Politique, Analyse

Le "train" de la normalisation et le triptyque du Temps, de l'Espace et de l'Histoire

Mona Saanouni   | 30.09.2020
Le "train" de la normalisation et le triptyque du Temps, de l'Espace et de l'Histoire

Palestinian Territory

Tribune signée par Khaled Haniyyeh

L’état des Régimes arabes, se bousculant au portillon de la normalisation avec l'ennemi premier de leurs peuples (Israël), n'était pas la résultante de l'instant présent, dès lors que le train a été mis sur les rails, il y a de cela quatre décennies, lorsque l'accord de paix (conclu entre l'Egypte et Israël en 1978) a constitué le premier bâton, qui a fissuré la position arabe officielle, qui était à l'époque, du moins cela apparaissait ainsi, unifiée, et qui rejetait cette entité inséminée, de force, dans le corps de la Nation et qui refusait de traiter avec elle, et a fortiori, de la reconnaître.

Au fur et à mesure que l’on progressait dans le temps, les bâtons de cette fissuration se multipliaient, de jour en jour, et les relations, jadis tenues secrètes, entre Israël et nombre de pays arabes, ont remonté à la surface, ce qui prouve, de manière catégorique, que ce changement n'a pas été créé en un laps de temps court, mais qu'il est la résultante de la situation complexe qui a vu émerger et s’établir les Régimes arabes, depuis les Accords Sykes-Picot.

Face à cette structure qui s'accumulait, depuis plus d'un siècle, les développements actuels se doivent d'être lus comme une résultante logique, naturelle et inéluctable d’un contexte historico-politique où fut annihilée délibérément l'idée du conflit arabo-israélien pour la transformer progressivement et exclusivement en un conflit palestino-israélien, tout en enlisant les peuples arabes dans des conflits intérieurs pour les éloigner et les détourner de leur Cause centrale pour laquelle des générations entières ont combattu, des décennies durant.

De même, l’on a réclamé au peuple palestinien de « faire preuve de réalisme », au-delà des concessions faites, et de renoncer à son « obstination », rejeté internationalement et par les Régimes arabes, tout en se contentant de quelques cantons, dispersés çà et là, sur les décombres d'une rive infestée et envahie par les colonies, et d’une lisière démilitarisée sur la côte méditerranéenne, le tout étouffé par des murs israéliens et arabes, selon l'invention du gendre trentenaire de Donald Trump, dans sa recette magique baptisée « Accord du siècle ».

Dans ce contexte, le « plat politique » concocté, actuellement, ne représente que les derniers jalons dans l'édifice du projet israélo-impérialiste, enveloppé d’atours d'intérêts économiques servis à la table d’un corps arabe chétif, dont les richesses sont pillées, depuis des décennies, et qui est exsangue à cause de la contre-révolution, l’objectif étant que le fruit soit mûr pour accepter les diktats du pire tandem, en l’occurrence, la droite israélienne extrémiste parrainée par la droite républicaine américaine.

Ainsi, ces peuples seront en proie à une acculturation multidimensionnelle, pour les déraciner et les extirper de leurs valeurs, de leurs religions, de leurs langues et de leurs identités, pour l'amener à un état de contentement et de satisfaction, tel un enfant, de l'échange de « cultures », avec un Etat hébreu, inconnu au bataillon des nations, comme si le maximum auquel aspire la Rue arabe sont des dessertes aériennes mutuelles et une diffusion satellitaire commune. Ceci n'est pas une normalisation, c'est plutôt une apostasie.

Pour que ce plat magique mûrisse, il a fallu attiser les conflits et les différends ethniques et sectaires ainsi que géographiques, qui n'ont jamais été absents, en réalité, de la scène arabe, au lieu d’élever le niveau d’intimidation et de dissuasion de « l’ogre » iranien, afin que la phase des partis-pris et autres alignements et des tris dans la région atteignent des sommets. Ainsi, l'alliance avec Israël fait office d'un cadeau du ciel et du garant de la sécurité et de la stabilité de la Région arabe.

Face à cette situation, la stratégie de la droite israélo-américaine dans la région peut être résumée dans les points suivants :

1-Recomposer les alignements dans la région en les divisant sur la base de l'alliance ou de l’hostilité à Israël et ce, depuis la région du Moyen-Orient jusqu’à l'Asie mineure, voire, jusqu’à l’Inde et le Pakistan, dans une tentative de saper l'influence des Etats faisant partie de l'axe hostile à Israël, ou du moins qui s’y opposent politiquement.

L’objectif de cette manœuvre consiste à ce que les Etats-Unis puissent préserver leur forte influence et convaincre leurs alliés dans la région d'investir davantage dans cette alliance, pour faire face au retour gagnant de l'Ours russe et à l'envahissement économique sans précédent du Dragon chinois.

2- Encercler l'Iran et ses alliés dans la région en empêchant la mise sur pied de toute alliance hostile à Israël.

3- Réactiver et approfondir les délicats triangles de la Géopolitique dans la région, qui sont contrôlés, de manière latente, par Washington et renforcer cela en intensifiant la dynamique israélienne dans les zones de conflit ou de vacance politique, militaire et sécuritaire, ce qui a généré l'aménagement d'un vaste environnement d'opérations entre Israël et les forces de la normalisation, au cours de la période écoulée. Le Soudan en est l’illustration parfaite.

Il est possible de tirer les bénéfices de cette stratégie appliquée dans la région sur les personnalités tirant les ficelles actuellement de l'élaboration de la décision israélienne et américaine, comme suit :

-Lancer une vague de normalisation tels des ballons d'essai et créer un état d’intégration et d'acceptation des prochaines bousculades arabes et islamiques officielles au portillon de la normalisation, dès lors que les vagues de normalisation s’intensifieront d'ici la fin de l'année et que d'autres Régimes arabes s'activent à élaborer des justificatifs pour faire avaler la couleuvre à leurs peuples.

-Prolonger le mandat et le « règne » de Benyamin Netanyahu à la tête de l'Etat hébreu, compte tenu des liens personnels qu'il a réussi à tisser avec des dirigeants arabes de la région.

-Accorder une forte impulsion électorale à Donald Trump, en renforçant le rapprochement avec le lobby sioniste, véritable décideur à l’élection américaine.

In fine, et en pleine chute aux abysses de ces Régimes arabes, ayant courbé l’échine face à la bande au pouvoir en Israël et aux Etats-Unis et dont la destinée est intimement liée à ces deux pays, dans l'unique et seul objectif de préserver les trônes de ces régimes et d'en prolonger l'existence, la prise de conscience de la Rue et de l'Opinion arabe et islamique demeure la clé de voûte et la pierre angulaire pour faire avorter ce dangereux projet colonialiste.

L'Histoire a déjà prouvé que les précédents accords de normalisation n’ont point fait oublier au plus jeune des enfants arabes qu’Israël est un Etat occupant et qu'il l’a toujours été.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
A Lire Aussi
Bu haberi paylaşın