Analyse

Les menaces israéliennes contre l’Iran deviendront-elles une réalité? (Analyse)

-Les menaces israéliennes de mener une attaque militaire contre les installations nucléaires iraniennes s’accroissent, ce qui suscite une série d’interrogations sur le sérieux de ces menaces et sur la position américaine à cet égard

Ekip   | 04.01.2022
Les menaces israéliennes contre l’Iran deviendront-elles une réalité? (Analyse)

Canada

AA / Jérusalem / Said Ammouri

Les avis des experts et des observateurs divergent quant au sérieux d’Israël de mettre à exécution ses menaces à répétition de mener une attaque contre les installations nucléaires iraniennes.
Certains estiment que Tel-Aviv est sérieux et s’apprête effectivement à lancer, comme ultime option et en dernier ressort, une attaque contre Téhéran, tandis que d’autres excluent cela et le lient à un feu vert américain ainsi qu’aux résultats des pourparlers actuels de Vienne. Ce second camp sont d’avis que les Israéliens lancent ces menaces comme une méthode de pression pour contraindre l’Iran à renoncer à ses ambitions nucléaires.
Le ministre israélien des Affaires étrangères, Yair Lapid, avait déclaré, la semaine passée, que Tel-Aviv est « prêt à affronter, seul, l’Iran, au cas où la situation implique l’élimination de ses ambitions nucléaires ».
Lapid a souligné, selon le journal israélien Yediot Aharonot, que : « Nous préférons agir dans le cadre de la coopération internationale mais si la situation l’exige, nous interviendrons seuls ».
La Commission financière de la Knesset (parlement israélien) avait approuvé récemment un budget de défense complémentaire comprenant des articles « secrets », d’une valeur de neuf milliards de Shekels (2,9 milliards de dollars USD).
Le journal « Israël Today » a rapporté que « cette mesure intervient sur fonds de rapports indiquant qu’Israël élabore des plans d’actions militaires d’urgence dirigés contre l’Iran en tant que dernier recours si les efforts diplomatiques échoueraient à réduire l’impact de son programme nucléaire ».

** Préparation effective


Said Zeidani, chercheur spécialiste en affaires israéliennes, estime que Tel-Aviv se prépare effectivement à lancer une éventuelle guerre contre l’Iran, bien que l’Etat héberu « souhaiterait voir les Etats-Unis réaliser cette tâche par procuration ».
Dans une déclaration faite à AA, Zeidani a relevé que « bien qu’Israël dise et déclare tout le temps qu’il est prêt à la guerre contre l’Iran, il n’en demeure pas moins qu’il place cela en tant qu’ultime option dès lors qu’il souhaite voir les Etats-Unis réaliser cette tâche par procuration ».
Il a, par ailleurs, exclu l’éclatement d’une guerre au cours de l’année 2022, ajoutant que « cela est directement lié au développement des capacités nucléaires iraniennes et de l’imminence de la fabrication par Téhéran de la bombe nucléaire, ce qui pourrait ne se pas être atteint durant cette année ».
Selon notre interlocuteur, il ressort des informations rapportés par plusieurs médias que l’Iran n,a pas encore statué sur la fabrication ou pas de la bombe nucléaire. Il s’agit, a-t-il dit, de la « ligne de démarcation » entre l’éclatement ou pas de la guerre.
Il s’est dit, par ailleurs, convaincu que tout éventuel affrontement entre Tel-Aviv et Téhéran « sera coûteux et onéreux pour les deux parties; Israël étant un Etat nucléaire et l’Iran est sur le point de le devenir.
Et Zeidani de poursuivre : « Nous ne devons pas oublier que l’Iran n’est pas seul dans cette confrontation. Il sera épaulé par le Mouvement libanais Hezbollah qui est sur le qui-vive et Israël se doit d’être prêt sur plusieurs fronts ».
Et notre interlocuteur de conclure son intervention: « Une guerre sera extrêmement coûteuse et aux impacts néfastes. Il y aura des pertes humaines et matérielles considérables en cas d’enclenchement de la guerre mais comme je l’avais précisé auparavant, cette guerre pourrait avoir lieu au cours des prochaines années mais non pas durant cette année ».

** Feu vert américain


A son tour, l’analyste politique spécialiste en affaires israéliennes, Adel Chédid, a relevé que Tel-Aviv considère l’option militaire comme étant « une éventualité probable, à condition d’obtenir le feu vert américain ».
Chédid a déclaré à AA que « lancer une guerre contre l’Iran n’est pas une décision exclusivement israélienne mais est tributaire de l’approbation américaine ».
Il a considéré comme « peu probable » qu’Israël procède à une action « militaire unilatérale » contre l’Iran.
Il a ajouté : « Trois considérations empêchent Israël d’aller de l’avant seul sur la voie de la guerre. La première consiste à la difficulté d’obtenir l’aval de la légalité internationale ».
La deuxième considération, a-t-il énuméré, consiste en la dimension logistique et exécutive dans la mesure où le projet nucléaire iranien est réparti sur quatre mille sites ».
La troisième et dernière considération est, selon Chédid, le fait que le lancement d’une campagne militaire contre l’Iran accordera à Téhéran la légalité internationale pour engager sa légitime défense et développer, ensuite, son arme nucléaire ».
Concernant ls déclarations faites par des responsables israéliens portant sur la capacité de Tel-Aviv à lancer, seul, une campagne militaire contre l’Iran, notre interlocuteur estime qu’ils « tentent de préserver l’équation de coercition en faveur de la force occidentale dans la région sans plus, mais sur le terrain, Israël n’est pas en mesure, seul, de faire face à l’Iran et à ses alliés ».
Et notre interlocuteur de poursuivre : « En dépit des calculs israéliens, divergents par rapport à ceux des Etats-Unis, il n’en demeure pas moins que l’actuel Premier ministre Naftali Bennett parient de convaincre les Etats-Unis du caractère judicieux de l’option militaire ».
Il a conclu son intervention en indiquant que « Washington demeure convaincu qu’en cas de participation à une frappe militaire dirigée contre l’Iran, ses bases militaires installées dans la région du Golfe arabe, et qui sont situées à proximité de l’Iran, seront les premières cibles de Téhéran, alors que cette configuration est contraire aux intérêts américains ».

** Un débat israélien interne


Au cours des derniers jours, des médias israéliens ont évoqué cette question sur fond de la visite effectuée, récemment, par Jake Sullivan, conseiller à la Sécurité nationale américaine, en Israël et de la reprise des négociations de Vienne sur l’Accord nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances.
Sullivan s’est entretenu avec le Premier ministre, le mercredi 22 décembre, et leurs discussions se sont focalisées sur le dossier du nucléaire iranien.
Le huitième round des négociations de Vienne entre les Grandes puissances et l’Iran sur son dossier nucléaire ont démarré le 27 décembre dernier.
Le journaliste du quotidien israélien Yediot Aharonot, Nadaf Ayal, a écrit que « les Américains sont convaincus qu’en cas de non-aboutissement à un Accord sur le nucléaire iranien (lors des pourparlers de Vienne), les Israéliens se sentiront libérés pour accentuer leur réaction, jusqu’au lancement d’une éventuelle attaque et partant enliser la région dans une guerre ».
Toutefois, Ayal a indiqué que les « Israéliens ont adressé un message simple à Sullivan en vertu duquel si les Iraniens ne faisaient pas des actes de folie, Israël ne serait pas hâtif à engager des actions militaires ».
Ayal a ajouté qu’après la publication par « Yediot Aharonot » d’une interview avec le commandant de l’armée de l’air israélienne, Le général de brigade Tomer Bar, dans laquelle il a dit que Tel-Aviv est prêt pour attaquer immédiatement les installations nucléaires iraniennes, Bennett a demandé que les officiers de l’armée cessent de faire de pareilles déclarations et de donner des interviews au cours de cette phase.
Bar avait déclaré, la semaine écoulée, que l’armée de l’air israélienne dispose des capacités de mener une attaque contre l’Iran « demain matin » et de détruire les installations nucléaires.
Le patron de l’aviation militaire israélienne a ajouté que « Nous ne commençons pas maintenant du zéro. Nous avons acquis l’appareil de type F-35 de même que nous avons acheté des milliers de missiles d’interception dans le cadre de notre dispositif du Dôme de fer pour nous protéger ».
Dans le camp opposé, il ressort des rapports iraniens diffusés récemment que Téhéran est entièrement prêt, à son tour, à réagir à toute éventuelle attaque israélienne qui sera lancé contre son territoire.
Des médias iraniens ont rapporté, dimanche dernier que « la force aérospatiale relevant des Gardiens de la Révolution a procédé à une simulation d’attaque contre le réacteur nucléaire israélien de Dimona ».
Selon l’agence de presse iranienne « Nour News », la simulation a eu lieu dans le cadre des manœuvres du « Grand Prophète », qui ont démarré en Iran la semaine passée.
Cet exercice a été l’occasion de cibler un modèle représentant le réacteur israélien par 16 missiles balistiques et cinq drones avec succès et une haute précision, selon un extrait vidéo mis en ligne par l’agence de presse iranienne.
De son côté, l’analyste militaire de la chaîne israélienne 13, Alon Ben David, a exclu dans son éditorial hebdomadaire publié dans le journal « Maariv » le lancement d’une guerre proche contre l’Iran.
« L’armée israélienne, l’aviation, et les services de renseignement extérieurs (Mossad) planifient le lancement d’une attaque contre le programme nucléaire iranien et c’est leur mission », a-t-il souligné.
Il a indiqué que « la direction israélienne continuera à rappeler le monde qu’une option pareille existe et c’est sa mission aussi mais décontextualiser les choses et les présenter comme si on allait décoller demain matin pour attaquer l’Iran est l’élaboration des journalistes et ceux-là se trompent dans l’accomplissement de leurs missions ».
« Au cas où un accord sera conclu à Vienne, des restrictions seront imposées à Israël à la demande des Américains, pour stopper les opérations contre l’Iran, du moins les préparatifs engagés publiquement », a-t-il dit.
De son côté, l’analyste politique du journal « Haaretz », Amos Harel, a indiqué que les dirigeants d’Israël « sont à nouveau abasourdis de la réussite de l’Iran de préserver une position rigide aux pourparlers, et ce en dépit de la crise interne inédite à Téhéran. Il semble aux Israéliens que c’est l’Iran qui détermine le déroulement et l’évolution des négociations ».

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