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Madagascar: si près, et pourtant si loin de l'eau

Le taux de l'accès à l'eau potable dans la Grande île reste relativement faible malgré la fort potentiel des ressources existantes.

20.05.2015 - Mıse À Jour : 20.05.2015
Madagascar: si près, et pourtant si loin de l'eau

AA/ Antananarivo/ Alain Ilioniaina

A Madagascar, la potentialité des ressources en eau pourrait satisfaire les besoins de toute la population, pourtant l’inégalité dans la répartition spatiale et la vétusté des infrastructures condamnent l’accès à l’eau potable à bon nombre de malgaches.

Le volume total des ressources en eau susceptible d’être mobilisé et consacré à la satisfaction des divers besoins en eau de la population est de l’ordre de 449 milliards de m3 par an, selon un rapport récent du fonds africain de développement. Des ressources qui apparaissent très largement supérieures aux besoins.

 Pourtant, les quantités actuelles effectivement utilisées des ressources en eau (17 298 millions de m3 par an) sont minimes par rapport aux volumes d’eau disponibles et exploitables  (3,852% de l’ensemble), selon ce même document.

"Moins de 50% des Malgaches ont d’ailleurs accès à l'eau potable", constate amèrement Raymond Randrema, secrétaire général du ministère de l'Eau, de l'assainissement de l'hygiène, rencontré par Anadolu.

Randrema évoque, comme raison sous-tendant ce pénible constat, la faiblesse des infrastructures, faute de moyens appropriés que la crise politique, entre 2009 et 2013, n'a fait qu'aggraver.

«Le nombre de la population augmente alors que les infrastructures diminuent (...) car il n'y a pas de nouvelles constructions et celles qui existent ne sont pas entretenues», poursuit-il.

" Nos camions-citernes, dont le parc diminue, n'arrivent pas à ravitailler en eau les villes", témoigne, pour sa part, Noely, directeur général de l'Adduction en eau potable dans le Sud, une agence gouvernementale qui gère l'approvisionnement en eau dans le Sud du pays, une zone aride, à Anadolu. 

Les conséquences de la faiblesse de l'accès à l'eau sont considérables.

" Madagascar perd chaque année 103 millions USD à cause d'un mauvais assainissement, soit 5 USD par personne par an, ce qui équivaut à 1% du PIB national", note une étude menée par le Programme eau et assainissement (WSP) du groupe de la Banque mondiale en 2012, reprise par la Feuille de route du secteur eau, assainissement et hygiène du gouvernement. 

WSP fait part des "déficits en matière d'accès à l'eau [qui] se font sentir sur la santé (...) l'éducation, la pauvreté mais également sur l'environnement".

Par ailleurs, " 14 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année, faute d'un bon accès à l'eau. Par ailleurs, on estime à 3,5 millions les journées de travail perdues par la population par an à cause de ces maladies".

La faiblesse de cet accès à l'eau potable a également des répercussions directes sur des pratiques sanitaires et leurs conséquences sur l'hygiène, selon Randrema qui déplore que "64% des Malgaches pratiquent la défécation à l'air libre". 

 Paradoxalement, la Grande île dispose d'énormes potentiels en eau "Nos ressources, aussi bien en eaux souterraines qu’en eaux de surface, peuvent très bien assurer nos besoins en eau potable ", soutient Abel Razafimahatratra, ingénieur hydraulicien, à Anadolu.

Mais les ressources sont "surtout très insuffisamment exploitées", déplore-t-il.

L’inégalité dans la répartition spatiale met aussi à mal la Grande Ile.

L'eau est abondante dans la partie orientale de Madagascar, ce qui n'est pas le cas dans le Sud du pays, victime d'un "début de sècheresse", selon Ludovic Lomotsy, secrétaire exécutif du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC), l'agence gouvernementale qui gère les catastrophes naturelles, cette année.

Raymond Randrema rappelle pour sa part que "dans le passé récent, le pays avait, au moins par deux fois, tenté d'exporter de l'eau", puisée dans les fleuves de la partie orientale de l'île, "mais les projets n'ont pas pu être mené à leur terme", tempère le secrétaire général du ministère de l'Eau, de l'assainissement de l'hygiène. Il évoque un problème de textes mais également une résistance des environnementalistes à l'initiative.

"Il faut considérer la valeur économique et la valeur sociale de l'eau", suggère-t-il.

Abel Razafimahatratra pointe du doigt "la volonté politique qui est le principal problème que nous rencontrons ".

"L'Etat ne fait pas de l'accès à l'eau une priorité. Nous avons de bonnes stratégies mais nous n'y mettons pas les moyens", accuse l'ingénieur hydraulicien.

"Nous rejetons dans la mer 10 m3 d'eau par seconde. Or, nous pourrions exporter cette eau et utiliser l'argent que nous gagnons pour financer les travaux d'adduction d'eau. L'Etat n'utilise pas l'argent qu'il peut avoir entre ses mains",  estime-t-il.

 De son côté, le gouvernement malgache lance un programme de quatre ans, de 2015 à 2019 pour redresser la barre. Sa Feuille de route table sur un taux d'accès aux infrastructures d'eau potable à 68%, au lieu du près de la moitié actuellement.

Il en est de même pour l'accès aux infrastructures d'assainissement et d'hygiène, passant de 50% à 67% en 2019. Mais la partie n'est pas gagnée d'avance.

"Nous avons besoin de 163 millions de dollars pour réaliser ce programme", soutient Raymond Randrema.

Johanita Ndahimananjara, ministre de l'Eau, de l'assainissement de l'hygiène, ne souhaite pas dévoiler le fonds déjà sécurisé par le gouvernement pour réaliser le projet. Elle préfère, en revanche, mettre l'accent sur un appel lancé auprès des partenaires techniques et financiers pour contribuer à la réalisation des objectifs fixés par les autorités.

 
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