Analyse

George Floyd rouvre les plaies du racisme européen (Analyse)

- L’assassinat du citoyen afro-américain, George Floyd, par un policier blanc aux Etats-Unis a provoqué une vague de protestations dénonçant le racisme dans le pays

Mona Saanouni   | 15.06.2020
George Floyd rouvre les plaies du racisme européen (Analyse)

Istanbul

AA/Istanbul/ Enes Güzel

- L’auteur est un chercheur au Centre de recherches relevant de la chaîne "TRT World", qui a consacré ses recherches sur la montée de l’extrême Droite et de l’Islamophobie en Europe.

L’assassinat du citoyen afro-américain, George Floyd, par un policier blanc aux Etats-Unis, a provoqué une vague de protestations dénonçant le racisme dans le pays et dans le monde.

En Europe, des milliers de personnes sont également sorties dans les rues à Berlin, à Paris et à Londres, pour dénoncer les violences policières et l’injustice du racisme.

Au milieu de cette vague de colère mondiale provoquée par le meurtre de Floyd, plusieurs gouvernements européens et de hauts responsables de l’UE ont condamné le racisme institutionnel et le mauvais usage de l’autorité, exprimant leur soutien aux protestations qui dénoncent le racisme dans le monde.

A l’exception du parti espagnol d’extrême Droite "Vox" et du "parti pour la Liberté" néerlandais (islamophobe) qui a qualifié les protestataires de "terroristes", une grande majorité de partis européens a condamné toutes les formes de racisme.

S’il est encourageant de voir les principaux partis européens condamner le meurtre et soutenir les protestations, il n’en demeure pas moins que les pays européens, dans leur majorité, ne diffèrent pas vraiment des Etats-Unis en ce qui concerne les pratiques ayant mené à la mort de Floyd.

La discrimination et le racisme systématique ne sont pas limités aux Etats-Unis et les crimes commis pour des motifs racistes se sont accentués dans plusieurs pays membres de l’Union européenne. En d’autres termes, le racisme aux Etats-Unis reflète ce qui se passe en Europe.

Le rapport annuel de la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance, publié en février 2020, met l’accent sur l’existence d’un problème lié à la discrimination contre les Musulmans, les Juifs et les personnes de couleur dans les pays membres du Conseil de l’Europe (47 pays).

La Commission souligne également l’influence grandissante des politiques extrémistes et nationalistes, en Europe, ainsi que la haine des étrangers, qui contribuent à l’augmentation du fanatisme et de l’intolérance.

En effet, le racisme de l’extrême Droite à l’égard des minorités religieuses et ethniques, notamment les Musulmans, connait une nette recrudescence en Europe.

Onze personnes, principalement d’origine turque, ont été tuées en février dernier lors d’une opération terroriste perpétrée par un extrémiste de Droite, dans la ville allemande de Hanau.

Le massacre de Hanau n’est que l’ultime épisode d’une longue série d’attaques terroristes perpétrées par des extrémistes de Droite en Europe.

- Recrudescence du racisme et de l’islamophobie en Europe

Les partis d’extrême-Droite considèrent l’Europe comme étant le continent des blancs de confession Chrétienne, ayant une Histoire et des valeurs culturelles communes. Selon ces partis, les Musulmans représentent une menace culturelle pour l’identité nationale de l’Europe, définie comme "une identité blanche".

La rhétorique islamophobe est donc devenue un "outil" dans les campagnes électorales des partis d’extrême Droite.

Cette politisation a non seulement permis à l’extrême Droite de renforcer la haine de l’Islam, mais a également réussi à transformer l’islamophobie en un courant politique et social prépondérant dans plusieurs sociétés occidentales.

Compte tenu du fait que les populistes d'extrême droite fixent l'agenda politique, les conservateurs opportunistes forcent le "courant dominant" à imiter les idées et le langage des extrémistes marginaux.

Malgré les menaces que représente l’idéologie d'extrême droite pour la cohésion sociale et pour les valeurs européennes, qui protègent les minorités religieuses et ethniques, les politiciens et les médias négligent cette problématique et la considèrent comme étant secondaire.

L’islamophobie est toutefois devenue un phénomène courant au sein des structures gouvernementales, ainsi que dans d’autres espaces sociaux.

Au Royaume-Uni, par exemple, il est 150 fois plus probable qu’une personne de nationalité pakistanaise soit arrêtée aux termes de l’article 7 de la loi sur le terrorisme, qui autorise l’arrestation des gens dans les ports sans "doute raisonnable", qu’une personne de couleur blanche.

- Il est temps pour l’Europe de faire face au racisme

Le privilège des Blancs et la discrimination à l’égard des Afro-américains ont toujours été pratiqués au vu et au su de tout le monde aux Etats-Unis.

La mort tragique de George Floyd est un autre exemple de racisme et de haine contre les Afro-américains aux Etats-Unis.

La supériorité ressentie et revendiquée par les Blancs et le racisme contre les Afro-américains aux Etats-Unis sont toujours présents. Ainsi, la lutte contre toutes les formes de discrimination est loin d’être arrivée à son terme.

Le meurtre de Floyd devrait tirer la sonnette d’alarme, et inciter tous les gouvernements européens à faire face au racisme.

Les gouvernements européens doivent prendre conscience que tous les groupes ethniques, les minorités religieuses et les personnes de couleur souffrent tous les jours de discrimination et qu’ils ne doivent pas rester indifférents face au racisme qui sévit dans le continent européen.

Il est vrai que la question du racisme et de l’extrémisme de Droite sont soulevées et discutées, mais ces débats sont loin de trouver une solution à la question.

Tant que les politiciens et les partis politiques xénophobes peuvent, au nom de la liberté, poursuivre leurs campagnes racistes sans sanction et tant que leurs politiques incitatrices à la haine sont approuvées, ils continueront à minimiser la gravité de la question du racisme.

Il est temps pour l’Europe de reconnaitre les problèmes de racisme et d’extrémisme de Droite dont elle souffre, et qu’elle y remédie le plus tôt possible.

Aujourd’hui, le monde entier s’unit pour rendre justice à George Floyd, cependant, la justice ne sera rendue qu’en éliminant le racisme dans le monde.

**Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas forcément la politique éditoriale de l’AA.

*Traduit de l’arabe par Afef Toumi

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