Archive, Afrique

La capitale burundaise squattée par les véhicules

Absence de parking, voie publique encombrée, non-respect du code de la route, la circulation automobile de la capitale burundaise est un véritable capharnaüm.

18.10.2014
La capitale burundaise squattée par les véhicules

AA/Bujumbura(Burundi)/ Rénovat Ndabashinze

Trouver une place de parking à Bujumbura n’est pas une mince affaire et les usagers doivent souvent s’armer d’une grande patience pour espérer se garer dans une ville où les lieux de stationnement sont quasi-inexistants et où le code de la route n’est pratiquement pas respecté.

D’ailleurs, dans la capitale, les conducteurs font bien souvent la loi : ils garent leur véhicules où bon leur semble : devant les magasins, les bureaux, ou encore les cybercafés, leur lieu de prédilection restant toutefois « en plein milieu de la route », un espace étroit qu’ils se disputent avec les motards et les cyclistes.

Pour Nixon Habonimana, membre de l’Observatoire de la sécurité routière, cette situation est affligeante : « une voie publique devrait toujours être bien dégagée et aérée et aucune voiture ne devrait être garée en plein milieu », soutient-il.

« Mais en ville, rien n’est respecté, des véhicules en panne ou déclassés sont garés depuis des mois devant les magasins, en plein centre-ville et il n’y a même pas de poteaux de signalisation et ce, même au niveau des grands ronds-points », mentionne-t-il, précisant que « cela permettrait pourtant d’éviter plusieurs accidents. » 

« La circulation routière est organisée de façon chaotique », résume-t-il.

Le Burundi compte actuellement environ 96.000 véhicules sur tout son territoire pour une population de 10 888 321 habitants selon les dernières statistiques, informe l’observateur soulignant que ces véhicules empêchent bien souvent la circulation des piétons, surtout en heure de pointe.

Selon Habonimana, ce capharnaüm donne du fil à retordre aux étrangers appelés chaleureusement à Bujumbura ‘’les come-from’’ et qui sont habitués à des villes bien mieux organisées s'agissant du trafic routier.  

Pour le Sud-africain, Patrick Adams, il est très difficile de trouver un parking à Bujumbura: « chez nous, chaque propriétaire d’un magasin doit avoir un parking bien aménagé en dehors de la voirie publique », témoigne-t-il, ajoutant que tout propriétaire doit aussi « engager un agent de sécurité privé qui surveille le bon fonctionnement du stationnement  ».

Yves, vient de la Suisse. Il signale pour sa part qu’ « à Genève, des parkings payants existent devant les bureaux. Ils sont aménagés par la mairie ou bien par des particuliers et sont bien contrôlés. »

« Dans les quartiers résidentiels, poursuit-il, on gare les voitures sur les voies publiques à des places réservées. Et cela est organisé de façon à ce que ça ne gêne pas la circulation routière ».

« Aucun policier n’est là pour surveiller mais les conducteurs respectent le code de la route. Or, à Bujumbura, on dirait que les gens n’ont rien appris du code de la route, déplore-t-il, mentionnant que dans les heures de pointe, il préfère engager un chauffeur Burundais, habitué à ce ‘chaos’. »

Face à la cacophonie ambiante qu’entraine le non-respect du code de la route, certains ont su tirer profit de la situation.

Ainsi, « chômeurs et enfants des rues » sont devenus « des agents de la police spéciale de roulage »  (PSR).

Ils veillent sur les voitures garées et guident les chauffeurs à sortir leurs voitures de ces parkings improvisés.

 On leur laisse au moins 500 Fbu (moins de 0.5 dollars USD) et en échange, ils patrouillent.

Sans eux, les véhicules auraient été délestés de  quelques pièces comme les rétroviseurs, clignotants, voire même les pneus, qui dès le lendemain, seraient revendues dans les garages  des quartiers Buyenzi et Bwiza  à un prix dérisoire, reconnaissent plusieurs usagers.

La mairie de Bujumbura est consciente du véritable problème engendré par l’absence de parking dans la ville.

Jean Claude Ntahimpereye, Chef du département du transport urbain reconnaît d’ailleurs que « les concepteurs du plan de la ville de Bujumbura n’ont pas pensé aux parkings ».

« C’est le même problème concernant la signalisation routière. Or, le nombre de véhicules augmente de jour en jour et il faudrait remédier à cette situation au plus vite», signale-t-il à Anadolu.

 « Le problème se situe au niveau des services  urbains qui donnent les autorisations de construire. Ces dernires devraient exiger, insiste-t-il, que chaque propriétaire ou investisseur ait un espace réservé dans un parking et non dans la voirie publique. »

« Notre ville n’est pas aérée, à défaut de circulation routière. C’est donc un grand défi à relever », ajoute Ntahimpere, précisant que « la mairie de Bujumbura a déjà un plan d’aménagement de la ville en parkings qui reste à appliquer. » Cependant,  le projet est difficilement réalisable parce que les espaces publics sont presque inexistants, regrette-t-il.

Amissi Ntangibingura, directeur général de l’urbanisme et de l’Habitat reconnaît pour sa part que « le ministère des Travaux publics, de l’Urbanisme et de l’Habitat n’est pas assez exigeant en la matière. »

Ntangibingura met également en cause le manque d’architectes pour la conception des plans des immeubles surtout dans les milieux urbains.

« En fait, au Burundi, on n'a pas  d'« Ordre d'architectes », comme dans de nombreux autres pays. Beaucoup d’immeubles de Bujumbura sont d’ailleurs construits par des techniciens exécutants et non par des concepteurs. »

Le directeur général reste, au demeurant, optimiste : « avec la mise en application d’un code de l'urbanisme et de construction, et avec le temps, Bujumbura se conformera aux normes, au moins en ce qui concerne les parkings ».

Dans la capitale, les seuls bénéficiaires de parkings sont les véhicules de transports en commun qui en possèdent au centre-ville et dans la périphérie de la capitale. 

 
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