AA/ Tunis / Hend Abdessamad
Le premier lot de vaccins anti-Covid-19 arrive bientôt en Tunisie. Les autorités sanitaires ont déjà mis un service SMS à la disposition des Tunisiens pour s’inscrire à la campagne de vaccination.
Le ministère tunisien de la Santé publique a confirmé que 4 millions de doses de vaccin seront réceptionnées à partir du 15 février et qu’elles serviront à vacciner 2 millions de personnes, à raison de deux doses par personne, sur une population totale de 11 millions.
Près de 374 mille personnes seulement se sont inscrites en ligne ou via téléphone, jusqu'à présent, dans le programme national de vaccination contre le coronavirus.
Pour mieux comprendre comment les Tunisiens perçoivent la vaccination, l'Agence Anadolu s'est rendue en plein cœur du centre-ville de la capitale Tunis, à l’Avenue Habib Bourguiba, où des Tunisiens se précipitent pour aller travailler, quelques-uns vont faire leurs courses, d'autres sont assis sur les bancs publics en train de siroter tranquillement leurs cafés, d’autres se promènent tout au long du boulevard.
Leurs avis divergent au sujet des vaccins. Ecoutons-les.
Mohsen un homme brun de 70 ans, rides d’expression bien marquées sur le visage, travaillant comme cireur de chaussures depuis 50 ans, a confirmé qu’il attendait impatiemment l’arrivée du vaccin sur le territoire tunisien.
En croisant les bras derrière le dos, le septuagénaire, convaincu que le seul remède anti-Covid est le vaccin, a affirmé : « J’attends l’arrivée du vaccin pour pourchasser le coronavirus, vu la nature de mon travail. Je suis quotidiennement en contact direct avec plusieurs personnes, je serai le premier à m’inscrire pour se faire vacciner ».
Cet avis n'est pas tout à fait partagé par Emna Laamiri, brune aux cheveux lisses, étudiante de 24 ans en génie civil. Elle ne compte pas se faire vacciner : « Non, je suis anémique, mon système immunitaire est faible, je peux par contre recommander le vaccin à ma grand-mère qui souffre de maladies chroniques ».
Non loin de l'Avenue, pour joindre l’utile à l’agréable, Hamza Ayari, vendeur d’agrumes au marché central de Tunis, exerce sa passion comme artiste photographe sur son lieu de travail, a confié à l’Agence Anadolu qu’il est en manque évident de motivation.
« J’ai entendu parler du vaccin, mais je ne suis pas motivé à le faire. Les hauts cadres du ministère de la Santé ne se sont pas manifestés pour nous convaincre ou pour nous communiquer qu’ils vont faire tester le vaccin dans nos laboratoires », a t-il justifié.
Le marchand trentenaire a également souligné que « la Covid-19 est un virus qui est apparu récemment et est en voie de mutation, rien ne garantit que ce vaccin serait efficace instantanément ou à long terme, il pourrait même avoir des effets secondaires ».
S’agissant des vaccins les plus efficaces sur le marché, Hamza a affirmé qu’il faisait confiance au vaccin allemand « je sais qu’il y a plusieurs vaccins anti-Covid, je me ferais vacciner uniquement du vaccin produit par l’Allemagne ».
Plus catégorique, Mouna Khadhraoui, professeure de français, est fermement contre la vaccination anti-Covid.
« Je n’attends absolument pas le vaccin, je ne veux pas le faire, j’invite les hauts responsables du pays à prendre l’initiative et le tester pour nous, j’ai peur que les effets secondaires du vaccin soient plus dangereux que le coronavirus même », a t-elle indiqué à la correspondante de l'Agence Anadolu.
D'un avis opposé, Karim Manaa, costume bleu, cheveux bien coiffés et port du masque bien respecté, est un jeune banquier, déterminé à se faire vacciner contre la Covid-19.
« Oui, il faut faire le vaccin, pour nous et pour nos proches âgées, mais cela n’empêche que je vais bien me renseigner avant », a t-il expliqué.
C'était-là quelques témoignages spontanés de personnes rencontrées sans rendez-vous au centre-ville de Tunis et qui pourraient certainement changer en fonction du temps et de l'espace et surtout en fonction de l'évolution d'une pandémie mondiale, dont la Tunisie dispose, relativement, de peu de moyens d'y faire face...