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Pierre Henry : "L'arabe doit être enseigné à l'école française au même titre que l'anglais" (Entretien)

Ümit Dönmez   | 22.10.2020
Pierre Henry : "L'arabe doit être enseigné à l'école française au même titre que l'anglais" (Entretien)

France

AA - Paris - Ümit Dönmez

Interrogé mercredi par l'Agence Anadolu (AA), le président de l'association « France Fraternités » a abordé des sujets qui ont récemment fait couler beaucoup d'encre dans la presse française, notamment l'enseignement de la langue arabe dans le cadre des programmes de l'Éducation nationale, un sujet fréquemment évoqué dans les propos racistes ou islamophobes relayés par certains médias français ainsi que les réseaux sociaux.

La question de « l'enseignement de l'arabe à l'école », un sujet prêtant à polémiques depuis plusieurs décennies, a repris sa place dans l'actualité de l'Hexagone suite à la présentation faite par la président de la République française, Emmanuel Macron, le 2 octobre dernier du « Projet de loi sur le séparatisme » ainsi qu'après l'attentat terroriste survenu vendredi dernier.

Alors que la France a été touchée par une attaque terroriste à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), au cours de laquelle Samuel Paty, un enseignant d’histoire-géographie du collège du Bois-d’Aulne, a été décapité en pleine rue, le chercheur associé à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) a également abordé des questions d'actualité immédiate telles que l'éventuelle dissolution de l'Observatoire de la Laïcité ainsi que de l'association de lutte contre le racisme, le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF).

- Éventuelle dissolution de l'Observatoire de la Laïcité ou remplacement de ses dirigeants

Interrogé par AA sur la proposition éventuelle de dissolution de L'Observatoire de la Laïcité qui assiste le gouvernement, notamment dans son « action visant au respect du principe de laïcité en France », ou de remplacer ses dirigeants, Pierre Henry a estimé que les accusations de « laxisme » adressées à l'encontre de l'organisme ainsi qu'à Nicolas Cadène, Rapporteur général de l'organisation ou à Jean-Louis Bianco, son président, sont erronées et "totalement infondées".

"L'Observatoire a fait un travail formidable dans sa relation avec le milieu associatif dans toute sa diversité, notamment pour sa pédagogie", a jugé le président de France Fraternités, soulignant que Cadène et Bianco "sont des personnes tout à fait ouvertes à la discussion, et indubitablement fermes sur les principes" et les lois de la République.

Concernant cette prise de position du gouvernement face à l'Observatoire, Pierre Henry a estimé que "taper du poing sur la table ne peut pas fonctionner", en cas de désaccord entre certains ministres et l'organisme rattaché au Premier ministre.

Pierre Henry rappelle également "les nombreuses collaborations entre l'observatoire et les parlementaires français"

Plusieurs médias français évoquent de nombreux désaccords entre l'organe de conseil et le gouvernement, notamment la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa.

Dans une tribune publiée lundi par le quotidien « Libération », un collectif d'universitaires français a appelé le Président français à soutenir l'Observatoire de la laïcité.


- Enseignement de l'arabe dans les écoles françaises au même titre que l'anglais

Soulignant que "l'arabe est une grande langue, un important vecteur de culture", Pierre Henry a d'abord rappelé qu'"en français il y a plus de 500 mots arabes qu'on utilise dans notre quotidien".

Appelant les décideurs à ne pas faire de discrimination dans leurs observations selon la langue enseignée et à ne pas porter d'accusations fondées sur le simple fait de parler arabe, le président de France Fraternités a rappelé que "quand on est anglophone, on n'est pas sujet de la Reine d'Angleterre, on est simplement polyglotte".

Notant que "la langue arabe est parlée par 700 millions de personnes", Henry a déclaré qu'elle devrait "être enseignée au même titre que l'anglais ou d'autres langues" incluses dans les programmes de l'Éducation nationale.


Il a, en outre, appelé à débuter le plut tôt possible l'enseignement de l'arabe dans les écoles françaises, particulièrement "dans les collèges et les lycées".

Réfutant toute idée "d'antagonisme avec l'apprentissage du français ou d'une autre langue", le président de France Fraternité a demandé à ce que cessent "ces débats ridicules, qui témoignent d'une crispation et d'une idéologie portée, notamment celle du « choc des civilisations »".

Henry a jugé que "parler une langue est aussi un gage de compréhension d'une culture, de compréhension entre les civilisations ainsi qu'un important gage de paix".


- Proposition de dissolution du CCIF


En référence à l'attaque terroriste perpétrée le 16 octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), au cours de laquelle Samuel Paty, un enseignant d’histoire-géographie du collège du Bois-d’Aulne, a été décapité, Pierre Henry a souligné que "Cet acte terroriste, cet assassinat a bouleversé la France toute entière".

"Il est logique que la République trouve le moyen de répliquer à cet acte terroriste", a estimé le président de l'association « France Fraternités », soulignant n'avoir "aucune sympathie particulière pour le CCIF".

Le chercheur associé à l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) a également tenu à souligner la nécessité de rassemblement de la France "toute entière" face à la haine et au terrorisme : "Quand un drame touche la Nation toute entière, notre devoir c'est d'abord de nous rassembler, saluer la mémoire d'un hussard de la République Française, lâchement ciblé", a-t-il noté

"Je suis méfiant envers le CCIF. Cependant sa dissolution peut être un remède pire que le mal qu'il est supposé combattre, si je puis me permettre cette formulation. La dissémination de ce groupe peut avoir des conséquences plus fâcheuses", a jugé Pierre Henry citant le renforcement "d'un certain sentiment d'injustice" comme conséquence possible à cette dissolution, exprimant ainsi son opposition à une telle initiative.


Interrogé sur ses méfiances à l'égard de l'association de lutte contre l'islamophobie, Pierre Henry a affirmé que l'association "prétend représenter les Français musulmans et [...] place les lois de Dieu au-dessus de celles de la République", des accusations catégoriquement démenties par l'association française.


Le CCIF dénonce un agenda politique nourri d'accusations infondées

Interrogé mercredi par l'Agence Anadolu (AA) au sujet des accusations portées notamment par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à l'encontre du Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), le directeur exécutif de l'Association, Jawad Bachare a d'abord tenu à souligner sa condamnation de cette acte terroriste : " Le CCIF condamne fermement cet attentat terroriste et exprime sa solidarité à l'égard des proches de Samuel Paty".

Le directeur exécutif du CCIF a également fait part de son "état de choc et d'étonnement juridique" face à la proposition de dissolution de l'association de lutte contre le racisme. "Il n'y a aucun fondement juridique" pour proposer la dissolution de notre association luttant contre le racisme qui inclut l'islamophobie", a déclaré Bachare dénonçant "un agenda politique".

Gérald Darmanin avait annoncé lundi sa volonté de dissoudre plusieurs ONG humanitaires musulmanes ainsi que le CCIF, qu'il avait accusés d'être "les ennemis de la République". Le ministre avait déclaré qu’il demanderait leur dissolution dans les prochains jours. Indiquant vouloir « faire passer un message », Darmanin reconnaissait pourtant que les personnes et associations ciblées « n’ont pas forcément de lien » avec l’attentat terroriste perpétré le 16 octobre et ayant coûté la vie à Samuel Paty, un professeur âgé de 47 ans.

Dénonçant une rhétorique populiste dangereuse exploitée par le gouvernement à des fins possiblement électoralistes "à l'approche des élections", le directeur exécutif de l'association estime que "les véritables « ennemis de la République » c'est le racisme, et le CCIF invite les autorités politiques à le combattre significativement, et suite aux différentes diffamations publiques, le CCIF saisira la Justice."

Face aux accusations répétées, le responsable associatif a tenu à réitérer l'absence de toute prétention de la part du CCIF de vouloir « représenter les Français musulmans », ce dernier soulignant que "nous sommes une association anti-racisme qui demande à ce que les lois de la République soient appliquées de la même façon pour tous, sans discrimination, notamment religieuse."

Concernant l'accusation de vouloir « placer les lois de Dieu au-dessus de celles de la République", le représentant du CCIF a, une fois de plus estimé que cette accusation était "totalement infondée", le responsable associatif soulignant que "notre seule référence est la Constitution française et les lois de notre République".

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