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Analyse : L'Ouzbékistan et le Tadjikistan discutent de l'eau et de l'Afghanistan lors d'une réunion au sommet

- La visite du président ouzbek au Tadjikistan permettra aux deux parties de coordonner leurs intérêts stratégiques et économiques

Ekip   | 14.06.2021
Analyse : L'Ouzbékistan et le Tadjikistan discutent de l'eau et de l'Afghanistan lors d'une réunion au sommet

London, City of

AA / Londres / Zaki Shaikh


- L'auteur est un chercheur établi au Royaume-Uni qui a collaboré avec des universités de trois pays d'Asie centrale.


Lors des récents échanges au sommet, deux nations d'Asie centrale, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan, ont convenu de définir des projets visant à élargir leurs relations multidimensionnelles.

La rencontre du président ouzbek, Shavkat Mirziyoyev, avec son homologue tadjik, Emomali Rahmon, à Douchanbe la semaine dernière, a également permis de discuter de leur préparation au retrait des troupes américaines d'Afghanistan.

Les deux pays ont des frontières communes avec l'Afghanistan, et le Tadjikistan accueillera les 13 et 14 juillet une réunion des ministres des affaires étrangères du groupe de contact sur l'Afghanistan relevant de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS).

Ces échanges au sommet devraient favoriser les efforts bilatéraux et régionaux, tout en cherchant à surmonter les conséquences économiques négatives liées à la Covid-19.

Parmi les autres projets régionaux dont il a été question lors de la visite de Mirziyoyev figurent l'exploitation coordonnée, ainsi que la protection et la gestion des cours d'eau transfrontaliers, de même que l'énergie et le développement socio-économique.

Les relations entre l'Ouzbékistan et le Tadjikistan ont été marquées par un climat froid et tendu au cours des dernières décennies. En raison de ces relations difficiles, les Tadjiks et les Ouzbeks vivants de part et d'autre de la frontière commune de 1 312 kilomètres étaient coupés de leurs familles. La population vivant le long de la frontière avait peu de possibilités de s'engager dans des activités génératrices de revenus importants par le biais du commerce et des échanges.

Les plans de construction de la centrale hydroélectrique de Rogun, sur la rivière Vakhsh au Tadjikistan, ont été mis en attente pendant plusieurs décennies. Coulant depuis le Tadjikistan, l'Ouzbékistan a toujours cherché à bénéficier d'un accès sans restriction à la rivière Vakhsh pour l'irrigation de ses cultures de coton.

Cependant, Tachkent a changé de position en 2016 après la mort du président Islam Karimov, qui a dirigé le pays pendant 27 ans et sous la présidence de Mirziyoyev, deux concessions majeures ont été annoncées en 2018.

Tout d'abord, l'Ouzbékistan a cessé de s'opposer à la construction du projet électrique. En novembre 2018, la première unité hydroélectrique a été inaugurée et l'Ouzbékistan participe désormais aux projets hydroélectriques tadjiks, qui profitent conjointement aux deux pays. Une fois le projet achevé, le barrage de Rogun, d'une hauteur de 335 mètres, deviendra le plus haut barrage hydroélectrique du monde.

Par ailleurs, Tachkent a annoncé la reprise des livraisons de gaz naturel au Tadjikistan à des taux inférieurs aux prix mondiaux.

Les deux présidents ont passé une journée entière dans la province de Soghd qui borde quatre provinces de l'Ouzbékistan. Il semble qu'il y ait un accord sur le fait qu'une meilleure compréhension bilatérale peut ouvrir des voies à la création d'emplois et de revenus pour la population des régions frontalières.

Les Ouzbeks représentent 1,24 million de personnes, soit 13,8 % de la population totale du Tadjikistan, qui compte 8,99 millions d'habitants. Les Tadjiks représentent pour leur part 1,54 million de personnes sur les 30,8 millions d'habitants que compte l'Ouzbékistan.

Les deux dirigeants ont récemment convenu que l'exploitation coordonnée des ressources en eau et en énergie de l'Asie centrale doit être réalisée en tenant compte des intérêts de tous les États de la région par le biais d'un dialogue ouvert, en renforçant la compréhension mutuelle et en développant une coopération constructive, afin de trouver des solutions mutuellement acceptables, équitables et rationnelles.


-Projets hydroélectriques conjoints

Pour concrétiser cet objectif, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan élaboreront conjointement des plans pour construire deux projets hydroélectriques d'une capacité totale de 320 mégawatts sur la rivière Zeravchan au Tadjikistan. La question de la coopération dans le secteur de l'eau et de l'énergie a de ce fait pris une place importante dans l'agenda bilatéral.

Selon Vyacheslav Kulagin, directeur du Centre de recherche sur les marchés de l'énergie à Moscou, le développement des centrales hydroélectriques proposées permettra au réseau énergétique unifié d'Asie centrale d'étendre son potentiel.

"Bien que la région dispose d'un bon potentiel hydroélectrique, la production d'électricité était en suspens depuis trop longtemps. Le principal obstacle était la difficulté pour les pays de se mettre d'accord entre eux concernant les barrages", a-t-il déclaré.

Les deux présidents ont exprimé leur intérêt mutuel pour le développement de partenariats régionaux dans le domaine de l'exploitation rationnelle et équitable des ressources en eau. Les deux parties ont annoncé la création d'une société mixte chargée de préparer une étude de faisabilité pour la construction et l'exploitation de deux centrales hydroélectriques dans le bassin de la rivière Zeravchan. Cela devrait permettre de résoudre les problèmes de gestion de l'eau et de distribution égale de l'électricité des deux côtés de la frontière.

Ils ont également convenu de construire la centrale hydroélectrique de Yavan, au Tadjikistan, pour un coût estimé à 282 millions de dollars et une capacité de 140 MW.

Suivra la construction d'une deuxième centrale hydroélectrique sur la rivière Fan Darya d'un coût estimé à 270 millions de dollars, d'une capacité de 135 MW et d'une production de 500 à 600 millions de kilowattheures.

Les écologistes ouzbeks sont optimistes, car les dirigeants des deux pays reconnaissent de plus en plus la nécessité d'améliorer les mécanismes juridiques pour l'exploitation coordonnée et efficace des ressources en eau transfrontalières en Asie centrale.

À la suite d'un accord signé en mai 2021, le Tadjikistan fournira de l'électricité à l'Ouzbékistan jusqu'en septembre. Le Tadjikistan exporte de l'électricité vers l'Ouzbékistan en période d'été lorsqu'il dispose d'un surplus d'électricité après avoir satisfait ses besoins domestiques.

Douchanbé avait par le passé accepté de fournir son surplus d'électricité, mais cela a été interrompu lorsque l'Ouzbékistan s'est retiré du réseau énergétique régional d'Asie centrale. Pour répondre à ses besoins énergétiques, l'Ouzbékistan a alors commencé à importer de l'électricité du Kirghizistan en 2018, puis du Kazakhstan et du Turkménistan en 2019.


*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj

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