AA/Bunagana (RDC)/Gaïus Kowene
Les rayons du soleil transpercent les feuilles vertes des arbres au poste frontalier de Bunagana, séparant la RDC de l’Ouganda. Sous le regard des services d’immigration, un long bus entre sur le territoire congolais avec une centaine d’hommes, de femmes et d'enfants à bord. C’est un convoi des réfugiés Congolais qui rentrent au pays avec l’appui du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, UNHCR.
A peine descendus du bus, un sourire radieux illumine certains visages, ravis de rentrer à la maison. Le septuagénaire Bruno Luanda, père de 3 filles, a quitté la RDC il y a deux ans pendant les affrontements entre l’armée régulière et la rébellion du Mouvement du 23 mars, M23, dans cette région du Nord-Kivu, dans le Nord-Est du pays.
«En Ouganda, nous devrions cultiver les champs des nationaux et avoir de la nourriture comme salaire» se souvient-il, assis à côté des sacs contenant ses biens. « Même si nous avions accès à des soins de santé gratuits, nous ne nous sentions pas chez nous ! » confie-t-il.
Ce besoin de se sentir « chez soi » pousse des réfugiés Congolais en Ouganda à prendre le chemin du retour. Depuis la chute du M23 en novembre 2013, la Direction Générale de Migration a enregistré plus de 25 000 rapatriements spontanés (il en reste quelques dizaines de milliers), dont seulement 20% ont bénéficié d’un appui logistique du HCR. Cet appui comprend le transport en bus des camps en Ouganda jusqu'à un poste frontalier Congolais. A Cela s’ajoute une somme de 5 $ par individu pour faciliter le voyage vers leurs villages respectifs.
Pendant qu’une mission tripartite RDC-Ouganda et HCR vérifie l’identité de ces retournés, Bruno Luanda réalise qu’il ne sait même où passer la nuit, son ancien logis étant détruit par la guerre. A sa grande surprise, aucun représentant des trois parties ne propose de les héberger, ne serait-ce que de façon temporaire. « Les responsables des camps en Ouganda nous disaient que notre gouvernement s’occuperait de nous ici. Mais, là, nous sommes laissés à nous mêmes » regrette-t-il.
Juste à côté, un chauffeur kenyan finalise les procédures administratives au poste frontalier et écoute l’histoire de Bruno. Touché, il se précipite vers son véhicule pour ramener un tas d’oignons qu’il distribue aux quelques familles retournées, encore sur les lieux. « Ça m’étonne que la population locale ne vient pas en aide à leurs frères retournés » s’exclame-t-il avant d’ajouter : « Au Kenya, nous nous sommes occupés de nos frères retournés des camps des réfugiés sans attendre l’aide du gouvernement ou des ONGs internationales. »
Une fois la vérification d’identité terminée, l’équipe de la commission nationale des réfugiés, CNR, reprend sa route pour Goma, chef lieu de la province du Nord Kivu, remettre un rapport à sa hiérarchie. «Le gouvernement Congolais n’a pas encore commencé à organiser le rapatriement des refugiés » explique à Anadolu un agent du département des rapatriements à la CNR. «Ceux qui décident de rentrer au pays le font de leur propre gré et à leur propre initiative. Nous ne pouvons pas les en empêcher ! » Justifie-t-il.
Se référant au naufrage de Mars dernier qui a coûté la vie à 250 réfugiés Congolais sur le lac Albert, cet agent de la CNR rappelle que « c’est pour éviter de pareils drames que le gouvernement et ses partenaires apportent cette petite assistance logistique. »
Cependant, des réfugiés retournés qui trouvent leurs terres occupées peuvent recourir aux Comités Locaux Permanents de Conciliation. Ces structures gouvernementales présentes dans différents groupements ont reçu l’année passée une cinquantaine des plaintes des conflits fonciers, certains impliquant des déplacés ou refugiés qui rentrant dans leur milieu d’origine.
« Les réfugiés et déplacés qui estiment que leurs terres sont occupées présentent des preuves qu'elles leur appartiennent et nous nous chargeons de la médiation entre les deux parties » déclare Faustin Rukata, expert en gestion des conflits, à Anadolu « Si les titres fonciers étaient perdus ou détruit pendant la guerre, nous interrogeons les voisins qui connaissent mieux la personne» argumente-t-il.
En attendant une solution durable, Bruno Luanda compte passer la nuit chez son chef de village. « Je lui demanderai un champ pour survivre en autonome » planifie-t-il.