Sport, Analyse

La FIFA, ce Mammouth à l’image ternie, qui fête ses 118 ans

- Créée à Paris par sept fédérations nationales, mais sans le Royaume-Uni, berceau du football, la Fédération internationale de football a vu son image ternir au cours de la dernière décennie par une série de scandales de corruption

Majdi Ismail   | 22.05.2022
La FIFA, ce Mammouth à l’image ternie, qui fête ses 118 ans

Canada

AA / Montréal / Hatem Kattou

La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) a vu le jour, à Paris, un certain 21 mai 1904, à l’instigation, entre autres, d’un journaliste sportif du nom de Robert Guérin, arbitre de son état et également entraîneur.


- Une création sans le pays berceau du football

Ce qui est remarquable dans la genèse d’une fédération, qui deviendra par la suite l’une des plus prestigieuses institutions sportives internationales et planétaires, c’est l’absence du Royaume-Uni, berceau du football.

En effet, ce sont sept fédérations nationales réunies à Paris, qui ont annoncé officiellement la création d’une institution chargée de gérer et de développer le football à travers le monde. Il s’agit de la Belgique, du Danemark, de l’Espagne, des Pays-Bas, de la Suède, de la Suisse et du pays hôte, la France, tous des pays issus du Vieux continent.

L’absence des insulaires fut motivée par la pierre d’achoppement qui les avait opposés aux continentaux et qui se cristallisa autour d’une vision différente. Les Britanniques estimaient que l’amateurisme est de mise dans ce sport alors que le camp opposé s’attachait à professionnaliser le football.

Après les sept pays du départ, la FIFA compte actuellement 211 membres, soit un nombre supérieur à celui des Etats composant les Nations Unies (193 pays souverains). C’est dire l’importance de la Fédération footballistique, certes tirée de la popularité du sport roi, mais aussi de la dimension financière galopante qui marque de son empreinte cette discipline de nos jours.


- Quelques présidents emblématiques

Sur les neuf présidents qui se sont succédés à la tête de la FIFA depuis 118 ans, en plus de deux patrons intérimaires, trois ont marqué de leur empreinte cette institution. Il s’agit du Français Jules Rimet, du Brésilien Joao Havelang et du Suisse Joseph S. Blatter.

Jules Rimet, qui a officié à la tête de la FIFA, pendant un tiers de siècle, est incontestablement le président qui a permis à ce jeu de se développer le plus. Rimet, qui a été en poste de 1920 à 1954 a été le premier président d’honneur de la FIFA et le nombre des pays membres est passé, durant son long mandat, de 20 à 85.

Considéré comme étant la cheville ouvrière et le principal artisan du lancement de la première coupe du monde en Uruguay en 1930, le Français, décédé en 1956 à l’âge de 83 ans, a donné, de son vivant, et à l’occasion de ses 25 ans de « règne » à la tête de la FIFA, son nom à la Coupe du monde.

Moins de deux décennies après la disparition de l’illustre Jules Rimet, c’est au tour du Brésilien Joao Havelange de monter sur le « trône » de la FIFA. Il convient d’ailleurs de souligner que Havelange, décédé en 2016 après avoir traversé le siècle fût le premier et le seul non-européen jusqu’à présent à se hisser à ce poste, à l’exception du Camerounais Issa Hayatou qui a assuré un court intérim de deux mois, de décembre 2015 à février 2016.

Celui qui détient le record de longévité après Jules Rimet, (24 ans) fût l’initiateur de changements majeurs dans la planète foot, s’agissant notamment de l’expansion, voire l’explosion, de la commercialisation de la Coupe du monde FIFA.

Un seul chiffre illustre ce changement est celui du nombre des pays participants à la plus importante compétition sportive au monde, chiffre qui a tout simplement doublé, en passant de 16 à 32 durant le mandat du brésilien, cet ancien champion de Waterpolo, au regard bleu acier et à la carrure imposante.

Havelange est parvenu à universaliser médiatiquement et financièrement un sport déjà populaire dans les quatre coins de la planète, en initiant une série de plans et de programmes et en multipliant les compétitions organisées sous l’égide de la FIFA.

Le successeur de Havelange et son fils putatif fût le Suisse Joseph S. Blatter, un des plus fidèles lieutenants du vieux brésilien.

Si l’on excepte la fin de règne chaotique de Blatter qui fut contraint à la démission, quatre jours après son élection pour un cinquième mandat en 2015, étant éclaboussé par des affaires de corruption, son passage à la tête de la FIFA est considéré par nombre d’observateurs et de fins connaisseurs du monde du ballon rond comme un franc succès.

En effet, le « Roi Blatter » comme le surnomment certains de ses détracteurs, a réussi durant ses 17 ans à la tête de la Fédération internationale (juin 1998, juin 2015) a renforcé les activités de « développement du football à travers le monde et sa capacité à influer sur la société au-delà du rectangle vert, en mettant en place une variété de programmes sociaux, d'éducation et de santé ».

Sous la houlette de son huitième président, la FIFA est parvenue à « élargir son éventail de tournois en ajoutant la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA, la Coupe du Monde de Beach Soccer de la FIFA, la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA et la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA ».

Toutefois, cette prospérité financière a été accompagnée par une série d’affaires de corruption qui ont terni l’image et le blason de la FIFA.


- Ethique Vs corruption : le dilemme actuel de la FIFA

Au cours de la tenue de son 56ème congrès en marge du déroulement de la Coupe du monde en 2006 en Allemagne, la FIFA a placé l’éthique comme étant une de ses priorités absolues, avec comme dessein affiché celui de considérer la bonne gouvernance et la transparence comme étant des exigences dans le monde du football.

Cette approche visait à protéger les organes de gestion du football de toute intervention, ingérence ou mainmise, qu’il s’agisse de celle des pouvoirs publics et politiques, ou de l’influence des grands clubs avec leur poids financier majeur.

La FIFA souhaitait établir un système à l’abri des dérives, notamment financières.

Néanmoins, et moins d’une décennie après ces effets d’annonce, l’éthique a cédé la place à la corruption et aux affaires en tout genre, allant des matchs truqués, au trafic de billets, jusqu’à l’attribution douteuse de l’organisation de quelques éditions de la Coupe du monde.

Le point d’orgue a été atteint en 2015 lorsque sept hauts dignitaires de la FIFA furent arrêtés à Zurich à la demande des autorités judiciaires américaines qui avaient diligenté une enquête à cet effet sur « des faits présumés de racket, blanchiment d'argent et corruption dans le cadre notamment de l'attribution de plusieurs coupes du monde ou de contrats marketing ».

Les faits en question se seraient déroulés durant deux décennies, ce qui en dit long sur le système « mafieux » mis en place et dont plusieurs parties tiraient profit des royalties et autres pots de vin.

Ces affaires ont démontré pour remonter aux origines que les Britanniques qui s’attachaient au début du siècle dernier à garder le sport qu’ils ont créé dans le giron de l’amateurisme, avaient peut-être raison, du moins ils avaient fait preuve d’anticipation.

Doit-on (peut-on d’ailleurs le faire) extraire le football du monde de la finance, du marketing, du sponsoring et des contrats aussi bien juteux que faramineux, où l’appât du gain prime, de préserver la devise d’un autre illustre français, en l’occurrence Pierre de Coubertin, fondateur des Jeux olympiques modernes avec comme devise « Citius, Altius, Fortius – Communiter » (Plus vite, plus haut, plus fort – ensemble).

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