Analyse

Guerre du Vietnam : Récit d'un fiasco

Fatma Bendhaou   | 27.01.2022
Guerre du Vietnam : Récit d'un fiasco

Dubai


AA/ Mohamed Badine El Yattioui

Le 27 janvier 1973, Henry Kissinger, conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis sous le Président Nixon signait les Accords de paix de Paris, pour mettre fin à la guerre du Vietnam. Retour sur le fiasco d'une guerre qui a laissé des traces indélébiles non seulement sur la géopolitique mondiale, mais également sur la société américaine.

Le Vietnam obtient son indépendance en 1954 au terme de la guerre d'Indochine et du départ de la France. Dans un contexte de Guerre froide, il est divisé en deux, le Nord-Vietnam pro-soviétique et le Sud-Vietnam pro-occidental. Au Sud-Vietnam, une rébellion communiste se constitue, le Front national de libération du Viêt-nam du sud (FNL), soutenu par le Nord-Vietnam. Tout cela va causer une nouvelle guerre. Les États-Unis vont y participer, tout comme l'URSS et la Chine.

En 1961, le Président John Fitzgerald Kennedy envoie des conseillers militaires et des troupes car il souhaite sauver le régime de Ngô Dinh Diêm. La raison invoquée est géostratégique : éviter la chute des régimes pro-occidentaux en Asie. La « théorie des dominos » formulée par l'ancien Président Eisenhower est toujours de mise.

Son successeur, Lyndon Johnson, prend prétexte de l'attaque de deux destroyers dans le golfe du Tonkin, pour lancer en 1964 les premiers raids américains sur les positions communistes au Sud-Vietnam. Il obtient également du Congrès les pleins pouvoirs militaires pour un engagement contre le Nord-Vietnam, mais la guerre n’a pas été déclarée officiellement par le Congrès, contrairement à ce que veut la Constitution. En 1965, il commence à bombarder le Nord-Vietnam. En 1968, plus de 500 000 soldats américains combattent au Vietnam.

Des armes chimiques, notamment le napalm, sont utilisés. La frustration face à un adversaire pourtant très inférieur a conduit le général Westmoreland, commandant en chef des opérations militaires américaines de la guerre du Vietnam, de 1964 à 1968, à affirmer dans ses mémoires : “La seule façon d’établir le contrôle des populations était de retirer la population et de détruire son village” (A Soldier Reports).Terrible aveu d´impuissance.

L´année 1968 est un tournant pour trois raisons. Le Vietcong organise une contre-offensive (« offensive du Têt »); dans les universités américaines (et de tout le bloc occidental).

L´opposition est massive et les désertions nombreuses; enfin, le républicain Richard Nixon est élu et proclame faire preuve de réalisme. Les Etats-Unis traversent une crise politique et sociale d´une ampleur inédite. Les divisions sont profondes. Ils assistent à l’avènement de la “contreculture” dans le cinema, la littérature et la musique.

Sans oublier le sport, et le plus grand boxeur, Mohamed Ali, qui ne veut pas aller combattre au Vietnam et affirme au passage qu´"aucun Vietcong ne m’a jamais traité de nègre". En 1967, il refuse son incorporation dans un centre de recrutement et les conséquences sont immenses.

Il écope de 10 000 dollars d’amende, de 5 ans de prison et perd sa licence de boxeur plus son titre de champion du monde. Apres quatre ans de suspension et de déboires judiciaires, la Cour Suprême l´absout en 1971.

De plus, durant ce conflit, la télévision devient un acteur décisif. Les Américains assistent à des reportages quotidiens sur les bombardements et les combats. Lyndon Johnson dira qu’elle a installé le défaitisme au sein de la population. En 1967, 50% de la population est favorable à la mobilisation, 30% est contre. Les 20% restants ne se prononcent pas ou n’ont pas d’avis. En 1971, 60% de la population rejette le conflit.

En 1970, Richard Nixon en est déjà conscient car il démarre le retrait des troupes américaines puis, le 27 janvier 1973, il conclut les Accords de paix de Paris. Les États-Unis s'engagent à retirer toutes leurs troupes en 60 jours et le Nord-Vietnam, de son côté, à libérer tous ses prisonniers américains.

A la table des négociations se trouvent les représentants des deux Vietnam, du Front National de Libération et des États-Unis. Lê Duc Tho (Nord-Vietnam) et Henry Kissinger (États-Unis) jouent un rôle majeur lors des négociations et sont récompensés par le Prix Nobel de la paix cette même année. Le premier le refusa car selon lui “la paix n'a pas réellement été établie”.

La guerre du Vietnam a été l’un des conflits les plus meurtriers de l’après Seconde Guerre mondiale pour les populations civiles, qui constituent en effet la majorité des 3,8 millions de morts recensés. Le secrétaire à la Défense entre 1961 et 1968, Robert McNamara, admet que la même proportion aux États-Unis serait de 27 millions d’Américains, dans un livre publié en 1999 et intitulé "Argument Without End. In Search of Answers to the Vietnam Tragedy".

Néanmoins, précisons que la guerre se poursuivit entre communistes et pro-occidentaux jusqu'à la chute de Saigon en 1975 et la réunification du pays sous l'égide du Nord.

L´historien Hugues Tertrais, professeur à l’Université Paris I – Panthéon-Sorbonne et directeur du Centre d’histoire de l’Asie contemporaine affirme que “les États-Unis sortent affaiblis de l’épilogue de la guerre qu’ils ont conduite au Vietnam, leur crédibilité est en question. Commence pour eux un moment d’introspection, presque de « recueillement », avant qu’ils ne retrouvent confiance en leur puissance”.

L'impact de cette guerre est impressionnant car à chaque fois que les Etats-Unis déploient leurs troupes sur un théâtre d’opérations comme en Afghanistan et en Irak, ou même qu'ils s’interrogent sur une éventuelle intervention comme en Syrie, tous les analystes parlent d’un “nouveau Vietnam”.

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