Politique, Analyse

La normalisation arabe avec Damas… pour contrer l’Iran ? (Analyse)

- Les parties favorables à la normalisation des relations avec Damas estiment que des pays, dont l’Iran, tentent d’entraver le retour de la Syrie dans le giron arabe

Ehssan Alsharıf   | 22.11.2021
La normalisation arabe avec Damas… pour contrer l’Iran ? (Analyse)

Istanbul

AA / Istanbul / Ihsen Fékih

Les pays qui envisagent de normaliser leurs relations avec le Régime de Damas forment l’espoir que cette démarche contribuera à endiguer, ne serait-ce que partiellement, l’influence iranienne en Syrie et à empêcher de voir s’amplifier et se multiplier les interventions régionales et internationales et ce, en assurant une importante présence arabe.

Cette présence arabe se chargera, sans conditions d’ordre juridique ou autre, du dossier de la reconstruction et de tisser des relations économiques mutuellement profitables, et dont bénéficieraient les Etats du Golfe ainsi que d’autres pays de la région, tels que l’Irak, la Jordanie ou encore le Liban, en reprenant les échanges commerciaux avec la Syrie.
Les parties favorables au rétablissement des relations entre les pays arabes et Damas estiment qu’il existe des pays, dont l’Iran, la puissance régionale influente et impactante en Syrie, qui tentent d’entraver le retour des relations arabo-syriennes à leur niveau précédant le conflit. Il s’agit, principalement, des pays du Golfe hostiles à Téhéran.
L’Iran se doit de s’acclimater avec les variables et les changements qui pourraient altérer les politiques du gouvernement syrien, politiques devant être plus cohérentes et mieux adaptées aux positions arabes et plus distantes de celle de l’Iran, s’agissant, notamment, de plusieurs dossiers faisant l’objet de divergences entre Téhéran et certains pays arabes.
Il s’agit, notamment, des conflits en Syrie et au Yémen et de l’Influence voire l’ingérence de l’Iran dans les affaires intérieures de ces deux pays ainsi que de celles de l’Irak et du Liban.
Des observateurs estiment que le pari sur le retour de la Syrie au giron arabe et sur son éloignement de l’Iran est un pari peu réaliste, compte tenu, notamment, de la réussite de Téhéran de jeter les fondements solides d’une influence économique, militaire et sociale bien ancrée en Syrie.
Cette influence est renforcée par les changements du tissu et de la composition démographiques au profit des franges sociales alliées avec l’Iran dans la capitale Damas et dans les régions qui lui sont environnantes et proches jusqu’aux frontières avec le Liban et dans le Sud du pays, au niveau des frontières avec la Jordanie, voire même dans l’est en direction des frontières syro-irakiennes.
Pour la première fois depuis le début du conflit, un haut responsable émirati effectue une visite en Syrie au terme de plus de dix ans de guerre civile ravageuse et d’une position arabe quasiment unanime à rejeter les exactions du Régime de Damas qui a éliminé des centaines de milliers de civils et provoqué le déplacement de millions de personnes ainsi que la destruction de l’infrastructure tout en affichant sa complicité avec le projet iranien dans la région du Moyen-Orient.
Le ministre émirati des Affaires étrangères, Abdallah Ibn Zayed, a effectué des entretiens avec le Président du Régime syrien, Bachar al-Assad, immédiatement après son arrivée à Damas, le mardi 9 novembre courant.
L’agence de presse émiratie (WAM/Officiel) a rapporté que le ministre des Affaires étrangères a souligné la volonté d'Abou Dhabi de garantir la sécurité, la stabilité et l’unité de la Syrie et de son soutien à l’ensemble des efforts consentis pour mettre un terme à la crise syrienne.
De son côté, l’agence de presse syrienne (SANA/Officiel) a indiqué, en citant le cabinet du Président du Régime, que les deux parties ont débattu des voies et moyens susceptibles de développer la coopération et d’exploiter au mieux les opportunités d’investissements.
Al-Assad a, selon SANA, “salué les sages et objectives positions prises par les Emirats qui ont de tout temps soutenu le peuple syrien ».
Le Régime syrien entretient des relations économiques avec les Emirats, relations qui se sont renforcées, en date du 20 octobre écoulé, avec la mise sur pied du Conseil d’affaires syro-émirati à l’effet de renforcer le commerce bilatéral et de promouvoir le rôle du secteur privé dans le développement de la coopération économique entre les deux pays dans différents domaines, commercial, industriel, agricole et touristique. Il est question également d’installation d’une centrale électrique d’une capacité de 300 mégawatts à Damas moyennant des investissements émiratis.
Le ministre syrien des Ressources hydrauliques, Tammem Ra’ad avait discuté, au mois de septembre dernier, à Abou Dhabi, avec le ministre émirati de l’Energie et des Infrastructures, Souhail al-Mazrouii les voies et moyens à même de consolider la coopération mixte entre les deux pays, dans tous les domaines, en particulier ceux de l’énergie et de l’eau.
Les Etats-Unis d’Amérique avaient, par la voie du porte-parole du Département d’Etat, Ted Prince, critiqué la visite du ministre émirati, affirmant que Washington ne soutient aucun effort de normalisation avec le Régime syrien ou toute action visant à le rendre fréquentable, qualifiant le Régime d’al-Assad de « dictateur et de barbare ».
Depuis plusieurs années, l’Egypte et plusieurs pays arabes ont joué un rôle de premier plan dans les rouages de la Ligue arabe pour que la Syrie récupère son siège vacant en raison de la suspension de son adhésion décidée en novembre 2011 à côté d’une série de sanctions politiques et économiques. Ces sanctions ont comporté la suspension de participation des délégations de la Syrie aux réunions de la Ligue des Etats arabes (LEA) ou de toute autre structure relevant de la Ligue jusqu’à arrêter les violences et garantir la sécurité aux populations civiles.
Le gouvernement syrien saisit pertinemment que compter sur l’Iran ou la Russie ne peut pas dépasser la dimension militaire et ne peut atteindre le volet économique et que le Régime se trouvera, après la fin de la guerre, face à des défis économiques importants et fera face aux exigences de la transition de la phase actuelle à celle de post conflit avec son lot de reconstruction.
C’est pour cela que la Syrie est favorable au rétablissement de ses relations avec les pays arabes en général et avec les riches pays du Golfe, plus particulièrement.
Il ressort de plusieurs rapports élaborés par l’Organisation des Nations Unies que le coût de reconstruction en Syrie s’élèvera à quelque 388 milliards de dollars, alors que le Président du Régime syrien a évalué les besoins de son pays dans une fourchette oscillant de 250 à 400 milliards de dollars. Ces chiffres englobent aussi bien la reconstruction de ce qui a été détruit par la guerre mais aussi les préparatifs devant être engagés pour assurer le retour de millions de réfugiés de l’étranger et des déplacés à l’intérieur du pays à leurs villes, localités et villages.
Les étapes de la normalisation arabe avec le Régime syrien s’accélèrent à la faveur des efforts déployés par la Jordanie, l’Égypte et les Emirats mais aussi de ceux consentis par l’Irak, le Liban et l’Algérie qui doit accueillir au mois de mars prochain la session ordinaire de la Réunion au Sommet de la LEA.
L’évocation de la normalisation avec le Régime syrien intervient dans le cadre d’une conviction arabe et internationale quant à l’impossibilité de faire chuter le Régine, et l’absurdité que de poursuivre à parier sur la seule solution militaire, favorisant ainsi le recours à l’option politique et à la résolution onusienne sur la base des conclusions de la Réunion de Genève I et des résolutions onusiennes y afférentes. De plus, la communauté internationale semble convaincue ou résignée que le Régime syrien est sur la bonne voie pour récupérer à nouveau l’ensemble du territoire.
Il semble que le Régime syrien franchit, en cette phase, des pas importants sur la voie de la récupération de sa force et de son contrôle du territoire du pays et de rétablir la situation antérieure à la militarisation de la Révolution durant l’été 2011 qui correspond à la formation des factions de l’opposition armée. Ces factions sont parvenues à déposséder le Pouvoir de plus des deux tiers de la superficie du pays à l’orée de l’année 2013,
Le Régime contrôle actuellement moins de 70% du territoire syrien, tandis que les factions de l’opposition armée contrôlent environ 9% du territoire et le reste demeure sous la domination des organisations terroristes du PKK et du YPG.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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