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France : Après Stanislas, Bétharram illustre l’inégalité de traitement entre établissements musulmans et catholiques

- Maître Sefen Guez Guez, avocat de plusieurs groupes scolaires musulmans en France, s’inquiète du « traitement différencié » opéré par l’Etat

Feiza Ben Mohamed  | 19.02.2025 - Mıse À Jour : 19.02.2025
France : Après Stanislas, Bétharram illustre l’inégalité de traitement entre établissements musulmans et catholiques

France

AA/Pau/Feïza Ben Mohamed

Le scandale qui touche aujourd’hui le groupe scolaire Notre-Dame de Bétharram avec de lourdes accusations de violences et de viols, met à nouveau en difficulté le gouvernement français, en impliquant l’actuel Premier ministre François Bayrou, comme l’avait été l’ancienne ministre de l’Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra, dans l’affaire Stanislas.

Ces deux établissements catholiques sous contrat avec l’Etat, dont les dérives et méthodes semblent avoir toujours été connues, ont bénéficié d’une certaine complaisance de la part des autorités, alors même que l’Etat, mène des contrôles très réguliers et procède à la résiliation des contrats de plusieurs établissements musulmans, pour des faits dont certains sont contestés ou dérisoires.

Face à l’ampleur des révélations, alors que pas moins de 112 plaintes ont été déposées par d’anciens élèves de Bétharram et qu’une enquête a été ouverte par le parquet de Pau, le ministère de l’Éducation nationale, dirigé par Élisabeth Borne, a fini par diligenter une inspection, afin de s’assurer du bon fonctionnement de l’établissement confessionnel.

Pour autant, la colère continue de gronder du côté de La France Insoumise (LFI), qui réclame la démission de François Bayrou, dont les enfants ont été scolarisés à Bétharram, et qui est aujourd’hui accusé d’avoir eu connaissance de certains faits sans jamais les avoir signalés à la justice.

Du côté des structures musulmanes, le ton est néanmoins différent, mais les questionnements nombreux, poussent certaines personnalités à pointer « une rupture d’égalité » entre la manière dont sont traités les établissements musulmans, et la complaisance, voire la passivité dont font preuve les autorités dans leur approche vis-à-vis d’associations catholiques, y compris lorsque les faits pointés relèvent potentiellement d’une Cour d’Assises.

- « Un traitement inéquitable »

Dans un entretien à Anadolu, Maître Sefen Guez Guez, avocat de plusieurs établissements musulmans, pointe « le traitement inéquitable qui est fait au réseau éducatif musulman ».

« C’est une réalité objective et absolue puisqu’il y a eu les ruptures des contrats d’association d’Averroes et d’Al Kindi sur des considérations uniquement administratives, voire politiques, qui auraient pu être résolues sans procéder à la rupture du contrat d’association », estime le conseil.

Il souligne à cet effet que « pour Bétharram, on annonce à l’avance une inspection dans un mois pour regarder si les soupçons de violences ont toujours cours à Bétharram, alors que pour Al Kindi ou Averroès, on a toujours procédé à des inspections réalisées de manière inopinée pour essayer de déceler n’importe quelle irrégularité pour justifier d’une rupture des contrats d’association ».

Plaidant pour que « le principe soit l’accompagnement », Maître Guez Guez assure que « cet accompagnement n’a jamais été proposé aux établissements confessionnels musulmans qui n’ont eu comme seule alternative que la rupture de leurs contrats d’association ».

Et de poursuivre : « On aurait souhaité, au niveau du réseau musulman, bénéficier de cet accompagnement de l’Etat. On n’est pas du tout sur la même gravité des faits et pourtant ça ne nous a jamais été proposé. Je ne suis pas favorable à ce qu’on résilie les contrats des établissements scolaires, mais plutôt qu’on puisse corriger les manquements, y compris à Bétharram ».

Pour l’avocat, l’Etat a fait peser sur les structures musulmanes « une responsabilité collective » lorsqu’il y a eu des éléments à corriger, alors que pour d’autres groupes scolaires dont Bétharram, « c’est la responsabilité individuelle qui prime ».

« On n’a jamais invoqué cette responsabilité collective d’un groupe scolaire pour justifier la résiliation d’un contrat d’association. On est allé chercher la responsabilité individuelle de chacun, sauf pour les établissements musulmans », grince enfin le juriste.

- Un déficit de contrôle

Du côté de la classe politique, cette même inégalité de traitement est soulevée par LFI, qui réclame la démission de François Bayrou, mais également l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire afin que la lumière soit faite sur ce qui a pu se produire à Bétharram ainsi que sur la responsabilité de ceux qui n’ont jamais signalé les violences alors qu’ils en ont eu connaissance.

Sur ce point, le député et coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, rappelle que « ces derniers mois, on a fermé des écoles musulmanes qui ont été contrôlées 5 ou 6 fois dans la même année et on apprend maintenant que des écoles catholiques n’ont pas été contrôlées pendant des dizaines et des dizaines d’années ».

« Toutes les écoles sous contrat doivent être soumises aux mêmes règles de contrôle » et ne doivent pas être visées « en fonction des religions », a-t-il poursuivi.

Et le sentiment est sensiblement le même du côté de Jean-Luc Mélenchon, qui s’interrogeait jeudi dans une publication sur le réseau social X, sur les manquements en matière de contrôle.

« A propos de Bétharram. Peut-on savoir comment 112 enfants ont pu être agressés, des personnes condamnées, d’autres suicidées, pendant 60 ans sans qu’aucune inspection aucune vérification, n’ait conduit à la rupture du contrat d’association de cet établissement privé ? », a déclaré l’ancien candidat de gauche à l’élection présidentielle.

Et de conclure : « Il y avait deux lycées musulmans dans le pays, ils ont été fermés tous les deux à cause de bouquins qu’on y a trouvé. Donc on sait fermer! »

Pour rappel, 112 plaintes ont été déposés par d’anciens élèves du groupe scolaire Notre-Dame de Bétharram, situé à proximité de Pau, où François Bayrou est maire. Il est aujourd’hui mis en cause et accusé d’avoir couvert les faits et de ne jamais les avoir dénoncés à la justice alors même qu’il aurait eu connaissance de certaines violences exercées dans cet établissement où étaient scolarisés ses propres enfants.

Une enquête a été ouverte en 2024 par le parquet de Pau et permettra de faire la lumière sur ces accusations portant sur des faits intervenus entre 1970 et 2010 dans le huis clos de cet établissement catholique privé béarnais réputé pour son extrême rigueur.

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