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L'eau brise la glace entre la Jordanie et Israël (Analyse)

- Jeudi dernier, les deux pays avaient annoncé avoir conclu un accord, en vertu duquel Tel-Aviv vendra annuellement 50 millions de mètres cubes d'eau à Amman

Laith Al-jnaidi   | 13.07.2021
L'eau brise la glace entre la Jordanie et Israël (Analyse)

Jordan

AA / Amman / Laith al-Juneidi

L’annonce par la Jordanie et Israël de la conclusion d'un accord dans le domaine de l'eau a été accompagnée par une percée dans les relations entre les deux pays, au terme de plusieurs années de différends politiques générés par l'arrogance du gouvernement de Benyamin Netanyahu qui a empiété, de manière ostentatoire, sur le rôle et prérogatives du royaume hachémite dans les territoires sacrés.
Cette percée est renforcée, selon nombre d'observateurs, par les informations relayées par les médias israéliens, qui ont évoqué une réunion « secrète positive » qui aurait réuni le roi Abdallah II de Jordanie et le nouveau Premier ministre israélien, Neftali Bennett, il y a de cela quelques jours. Toutefois, ces informations n'ont pas été officiellement confirmées.
La percée a été, également, renforcée par l'entretien téléphonique reçu par le roi de Jordanie de la part du Président israélien Issac Herzog, durant lequel le souverain hachémite a mis l'accent sur « l'importance de travailler en commun pour la réalisation d'une paix juste et durable (entre Palestiniens et Israéliens) sur la base de la solution à deux Etats ».
Jeudi dernier, la Jordanie et Israël avaient annoncé avoir conclu un accord, en vertu duquel Tel-Aviv vendra annuellement 50 millions de mètres cubes d'eau à Amman, au terme d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des deux pays, Ayman Safadi et Yair Lapid.
La Jordanie obtient un volume d'eau potable en provenance d'Israël avoisinant les 35 millions de mètres cubes par an, selon l'accord de paix conclu entre les deux capitales, qui s’ajoute à une autre quantité variable selon la pluviométrie.
L'annonce de l'accord est intervenue sur fond de craintes et d'appréhension jordaniennes quant à la recrudescence d'un problème récurrent, dont souffre le royaume, considéré comme étant le deuxième pays le moins nanti au monde en termes de ressources en eau.
Selon des chiffres officiels, la consommation annuelle en eau de la Jordanie atteint les 110 millions de mètres cubes.
Au début du mois d'avril dernier, des médias israéliens avaient dévoilé l'approbation par le gouvernement de Tel-Aviv d'une requête jordanienne portant obtention d’un volume additionnel en eau, en vertu d'un accord conclu en ce sens entre les deux pays, en 2010.
Il s’agit d’un corollaire de l’accord de paix de Wadi Araba de1994.
Le journal israélien Yediot Aharonot avait précisé à l'époque que les approvisionnements additionnels demandés dépassent le volume dont il a été convenu lors de l'accord de Wadi Araba, sans pour autant préciser le volume de cette quantité additionnelle.


- Les lignes rouges
Mohamed Moumni, membre de la Commission des Affaires étrangères du « Conseil des Notables » (chambre haute du Parlement) a indiqué dans une déclaration accordée à AA que les « mesures et les provocations israéliennes prises durant l'époque de Netanyahu faisaient peu de cas de l'accord de paix conclu avec la Jordanie ».
« Tel Aviv n’a pratiquement pas respecté les grandes lignes de l'accord conclu avec le royaume, ce qui avait provoqué une divergence notoire au sujet des principales questions, au premier rang desquelles figure la Cause palestinienne », a-t-il dit.
Moumni, qui a été ministre de l'Information auparavant, a souligné que « les décideurs en Israël saisissent pertinemment, à l'instar du reste de la communauté internationale, le rôle de la Jordanie dans la région et c’est à partir de là, je pense, que provient l'annonce récente de l'accord sur l'eau, qui sera un pas vers une amélioration relative dans les relations entre les deux pays ».
« Je crois, a poursuivi l'ancien ministre, que le gouvernement de Bennett révisera intégralement ses relations avec la Jordanie, en se souciant d'éviter de toucher aux lignes rouges, consistant notamment en le rôle du royaume à l'endroit de la ville de Jérusalem et des lieux sacrés en Palestine ».
Moumni a ajouté que le développement du niveau des relations jordano-israéliennes est tributaire du degré du respect par Israël des conventions et des accords internationaux, à travers la suspension de ses violations à l'intérieur des Territoires palestiniens, jusqu’à parvenir à la solution équitable à deux Etats, qui se concrétisera par l'établissement d'un Etat palestinien indépendant et qui satisfera les droits du peuple palestinien et permettra aux deux peuples de vivre en paix et en sécurité ».
« Les constantes de la Jordanie, aussi bien officielle que populaire, à l'endroit de la Palestine sont ancrées et indéniables et se consolident, jour après jour, dès lors qu'il n'y aura ni paix ni stabilité sans une solution qui préservera la Mosquée d’al-Aqsa et son caractère sacré et qui satisfera les ambitions et aspirations du peuple palestinien frère », a conclu le parlementaire jordanien.
Badr Madhi, Professeur de sciences politiques à l'Université germano-jordanienne a considéré que « Bennett a choisi de commencer par cet accord avec la Jordanie en tant que porte d'entrée pour le repositionnement israélien dans le monde arabe à travers la capitale Amman ».
« Il me semble que le nouveau gouvernement en Israël est convaincu que les relations avec le monde arabe doivent impérativement passer par le rôle des pays de la ceinture, dont la Jordanie, compte tenu de l'impact direct de ces pays sur la Cause palestinienne, et de ce que représente la Jordanie et son rôle qui pourrait gagner la confiance du peuple palestinien et sa Direction représentée par l'Autorité palestinienne », a-t-il poursuivi.
« L’accord sur l'eau pourrait être une expression positive par Israël pour engager une nouvelle phase, d'autant plus que cet accord avait été complètement paralysé par le gouvernement sortant et qu'ainsi la possibilité de retourner à la table des négociations sous influence jordanienne sera possible dans un avenir proche », a-t-il relevé.
En dépit des accords de normalisation de certaines parties arabes avec Israël, a poursuivi l’académicien, il n'en demeure pas moins qu'elles saisissent l'importance du rôle jordanien et que la véritable solution ne pourrait être pérenne qu'à travers la Jordanie compte tenu des relations politiques et géo-démographique et géographique.


- Une déclaration de bonne intention
Abondant dans le même sens, Wasfi al-Charaa, Professeur de sciences politiques à l'université publique d’al-Yarmouk, a indiqué dans une déclaration à AA que « la mesure prise par Israël portant conclusion de l'accord de l’eau avec la Jordanie sur fond d'une crise aiguë dont souffre le royaume est une mesure prise par le gouvernement de Bennett pour afficher ses bonnes intentions à l'endroit de Amman ».
L'académicien jordanien a considéré que « Bennett s’est employé, à travers cette mesure. À prouver la capacité de son gouvernement à restaurer les relations jordano-israéliennes après les fissures générées par l'attitude de Netanyahu ».
Al-Charaa a salué « le fait que les journaux israéliens ont évoqué la rencontre du roi Abdallah II de Jordanie avec Bennett et les promesses qui ont été faites par la partie israélienne au cours de cette entrevue, s’agissant notamment de la révision de l'ensemble des mesures prises précédemment et qui avaient porté atteinte au rôle jordanien en Palestine ».
Al-Charaa a, également, évoqué des informations relayées par certains médias qui rapportent « une rencontre attendue entre le souverain jordanien et le Premier ministre israélien, à Washington, au cours d'une visite que les deux responsables effectueront aux Etats-Unis dans quelques jours, ainsi que la possibilité d'examiner la meilleure façon d'aplanir les différends et d'améliorer les relations stratégiques entre les deux pays et de chercher une solution à la Cause palestinienne ».
Il a, également, mis l'accent sur « le rôle axial de la Jordanie et la conviction israélienne quant à l'importance du rôle de la Amman pour pouvoir s'ouvrir sur les pays arabes et surpasser la fébrilité créée par Netanyahu durant son mandat à la tête de la présidence du gouvernement ».
« Le gouvernement de Bennett accorde une importance particulière au rôle de la Jordanie et à la coordination constante et continue de Amman avec l'Autorité palestinienne et son grand impact sur sa Direction », a-t-il dit.
Les relations entre la Jordanie et Israël ont été marquées par un coup de froid notoire durant les mandats de l'ancien Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu (2009-2021), à telle enseigne que le roi Abdallah II de Jordanie avait dit de ces relations au cours d'une séance de travail avec la partie américaine qu'elles étaient « au plus bas ».
Les exactions en continu de Tel-Aviv à l'endroit de la mosquée d’al-Aqsa et de la Palestine en général ont poussé vers davantage de détérioration des relations entre les deux pays, dans la mesure où ces provocations ont empiété sur le rôle de Amman ainsi que sur la tutelle qu’elle exerce sur les Lieux sacrés palestiniens.
La mosquée d’al-Aqsa est supervisée actuellement par le département des Wakfs de Jérusalem relevant du ministère jordanien des Wakfs, en vertu du droit international, dans la mesure où la Jordanie représente la dernière autorité locale qui a supervisé et dirigé les lieux sacrés de la ville sainte avant l'occupation israélienne.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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