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Les frappes israéliennes en Syrie ont-elles réduit le danger iranien ? (Analyse)

- Afin de contrer les stratégies élaborées par Téhéran pour contenir les intérêts de Washington et de ses alliés dans la région, Israël a adopté une contre-stratégie.

1 23   | 13.01.2022
Les frappes israéliennes en Syrie ont-elles réduit le danger iranien ? (Analyse)

Istanbul

AA / Istanbul / Ihsen Fékih

Au cours des décennies écoulées, l'Iran a réussi à façonner un réseau d'alliés fidèles à son projet, qui mènent des guerres par procuration en Irak contre les Etats-Unis et ses alliés, au Liban et en Syrie contre Israël et au Yémen contre l'Arabie Saoudite.

Malgré les sanctions américaines et onusiennes infligées à Téhéran et les conflits dans lesquels l'Iran s'est engagé sur plusieurs fronts, ce pays a atteint des paliers supérieurs en termes d'industrie militaire et de développement des capacités de ses missiles balistiques de longue portée, tout en comptant sur des alliés loyaux dans les régions de son influence traditionnelle, en l'occurrence, en Syrie, en Irak, au Liban et au Yémen.

Ainsi, l'Iran a réussi à créer une nouvelle réalité qui constitue une menace à la stratégie américaine, mise en place depuis plusieurs décennies, ayant comme priorité la protection de la sécurité d'Israël et la garantie de la supériorité militaire de Tel-Aviv sur l'ensemble des pays de la région du Golfe.

L’Iran pense être sur le point de posséder une capacité grandissante qui lui permettra de faire face à Israël et d’atteindre l’Etat hébreu, plusieurs années après avoir relevé le défi des sanctions onusiennes, réussi à surmonter les impacts des sanctions « Maximum pressure » qui lui ont été infligées par l’ancien président américain Donald Trump en 2018, et fructifié les gains remportés par les groupes armés loyaux à Téhéran en Irak.

Ces forces alliées ont lancé des attaques réussies par missiles et drones contre des bases irakiennes au sein desquelles se trouvent des soldats américains, au cours des deux dernières années, et ces techniques ont été transmises à ses alliés en Syrie, au Liban et au Yémen.

Face aux stratégies iraniennes destinées à contenir et à menacer les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés et partenaires dans la région, Israël a opté pour une contre-stratégie au cours de la dernière décennie.

Cette stratégie vise à empêcher l’Iran d’asseoir son pouvoir armé, directement ou via les alliés dans des aires géographiques considérées par Tel-Aviv comme représentant une menace à son existence et à sa sécurité nationale, au Liban et en Syrie en particulier, deux pays qui font désormais partie du pré-carré iranien après la révolution syrienne de 2011.

La formation libanaise du Hezbollah représente l’une des principales sources de la menace iranienne pesant sur la sécurité d’Israël qui estime que les capacités d’armement de la formation chiite se sont développées à la faveur du soutien franc et direct de Téhéran, qui a étendu ses zones d’influence au-delà du Liban pour atteindre le Yémen et l’Irak, de même qu’en Syrie, dans le sud du pays, au niveau des frontières israéliennes dans les provinces de Deraa et de Kuneitra.


Les dirigeants des Gardiens de la Révolution iranienne comptent dans leur affrontement avec l’Iran, en se basant sur l’incapacité de Tel-Aviv à s’engager dans une guerre classique sur plusieurs fronts, au niveau de ses frontières nord avec le Sud-Liban et des frontières syriennes avec les provinces de Deraa et de Kuneitra.

L’inquiétude israélienne à l’endroit des éventuelles menaces iraniennes coïncide avec l’échec de sept rounds des négociations de Vienne entre l’Iran et les puissances internationales au sujet de son dossier nucléaire et de son programme de missiles balistiques ainsi qu’avec la mise en œuvre par Téhéran de manœuvres navales et aériennes pour simuler la guerre avec Israël.

Cela coïncide, également, avec des déclarations faites par des responsables iraniens portant sur l'accélération du rythme d'enrichissement de l'uranium, au-delà de ce qui a été autorisé par l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), et des prévisions de responsables israéliens en vertu de quoi l'Iran s'approche de la fabrication de sa bombe nucléaire, dans un laps de temps oscillant entre plusieurs mois et deux ans.


Des médias ont rapporté, en citant des responsables israéliens, que l'armée poursuit ses préparatifs pour hâter le lancement de frappes contre les installations nucléaires iraniennes et les sites de stockage et de développement des missiles balistiques en Iran, et ce plusieurs années après avoir découvert, sur le territoire syrien, des positions relevant des Gardiens de la Révolution et des milices qui lui sont alliés, et avoir adressé des frappes contre les entrepôts de stockage des armes et des munitions.


Israël s'emploie, à travers des centaines de frappes qui ont ciblé des bases et des camps en Syrie, à interdire à l'Iran de déplacer des armes de pointe, près de ses frontières, ce qui sera de nature de « changer les règles du jeu », selon la déclaration du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz.


Les déclarations de Gantz sont intervenues quelques heures après que des médias syriens et internationaux ont évoqué une frappe par missiles qui a ciblé le port de Lattaquié sur le littoral syrien, ce qui a provoqué des incendies pendant plusieurs heures.


Des sources au sein de l'opposition syrienne ont indiqué que l'attaque a été lancée par des avions israéliens depuis la Méditerranée, ajoutant que les positions ciblées sont des armes et des munitions iraniennes qui avait été envoyées à Lattaquié par Téhéran, quelques heures auparavant.

Tel-Aviv n’a pas revendiqué cette attaque ni des milliers d’autres attaques mais le ministre israélien de la Défense a appelé le Régime de Damas à empêcher l’Iran d’évoluer sur le territoire syrien, mettant en garde que l’armée israélienne continuera à travailler pour avorter les activités iraniennes et endiguer les menaces de Téhéran et des forces qui lui sont alliées, laissant entendre qu’Israël est responsable de cette attaque.

Des responsables syriens ont accusé Israël d’avoir commis l’attaque en recourant à des missiles tirés depuis l’ouest de Lattaquié, provoquant des incendies d’envergure dans l’aire de déchargement des marchandises du Port de Lattaquié.

Il s’agit de la deuxième attaque par missiles du genre en l’espace d’un mois après la frappe du 7 décembre dernier. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme, cette attaque a ciblé des armes iraniennes qui devaient être dirigées depuis le port de Lattaquié vers des forces soutenues par Téhéran déployées sur le territoire syrien.


Israël pense que multiplier les attaques contre des positions liées à des activités iraniennes en Syrie est de nature à entraver l’acheminement des armes et des munitions et d’interdire, du moins ralentir, le développement des armes dans des sites installés sur le territoire syrien.

Dans une évaluation du rendement de l’armée israélienne au cours de l’année 2022, l’armée a affirmé avoir adressé de nombreux tirs à l’endroit de dizaines d’objectifs en Syrie et trois autres en Syrie ainsi que plus d’une centaine d’opérations de la Marine israélienne en Mer rouge et en Méditerranée.

Dans le cadre des préparatifs israéliens engagés en prévision de lancer des frappes en Iran, des journaux américains ont rapporté que Tel-Aviv a formulé des demandes à l’Administration de Joe Biden pour lui livrer deux avions de ravitaillement, dont les contrats d’achat avaient été conclus, et qui pourraient constituer un facteur décisif au cas où Israël se déciderait d’adresser des frappes aériennes contre des installations nucléaires iraniennes, d’autant plus que selon plusieurs médias, l’Arabie Saoudite et les Emirats auraient refusé que les avions israéliens atterrissent sur leurs territoires pour se ravitailler en carburant.

Le chef d’Etat-major de l’armée israélienne estime que les efforts déployés par son pays pour cibler les sites iraniens ou les positions des forces alliées à Téhéran en Syrie, ont contribué, grandement, à faire baisser le niveau et le rythme des opérations de transport des armes, des munitions et d’autres équipements depuis l’Iran vers la Syrie et le Liban. Il convient de noter qu’Israël a effectué, en 2021, des dizaines de frappes aériennes, en augmentation notoire par rapport aux deux années précédentes.

Israël appréhende qu’une frappe limitée contre les réacteurs nucléaires iraniens pourrait bloquer le programme momentanément mais n’aboutira pas à mettre fin aux menaces de Téhéran à l’encontre de Tel-Aviv, parallèlement à d’autres craintes consistant en des réactions directes va des tirs de missiles balistiques.

Ces tirs pourraient provenir depuis le territoire iranien ainsi que de la part de forces alliées à Téhéran tels que Hamas et le Jihad Islamique à Gaza, le Hezbollah au Liban et en Syrie et la « Mobilisation populaire » en Irak en plus de dizaines de groupes armés chiites implantés en Irak et en Syrie.


Israël craint, également, que les intérêts des Etats-Unis et des pays qui leurs sont alliés dans la région ne soient ciblés, y compris les menaces contre la sécurité et la sûreté du trafic maritime international via le détroit de Bab al-Mandab par les Houthis au Yémen ou dans le détroit d'Hormuz par les forces navales des Gardiens de la Révolution iranienne.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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