Politique, Analyse

Brexit: Les options de la Grande-Bretagne

- Alors que le Parlement britannique s’apprête à se prononcer sur le projet d’accord modifié de Theresa May (29 janvier), l’ambiance chaotique qui règne dans le pays ne semble pas se dissiper.

Tayfun Salcı   | 24.01.2019
Brexit: Les options de la Grande-Bretagne

London

AA/Londres

Alors que son accord Brexit négocié avec l’Union européenne (UE) avait été massivement rejeté par la chambre des Communes, la première ministre britannique, Theresa May, a fait part, lundi de son "plan B".

Pour les commentateurs politiques, May qui "tue le temps" en attendant le vote du 29 janvier, tentera de rallier les législateurs autour de son accord en profitant notamment du peu de temps qu’il lui reste.

Bien que May ait entamé son discours parlementaire du lundi en reconnaissant sa "défaite", ses initiatives ne sont pas allées au delà de simples promesses.

La première ministre s'est engagée à impliquer plus activement les provinces britanniques, à l’instar de l’Ecosse, du pays de Galles et de l’Irlande du Nord, au processus de négociation du Brexit.

À l’issue d’une période de consultation, un départ de May pour Bruxelles est attendu afin d’obtenir des concessions susceptibles de sauver l’accord de Brexit rejeté.

- Le vote du 29 janvier

Le 29 janvier, le Parlement britannique se prononcera sur le projet d’accord modifié de May.

Certains partis d'opposition et députés britanniques ont présenté au Parlement une série d’amendements contenant divers scénarios.

Parmi eux, le départ négocié de la Grande-Bretagne semble le scénario le plus approuvé.

Qu’elle ait ou non signé un accord, la Grande-Bretagne aura officiellement quitté l’UE le 29 mars.

A l’issue du rejet de l’accord de May et en l’absence de délai suffisant pour la négociation d’un nouvel accord, le départ sans négociation de la Grande-Bretagne constitue dans ces circonstances l’option la plus plausible.

Dans l’hypothèse où le Parlement adopterait l’un des amendements proposés, un éventuel report du Brexit pourrait être porté à l’ordre du jour.

Dans un tel cas, un consensus pourra être atteint au sein du Parlement où aucun scénario de Brexit ne semble obtenir de soutien suffisant.

- Proposition de report du Brexit

La proposition de la travailliste Yvette Cooper, qui jouit du soutien de certains députés du parti au pouvoir, propose le report du Brexit au 31 décembre 2019.


- L’opposition ouverte à un nouveau référendum

L’objectif principal de la proposition du parti des travailleurs est d’éliminer la possibilité d'un Brexit non négocié. La négociation d’un accord jusqu’au 29 mars étant impossible, l’adoption de cet amendement signifiera un report du Brexit.

La proposition se veut donc aboutir à un accord sur le Brexit, négocié dans le délai supplémentaire imparti, ou encore la réalisation d’un référendum à propos "d’une autre proposition".

Il s'agit là d'un recul de Jeremy Corbyn, chef du parti ouvrier [qui avait refusé de soutenir le second référendum] face à la pression publique.

De plus, le parti travailliste soutient la conclusion d’un accord destiné à protéger l'Union douanière et les relations de marché unique avec l'UE.

Bien qu’elle n’ait pas été expressément énoncée, la réalisation d’un référendum quant à la poursuite de l'adhésion à l'UE est une autre « suggestion » de ledit amendement.

- Choisir le scénario le plus approprié

L’amendement proposé par Dominic Grieve, membre du parti conservateur au pouvoir, propose la réalisation d’une longue session de votes.

Dans l’hypothèse où la proposition de Grieve serait confirmée, le gouvernement britannique réalisera une session de six jours de débats afin de se prononcer sur les différents scénarios alternatifs au Brexit, et ce, avant le 26 mars.

L’objectif de ladite proposition est de déterminer la solution susceptible d’obtenir le plus grand soutien parlementaire.

- Une « assemblée citoyenne »

L’amendement de la député du parti ouvrier, Stella Creasy, prévoit avant tout le report du Brexit.

Selon l’amendement, le gouvernement devra donner la parole à une « assemblée citoyenne » de 250 personnes.

L’ « assemblée citoyenne » qui reflètera la structure démographique de la Grande-Bretagne, sera appuyée par une équipe de conseillers experts en vue de discuter des divers scénarios concernant le Brexit, et ce, pendant dix semaines.

A l’issue du délai, l’assemblée devra présenter ses différentes propositions au gouvernement qui devra, à son tour, se prononcer les deux semaines suivantes.

Les amendements qui seront votés le 29 janvier n’ont aucun caractère contraignant. Le nombre de voix qu’obtiendra chacun des amendements permettra uniquement de créer une certaine pression politique sur le gouvernement.

Par exception, la proposition d'Yvette Cooper, fera office de loi dès lors qu’elle sera adoptée et le Brexit sera de facto reporté.

- Probable vague de démission 

Alors que le gouvernement se prépare pour le vote du 29 janvier, la demande exprimée par la ministre du travail, Amber Rudd, a donné le signal d’une période assez critique.

Rudd a exhorté May à laisser les législateurs du parti conservateur librement décider lors du vote du 29 janvier.

Selon la presse britannique, quelques 40 députés pourraient démissionner dans l’hypothèse où May déclinerait cette proposition.

Côté gouvernement, une démission de cette ampleur pourrait déclencher dans le pays des élections plus tôt que prévu. 

- Le « cauchemar » d’un départ sans accord

En Grande-Bretagne, le Brexit sans accord, qualifié de « Brexit dur » est uniquement soutenu par certaines fractions nationalistes.

En l’espèce, les plus grands défenseurs de cette option sont des membres du parti conservateur au pouvoir. Cependant, le nombre de ces législateurs s’élève à environ 100 sièges sur les 650 sièges.

Les milieux d’affaires sont ceux qui s’opposent le plus ouvertement à l’idée d’un « Brexit dur ». Ces derniers craignent, en effet, une diminution du volume des échanges commerciaux, d’une hauteur de 10%.

La Grande-Bretagne réalise plus de 500 milliards de volumes d'échanges annuels avec l'UE.

Les pénuries de médicaments et de nourritures, qu’engendrerait, le Brexit seraient également susceptibles de déclencher des mouvements sociaux.

Enfin, dans une telle hypothèse, la mise en place d’une frontière entre la République d'Irlande et l’Irlande du Nord pourrait faire renaître le terrorisme et les conflits.

En outre, l’apparition de mobilisation en vue d’obtenir un référendum sur l'indépendance de l’Ecosse sont également un scénario probable.


- Nouveau référendum sur le Brexit

D'un autre côté, les espoirs des groupes qui réalisent depuis longtemps des campagnes afin d’obtenir un nouveau référendum sur le Brexit augmentent.

Ces groupes espèrent briser l’opposition faite à l’idée d’un nouveau référendum dans le cas où le Parlement britannique ne sera pas en mesure de convenir d'un scénario de Brexit.

Quoi qu’il en soit, un nouveau référendum sur le Brexit nécessite de facto un report de ce dernier.

Selon la législation britannique, un tel référendum ne peut avoir lieu qu’après 22 semaines minimum. Dans les cas où le Parlement ne parviendrait pas à un consensus concernant le référendum, ce délai peut être reportée d’une année.


Le report du Brexit prévu pour le 29 mars semble être le prérequis de presque toutes les options discutées en Grande-Bretagne.

Toutefois, les élections parlementaires européennes prévues courant mai sont en ce sens des inconvénients importants.

En effet, dans l’hypothèse d’un report du Brexit, la Grande-Bretagne devra participer à ces élections. Cela signifie également l'envoi de législateurs britanniques au Parlement européen ainsi qu'une série d'autres obligations découlant de l'adhésion à l'UE.

- L’identité « brexitienne » devance les tendances politiques

En Grande-Bretagne, le processus du Brexit a verrouillé l'arène politique et a commencé à laisser de profondes traces au sein de la société.

Selon la récente enquête menée par l'Agence nommée « La Grande-Bretagne dans l'Europe changeante », les préférences concernant le Brexit ont devancé celles concernant les partis politiques.

Selon l'étude, environ 95% de la communauté britannique a une opinion concernant le Brexit. Les choix de 80% de la communauté se déclinent selon leurs tendances politiques.

Par ailleurs, les discussions au sujet du Brexit, loin de modifier les opinions ne font que les renforcer.

Alors que ceux qui se qualifient d’écossais ou d’irlandais souhaitent rester dans l'UE, d’autres qui se décrivent comme britannique sont en faveur d’un retrait.

8% de la communauté considère qu’un départ sans accord « ne changera pas tant de choses dans le pays ».

Le plus grand changement intervenu depuis le référendum sur le Brexit concerne probablement le regard porté aux immigrés par la communauté britannique. A ce titre, le taux d’individus qui considèrent l’immigration comme un problème important a diminué de 45% à 20%.

Avec 52% de votes positifs, la Grande-Bretagne avait décidé de quitter l'UE lors du référendum du 23 juin 2016. Toutefois, 62% des électeurs écossais et 55, 8% des irlandais du Nord souhaitent rester dans l'UE.

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