Économie, Analyse

Israël opte pour l'économie comme alternative au dialogue avec les Palestiniens (Analyse)

- Les mesures israéliennes ont concerné des facilitations financières ainsi que l'augmentation du contingent des travailleurs palestiniens sur son territoire

1 23   | 07.09.2021
Israël opte pour l'économie comme alternative au dialogue avec les Palestiniens (Analyse)

Palestinian Territory

AA / Jaafar Kacem

Les deux parties, palestinienne et israélienne, ont convenu que le moment de reprendre les négociations de paix bilatérales est inopportun, dès lors que l'Autorité palestinienne traverse une de ses pires situations, au plan interne, tandis que le l'actuel gouvernement installé à Tel-Aviv est précaire.
Cependant, les deux parties font face à des pressions américaines exercées par Washington en vue de détendre la situation et d'éviter, aussi, que les événements ayant emprunt leurs relations au cours des deux décennies écoulées, ne se reproduisent.
Le dernier épisode de tensions entre Palestiniens et Israéliens fut la dernière guerre lancée contre la Bande de Gaza, au mois de mai dernier, un conflit duquel le Mouvement Hamas est sorti encore plus fort, disposant d'une popularité qui donne du fil à retordre aux trois parties, en l'occurrence, Israël, les Etats-Unis et l'Autorité palestinienne.
Il semble que les deux parties ainsi que Washington ont abouti à la déduction que quelques améliorations apportées au plan économique pourraient constituer une sortie de cette situation embarrassante, tout en formulant l'espoir de reconstruire la confiance mutuelle et de reprendre le processus politique, lorsque les conditions seraient plus propices.


- Une crise financière ardue
Depuis 2018, l'Autorité palestinienne traverse une crise financière des plus difficiles, voire la pire depuis son établissement en 1994.
Cette crise a connu une recrudescence en 2019 compte tenu de la baisse des recettes de dédouanement (Il s’agit de taxes perçues par Israël en faveur de l'Autorité au titre des importations palestiniennes via le territoire israélien).
Cette baisse s’explique par les prélèvements unilatéraux imposés par Tel-Aviv, en contrepartie de services, tels que l'électricité, les eaux, l'assainissement, les médicaments ou encore au titre des montants qu’Israël considère comme équivalents aux paiements versés par le gouvernement palestinien aux familles des blessés, des prisonniers et des martyrs.
Le montant des recettes de dédouanement s'élève à 220 millions de dollars mensuellement et constitue près de 60% des revenus de l'Autorité palestinienne. Israël prélève dans les 50 à 60 millions de dollars de ces recettes par mois, à titre unilatéral.
Ces prélèvements sont concomitants avec une forte baisse des aides extérieures qui ont avoisiné le zéro en 2021 et la réduction des recettes locales en raison des retombées de la pandémie de la Covid-19.
De plus, les dettes du gouvernement palestinien auprès des banques locales, au titre de prêts accumulés, ont atteint les 2.3 milliards de dollars jusqu’à la fin du mois de juin dernier.


- A la recherche de solutions
Washington estime que le desserrement de l'étau de la crise financière que traverse l'Autorité palestinienne est la clé de la baisse de la tension dans les Territoires palestiniens.
Cette vision est appuyée par des rapports des services de renseignement américains et israéliens, en vertu desquels l'existence même de l'Autorité palestinienne fait l'objet de doute si la situation perdure telle qu'elle est actuellement.
Depuis le premier jour de l'investiture du nouveau Président américain, Joe Biden, Washington a annoncé la reprise des aides destinées aux Palestiniens ainsi que le financement des projets et de l'UNRWA, des aides suspendues en 2018 par l'ancien Président Donald Trump.
Cependant, la décision de la nouvelle Administration américaine butte, jusqu’à présent, sur une loi adoptée par le Congrès durant l'ère de Trump.
Ce texte a lié les aides offertes à l'Autorité palestinienne par la suspension des paiements accordée aux « terroristes », un terme qui signifie, selon la terminologie de cette loi, les familles des blessés, des prisonniers et des martyrs.
Mais le changement où l'abrogation de cette loi nécessitera des mois, alors que la situation financière de l'Autorité palestinienne a atteint une impasse, ce qui implique une solution d'urgence qui ne souffrirait aucun délai ni retard, ne serait-ce que d'un mois.


- La solution aux mains d'Israël
Jusqu'à l'amendement de la loi américaine, configuration qui permettrait à l'Administration Biden de reprendre l'envoi des aides à l'Autorité palestinienne, Washington a focalisé la plupart de ses pressions sur le nouveau gouvernement israélien, présidé par Naftali Bennett, pour prendre des mesures de nature à réduire la crise financière de l’Autorité et à stopper la détérioration de l'économie palestinienne.
Les mesures annoncées par Israël comportent l'octroi d'un prêt à l'Autorité palestinienne d'un montant de 155 millions de dollars, un prêt qui s'ajoute au montant mensuel de dédouanement (220 millions de dollars), afin que l'Autorité puisse honorer ses engagements, en particulier, le paiement des salaires des fonctionnaires, qui constitue une échéance éminente.
Ces mesures concernent, par ailleurs, l'octroi d'autorisations à quelque 15 mille palestiniens supplémentaires pour pouvoir accéder à Israël et y travailler, un contingent qui s'ajoute à plus de 150 000 Palestiniens qui travaillent dans l'économie israélienne.
La main d'œuvre palestinienne en Israël représente l'une des principales ressources de l'économie palestinienne, dès lors que plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens qui travaillent sur le territoire de l'occupant injectent quelque 315 millions de dollars mensuellement, un montant qui équivaut au quart du produit intérieur brut palestinien.
De plus, Israël a décidé, entre autres mesures, d’équiper l'Autorité palestinienne de fréquences qui permettraient le lancement de la 4eme génération de télécommunications (4G), selon des responsables palestiniens.
Tel-Aviv a notifié, également, à l'Autorité palestinienne son approbation de traiter le statut juridique de 3000 à 5000 Palestiniens qui ne disposent pas de pièces d'identité, et qui ont accédé en Palestine en vertu d’autorisations de visite remises par l'Administration civile israélienne ou de visas accordés par les ambassades israéliennes à l'étranger.
Le nombre des personnes appartenant à cette catégorie s'élève à quelque 14 000 actuellement, sur un total de 54 mille individus, dont la situation de la majorité parmi eux avait été régularisée à l’époque du gouvernement d'Ehud Olmert (2006-2009).


- Des dossiers financiers en suspens
De son côté, l'Autorité palestinienne souligne que les mesures israéliennes s'inscrivent dans le cadre des négociations qui stagnent depuis plusieurs années, au sujet de huit dossiers financiers en suspens.
L'Autorité palestinienne estime que la résolution de ce dossier lui fournira des ressources additionnelles d'une valeur de 500 millions de dollars, un montant qui lui permettra de boucler 60% de son déficit budgétaire.
Parmi ces dossiers figurent les prélèvements qu’Israël déduit unilatéralement du dédouanement, auquel Tel-Aviv applique une commission (3%), le différentiel qu’Israël perçoit auprès des voyageurs palestiniens qui veulent se déplacer vers la Jordanie ainsi que les montants que retient Tel-Aviv depuis 2019 en contrepartie des paiements versés par l’Autorité palestinienne aux familles des martyrs, des blessés et des prisonniers.
Nonobstant les motifs des dernières mesures israéliennes à l'égard de l'Autorité palestinienne, il n'en demeure pas moins qu'elles demeurent insuffisantes et à court terme, si cela ne se développe pas pour atteindre le stade d'un dialogue politique qui traiterait à la racine des causes profondes des déséquilibres structurels dont souffre l'économie palestinienne, à savoir, l'occupation, la délimitation des frontières et le contrôle des territoires et des ressources.
C’est ce qu’a exprimé sans détour le Premier ministre palestinien, Mohamed Shtayyeh lorsqu'il commentait les mesures israéliennes en indiquant : « Nous voulons mettre un terme à l'occupation et non pas seulement des mesures prises pour améliorer nos conditions sous son emprise ».

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou



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