Canada : Pierre Poilievre à la tête du PCC, les Conservateurs ont enfin un "vrai" chef (Opinion)
-Choisi par les militants du parti avec 68% des voix, l’atypique et « populiste » Pierre Poilievre (43 ans) succède à Erin O'Toole, poussé à la sortie après, entre autres, la défaite essuyée en 2021 par les Conservateurs aux élections législatives
Canada
AA /Montréal / Hatem Kattou
La précédente semaine au Canada a été marquée, sur le plan politique, par une série d’évènements d’une importance disparate, s’agissant, notamment, du décès de la cheffe de l’Etat, la reine Elizabeth II d’Angleterre qui occupait ce poste honorifique à la tête de cette monarchie constitutionnelle depuis 70 ans, et de la démission de Lorraine Rekmans, présidente intérimaire depuis environ une année du Parti Vert du Canada, une formation écologique aux abois, prétextant que le « rêve est mort ».
Toutefois, l’évènement susceptible d’avoir concrètement le plus d’impact sur l’échiquier politique canadien est incontestablement le choix, le samedi 10 septembre courant, par les militants et membres du Parti conservateur du Canada (PCC) d’un nouveau chef en la personne de Pierre Poilievre.
En effet, ce choix a une double signification et importance, aussi bien au niveau interne de la formation politique de droite qui a été secouée par plusieurs défaites et de revers durant les dernières années et par une contestation dans ses rangs favorisant les scissions et la rendant plus précaire, qu’au niveau national en prévision des prochaines élections et de l’empoignade attendue avec les Libéraux, conduits par l’actuel Premier ministre, Justin Trudeau, au pouvoir depuis 2015.
Depuis le départ de Stephen Harper en 2015, qui a été aux commandes du pays de l’érable pendant environ une décennie (2006 – 2015), les Conservateurs ont échoué à reprendre les rênes du pouvoir, ayant essuyé trois défaites successives aux législatives fédérales (2015 – 2019 – 2021), mais peinent surtout à retrouver une personnalité d’envergure, qui aurait de la poigne et qui serait à même de réorganiser le parti et de le remettre sur orbite en vue de le préparer au mieux pour affronter le Parti libéral, qui semble sur un nuage depuis près de sept ans.
Rappelons que le Parti conservateur est la principale force d’opposition au Canada avec 119 députés sur les 338 que compte la chambre des communes, chambre basse du Parlement canadien.
Le PCC a vu l’émergence, dans un premier temps, du quadragénaire Pierre Poilievre, député fédéral depuis 2015, qui a réussi à franchir l’écueil des élections internes pour s’imposer, avec plus des deux-tiers des voix des 418 mille électeurs conservateurs.
Mais au-delà du franc succès chiffré (68% des voix), c’est surtout le fait d’avoir remporté cette course à la direction face à un « poids lourd » de la politique canadienne, en la personne de Jean Charest (ancien ministre fédéral et ancien Premier ministre du Québec), qui a été classé deuxième, très loin derrière Poilievre avec seulement 16% des suffrages, ce qui représente un succès pour le député de la circonscription ontarienne de Carlton.
De plus, c’est la campagne agressive en interne menée par Poilievre, campagne qualifiée par d’aucuns de la « politique de la terre brûlée », avec des relents « trumpistes » n’hésitant pas à lancer les pires attaques contre ses adversaires, qui renforce l’image atypique et populiste du nouveau chef des Conservateurs.
Les observateurs de la vie politique canadienne estiment que la personnalité du fougueux Poilievre contraste avec celles des deux derniers chefs Conservateurs, en l’occurrence Erin O’Toole et Andrew Sheer.
Ces deux derniers qui ont été respectivement à la tête des Conservateurs pendant 17 mois et trois ans et demi ont dû quitter la direction du Parti, poussés à la sortie par les militants et par certaines structures qui estiment, majoritairement, qu’ils manquent de leadership leur permettant de mener la bataille face aux Libéraux. Ils n’ont certes pas été aidés par certaines affaires et scissions en interne mais ce sont surtout les défaites électorales qui leur ont coûté leur poste.
La donne semble avoir changé avec Pierre Poilievre, qui avec ses attaques à l’emporte-pièce conjuguées à un ton anticonformiste qui s’encombre peu des exigences du « politiquement correct » et des règles de « bienséance » et autres scrupules la politique, semble être prêt pour mener sa formation vers « l’affrontement » contre les Libéraux.
Certains observateurs estiment, d’ailleurs, que c’est ce ton et cette personnalité, « iconoclaste » quelque part qui privilégie les attaques frontales en faisant peu de cas des conséquences, qui semble avoir permis à Poilievre de gagner les faveurs de centaines de milliers de militants désemparés de l’incapacité de leur parti de faire tête aux rivaux Libéraux en essuyant trois défaites de rang.
D’ailleurs, dès la proclamation des résultats, au soir du samedi 10 septembre, les réactions des Libéraux ont fusé pour dénoncer l’attitude du nouveau chef des Conservateurs mais la réaction la plus attendue a été celle du Premier ministre Justin Trudeau qui a riposté aux premières salves de Poilievre, au cours d’une retraite des députés du Caucus Libéral au Nouveau-Brunswick.
Trudeau a tenu à dénoncer « des slogans, des phrases creuses et des attaques insouciantes », ajoutant que « ce n’est pas avoir un plan ».
Insistant sur « l’irresponsabilité » de son nouveau rival, Trudeau a renchéri dans un discours prononcé trois jours après le choix fait par les Conservateurs, que « ce dont les Canadiens ont besoin, c’est du leadership responsable ».
Il a encore souligné : « J’ai entendu M. Poilievre parler de combien d’argent ont a gaspillé pendant les dernières années sur les Canadiens. Le fait d’avoir été là pour les familles, les étudiants, les aînés, les entreprises et tous les Canadiens, c’était la bonne chose à faire et c’était la chose intelligente à faire pour notre économie ».
« On ne s’excusera jamais d’avoir été là pour les Canadiens », a-t-il encore lâché décochant ses flèches contre le nouveau chef des Conservateurs qui ne l’a pas épargné durant les derniers mois.
La bataille qui se profile à l’horizon électoral canadien semble rude, entre le nouvel homme fort des Conservateurs et le Premier ministre libéral en poste depuis plusieurs années.
L’empoignade, qui aura lieu probablement d’ici trois ans (la date des élections législatives au Canada n’étant pas fixée d’avance), sera décisive aussi bien pour un Trudeau qui aspire à rejoindre le club très fermé des Premiers ministres canadiens ayant gouverné le pays plus de dix ans, que pour les Conservateurs qui, dos au mur, se doivent de renverser la vapeur et de remporter une victoire pour mettre un terme à une disette qui dure depuis 2015, comptant en cela sur leur nouveau patron qui dispose d’un avantage majeur, en l’occurrence, celui d’avoir les coudées franches et un mandat clair pour réorganiser un parti affaibli, quitte à user de manières et de méthodes peu recommandables.
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