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"Le Point" : Racisme, islamophobie et racolage en héritage

Avec sa couverture particulière de l’actualité, l’hebdomadaire français rebondit de polémique en controverse, jouant sur les peurs, alimentant l’islamophobie. Et cette tendance ne date pas d’aujourd’hui.

Qualid Filsde Mohamed Chine  | 30.05.2018
"Le Point" : Racisme, islamophobie et racolage en héritage

Ankara
AA/ Desk / Qualid Filsde

La couverture du « Le Point » n’en est pas à sa première provocation islamophobe. Le journal français n’en est pas à son coup d’essai avec sa couverture qualifiant le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, de dictateur.

«Il faut être honnête. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire», avait ouvertement déclaré Claude Imbert, le fondateur du journal français « le Point », une quinzaine d’années plus tôt. Une déclaration qui est passée à l’époque sur la chaîne LCI, le 24 octobre 2003. Et force est aujourd’hui de constater que l’héritage de l’ignominie raciste et xénophobe a bel et bien été transmis.

« Le Point » alignera ainsi les couvertures racoleuses avec des titres du style « L’Islam sans gêne », « Le spectre islamiste » « Histoire d’un fou d’Allah français ». Un traitement particulier de l’actualité qui lui vaudra dans certains cas d’être fustigé par la presse professionnelle. Ainsi, sa couverture sur « les Arabes », [L'histoire méconnue d'une civilisation / Aux origines de la tragédie d'aujourd'hui"], de son édition du 28 mai 2015, lui vaudra d’être comparé aux brûlots antisémites de l’époque nazie.

Le site spécialisé dans la critique des médias « Arrêt sur images » avait écrit : « Avec cette couverture, chef-d’œuvre incontesté digne de 'Je suis partout', Le Point se hisse au sommet de son art ».

« Je suis partout », étant le principal journal collaborationniste et antisémite en France, à l’époque de l'occupation nazie.

Le parallèle dressé par « Arrêt sur images » lui avait valu d’être poursuivi en justice par « Le Point », sauf que le tribunal correctionnel de Nanterre a prononcé la relaxe, le 7 mars 2017.

En juin 2014, c’est avec un sondage que l’hebdomadaire fera de nouveau parler de lui.

« Faut-il retirer aux Français d'origine algérienne leur double nationalité » ? Telle a été la question posée aux lecteurs sur internet, suscitant une avalanche de commentaires, avant que le sondage ne soit retiré face au scandale.

Cependant, ses résultats sont toujours affichés sur le site de l’hebdomadaire, avec des chiffres qui ne trompent pas sur le lectorat du journal : 81,6% se déclarent favorables au retrait de la nationalité française aux binationaux d’origine algérienne.

Et « Le Point » saura également rebondir sur des polémiques du même acabit, mais visant d’autres communautés. Il a ainsi appelé ses lecteurs à se prononcer face à une phrase d’un député, Gilles Bourdouleix, qui avait déclaré en mai 2013, au sujet des Roms : "Hitler n'en a peut-être pas tué assez."

Parmi les réponses proposées par le magazine, figuraient notamment : « Ces mots sont excessifs, mais ils traduisent l'exaspération des élus et des Français », « oui, les Roms et les gens du voyage sont une nuisance et un danger ».

Devant le tollé provoqué, ce sondage finira également par être retiré.

En août 2012, ce sera au tour de la communauté chinoise d’être épinglée par le journal dans un article qui lui vaudra même une condamnation.

SOS Racisme avec l’appui de l’Association des jeunes chinois de France (AJCF) ont poursuivi le directeur de la publication du Point, de l’époque, Franz-Olivier Giesbert, pour «diffamation raciale publique». Celui-ci a du reste été reconnu coupable de « diffamation publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou nationalité chinoise », et condamné en janvier 2014, à 1 500 euros d'amende.

Le discours nauséabond du « Point » n’épargnera même pas une candidate aux présidentielles françaises de 2012, la Franco-Norvégienne Eva Joly, qui se verra affublée, dans une chronique, d’un accent allemand.

"Il s'agit d'un racisme ordinaire, qui vise à reléguer hors des sphères du pouvoir tous ceux qui ne sont pas nés dans les bons quartiers, dans les bons territoires", a-t-elle déclaré, en réaction au billet publié dans « Le Point », le 4 décembre 2011.

Paradoxalement, voici que l’hebdomadaire français dénonce, le 28 mai courant, sur son site web, «une semaine de harcèlement, d'insultes, d'intimidation, d'injures antisémites » dont il serait la cible sur les réseaux sociaux, après son dossier largement diffamatoire consacré à la Turquie. Comme s’il suffisait de retourner l’accusation pour la dissiper.

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