 janvier, une levée de boucliers mondiale : tandis que l'autrice dénonçait un « racisme anti-palestinien flagrant » et que la sénatrice Lidia Thorpe condamnait un « précédent glaçant », plus de 180 participants, dont Jacinda Ardern, Zadie Smith et Yanis Varoufakis, se sont retirés de l'événement.
La sénatrice australienne Lidia Thorpe avait apporté un soutien à l'autrice, qualifiant la décision du Conseil d'« intrinsèquement raciste ».
Selon la sénatrice, amalgamer l'identité et l'œuvre de Randa Abdel-Fattah avec l'attaque de Bondi « favorise activement la désinformation, la division et la violence raciale ».
Thorpe avait également dénoncé lundi, sur le réseau social américain X, l'utilisation de la tragédie de Bondi pour légitimer une campagne contre les protestations pacifiques, qualifiant cette dérive de « précédent glaçant ». Elle a également salué tous les participants ayant boycotté le festival et a exigé des excuses officielles ainsi qu'une compensation financière pour l'autrice.
Face à cette pression et après la défense publique de l'autrice par Varoufakis, le conseil a finalement capitulé ce mardi 13 janvier, annonçant simultanément l'annulation du festival, ses excuses officielles et la démission collective de ses membres.
- Boycott massif et blocage institutionnel
La pression était devenue insoutenable pour l'organisation. Outre le boycott de figures littéraires mondiales et la lettre ouverte de dix-sept leaders artistiques, le festival se trouvait menacé de paralysie administrative.
La démission de la présidente Tracey Whiting et des membres Daniela Ritorto, Donny Walford et Nick Linke a plongé l’Adelaide Festival Corporation dans un vide juridique. Selon la loi de 1998 régissant l'institution, le conseil doit respecter une parité stricte pour délibérer. Le départ des administrateurs compromet la capacité légale de la structure à gérer le reste du festival, dont la mission est de « sauvegarder le long et riche héritage culturel » de l'État.
Le communiqué du mardi a précisé que l'objectif est désormais de « reconstruire la confiance » avec la communauté artistique, une tâche qui incombera à une toute nouvelle équipe de direction, le conseil actuel ayant choisi de se retirer pour « protéger le personnel dévoué » de l'événement.
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