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L'attaque d'Erbil… mettre al-Kazimi dans l'embarras face à la nouvelle Administration américaine (Analyse)

--Des experts irakiens dans des déclarations à l'Agence Anadolu : -Al-kazimi a mis en garde contre les groupes armés qui évoluent en dehors du cadre légal de l'Etat et d'autres entités sécuritaires n’obtempèrent pas à ses injonctions

Mona Saanouni   | 17.02.2021
L'attaque d'Erbil… mettre al-Kazimi dans l'embarras face à la nouvelle Administration américaine (Analyse)

Iraq

AA / Bagdad

L'attaque à la roquette qui a ciblé l'aéroport d'Erbil et son périmètre dans le District du Nord de l'Irak a mis le Premier ministre Moustafa al-Kazimi dans une situation embarrassante devant la nouvelle Administration américaine, ont estimé des experts irakiens.

Une attaque à la roquette a ciblé, lundi, l'aéroport international d'Erbil et ses environs, faisant un mort et six blessés, dont un soldat américain.

Un groupe autoproclamé « Saraya Awliya’a al-Dam » a revendiqué l'attaque, en soulignant qu'il visait la base américaine « al-Harir » située à proximité de l'aéroport d'Erbil, sans pour autant avancer d'éléments pour attester ces allégations.

Ce groupe armé n’a pas affiché officiellement son appartenance, mais des médias locaux indépendants rapportent que c'est l'une des factions du « Hezbollah irakien », lié à l'Iran et relevant organiquement de la « Mobilisation populaire ».

Al-Kazimi a, immédiatement après l'attaque, mis sur pied une commission d'enquête mixte entre les gouvernements central de Bagdad et régional d'Erbil, pour dévoiler les circonstances exactes de l'attaque et les parties instigatrices.

-Embarrasser al-Kazimi

Al-Kazimi s'est engagé, à maintes reprises, à mettre fin aux attaques par roquettes qui ciblent les forces de la Coalition internationale et les missions diplomatiques en Irak, de la part de factions armées chiites qui évoluent en dehors de l'autorité de l'Etat.

L'analyste politique irakien Rahim al-Shummari a déclaré que « al-Kazimi mène une guerre contre les groupes armés qui évoluent en dehors du cadre légal de l'Etat et d'autres entités sécuritaires n’obtempèrent pas à ses injonctions ».

Al-Shummari, qui est un expert au Centre de « Recherches stratégiques » (gouvernemental), a considéré que la dernière attaque contre l'aéroport d'Erbil revêt des dimensions multiples.

« Il se pourrait qu'il y ait une tentative de la part de certaines parties (qu'il n'a pas nommées) de transformer le District du nord de l'Irak en un environnement instable au plan sécuritaire afin de transférer les investissements des compagnies étrangères et autres aux provinces du Centre et du Sud du pays qui sont stables», a-t-il estimé.

Et al-Shummari de poursuivre : « de même, l'attaque a des dimensions afférentes aux attaques à la roquette, qui ont ciblé l'ambassade américaine et la base Ain al-Assad où sont stationnées des troupes américaines dans la province d'al-Anbar », affirmant que « l'attaque embarrasse plus d'une partie ».

L'analyste politique a ajouté : « Après l'attaque, le District du Kurdistan devrait recourir au ministère fédéral de la Défense, qui dispose des moyens, tels que des avions, afin de surveiller les zones environnantes du District, en vue d'empêcher de pareilles attaques à l'avenir ».

-Accroître la coordination sécuritaire

A son tour, l'analyste politique, Issam al-Fili, a indiqué à l'Agence Anadolu que « la zone où s’est déroulée l’attaque à la roquette est située en dehors de l'autorité du gouvernement fédéral d’un point de vue militaire. Cette attaque pourrait contribuer au renforcement de la coordination et de la coopération militaire entre Bagdad et Erbil ».

Al-Fili, professeur de Sciences politiques dans une université de Bagdad, a ajouté que le « gouvernement irakien fédéral n'assume pas la responsabilité de protéger les zones environnantes du District du nord de l'Irak, étant donné que ces zones sont soumises à la domination et au contrôle des unités sécuritaires du District ».

Cette attaque n'est pas la première du genre qui cible l'aéroport d’Erbil, situé à proximité d'une base militaire américaine.

En effet, l'aéroport a été bombardé au mois de septembre dernier, par 6 roquettes mais qui n'ont causé aucune perte en vies humaines ni de dégâts matériels.

Les autorités du District avaient accusé les factions de la « Mobilisation populaire » d'avoir mené cette attaque, dès lors que les roquettes ont été lancées depuis la plaine de Ninive, où sont déployées ces factions.

-Message à Biden

Khalil al-Naimi, un ancien officier irakien s'est dit convaincu que « l'attaque à la roquette contre l'aéroport d’Erbil constitue un message adressé à la nouvelle Administration américaine, conduite par Biden, afin qu'elle traite la décision de faire quitter le sol irakien par les troupes américaines comme étant un fait accompli».

L'ancien colonel, actuellement à la retraite, a ajouté que « l'attaque en elle-même représente un message destiné au détenteur de la décision militaire au sein de l'Administration américaine pour avertir que penser à maintenir ou à accroître le nombre des troupes américaines, aura un lourd tribut à payer ».

En 2014, quelque 5000 soldats américains ont été déployés dans des bases militaires, dans plusieurs régions de l'Irak, dans le cadre de la Coalition internationale de lutte contre l'organisation terroriste Daech.

Néanmoins, aucune statistique récente n'a été publiée au sujet du nombre des troupes américaines actuellement.

Les forces américaines ont été redéployées en Irak en 2014, à la demande du gouvernement de Bagdad, présidé à l'époque par Nouri al-Maliki, lorsque l'organisation terroriste de Daech avait envahi le tiers de la superficie du pays.

Les forces américaines avaient quitté complètement l'Irak, en 2011, au terme de huit ans d'occupation, après le renversement du Régime de Saddam Hussein, en 2003.

Des factions armées chiites affiliées à la « Mobilisation populaire », dont « Hezbollah irakien » ou encore les « Brigades Ahl al-Haq », factions proches de l'Iran, ont adopté l'option militaire pour expulser les forces américaines du pays et ce, depuis l'assassinat du commandant du Corps des Gardiens de la révolution iranienne, Qassem Soleimani, lors d'un raid américain mené près de l'aéroport international de Bagdad, le 3 janvier 2020.

Depuis cette date, les attaques à la roquette, qui ciblent l'ambassade américaine dans la Zone verte (centre de Bagdad) et le convoi l'approvisionnement logistique de la Coalition internationale dans les provinces du Sud, se sont multipliées.

Le gouvernement irakien n'a pas diffusé officiellement les noms des factions impliquées dans ces attaques, se contentant d'affirmer que ces groupes sont «hors-la-loi ».

Les factions armées « chiites » estiment que l'action militaire visant à expulser les forces américaines fait partie de leurs choix et ce, en raison de l’inapplication de la résolution du parlement irakien, qui avait décidé, en janvier 2020, que les forces étrangères stationnées sur le sol irakien doivent partir.

La « Mobilisation populaire » est une institution officielle qui compte en majorité des factions armées chiites et dispose d'un statut particulier. Elle est organiquement liée au commandant en chef des forces armées et évolue sous la direction des forces de l'armée au cours des opérations militaires.

Au mois d'août dernier l'ancien président américain Donald Trump s'est engagé, au cours d'une rencontre tenue à Washington avec al-Kazimi, à procéder à un retrait rapide des forces de la Coalition internationale d'Irak, en l'espace de trois ans.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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