Afrique

Union africaine : crédibilité et mise en œuvre, les défis persistants du 39ᵉ sommet

- "Le bilan du sommet est nuancé: il confirme les ambitions structurelles de l’UA, mais la véritable mesure de son impact résidera dans la mise en œuvre concrète des décisions, notamment en matière de prévention des conflits", estime Ibrahim Sawadogo

Ben Amed Azize Zougmore  | 01.04.2026 - Mıse À Jour : 01.04.2026
Union africaine : crédibilité et mise en œuvre, les défis persistants du 39ᵉ sommet

Istanbul

AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore

Le 39ᵉ sommet de l’Union africaine (UA), tenu les 14 et 15 février 2026, s’est déroulé dans un contexte complexe, marqué par des crises sécuritaires multiples, des transitions politiques fragiles et des pressions socio-économiques croissantes. Le thème annuel choisi, « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », souligne le lien entre accès aux ressources, sécurité alimentaire, santé publique et cohésion sociale, mais n’a pas éclipsé les débats sur la paix et la sécurité.

Selon Ibrahim Sawadogo, analyste en paix et sécurité, gouvernance du secteur sécuritaire, « les questions sécuritaires et humanitaires ont dominé les échanges. Les chefs d’État ont réaffirmé le principe de “tolérance zéro” face aux changements anticonstitutionnels de gouvernement, soulignant que la stabilité institutionnelle demeure un socle indispensable à la paix et à la sécurité sur le continent ».

Le sommet a également été l’occasion de rappeler l’importance d’un financement prévisible et flexible des missions de paix dirigées par l’UA. Sawadogo note que « sans mécanismes de financement stabilisés, la dépendance vis-à-vis des partenaires extérieurs limite la marge de manœuvre africaine en matière de sécurité ».

- Des ambitions confrontées à des réalités structurelles

Malgré l’adoption de résolutions ambitieuses, leur mise en œuvre reste inégale. Sawadogo explique que « l’Union africaine est confrontée à une dépendance excessive aux financements de partenaires non africains, alors que les États peinent à financer eux-mêmes le fonctionnement de l’institution ». Selon lui, « seuls dix-sept des 55 États membres prélèvent la taxe de 0,2 % prévue pour renforcer les contributions locales, malgré les recommandations de 2016 ».

D’autres facteurs limitent l’action de l’UA, notamment le principe de subsidiarité vis-à-vis des communautés économiques régionales et la défense jalouse de la souveraineté nationale par les États membres. « On peut comprendre pourquoi l’application de certaines résolutions reste bloquée », souligne Sawadogo.

- Intégration régionale et rôle médiateur

Sur la question sahélienne, Sawadogo insiste sur la nécessité d’une approche fluide et complémentaire : « L’Union africaine reste le cadre légitime pour traiter des questions de paix et de coopération avec la nouvelle Alliance des États du Sahel (AES). Il est essentiel de maintenir les canaux politiques ouverts pour éviter l’isolement et la radicalisation des positions ».

Concernant la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU, Sawadogo estime que « la probabilité que cette revendication pèse réellement dans les équilibres diplomatiques internationaux est assez faible, mais la revendication demeure juste et légitime ».

- La Nouvelle architecture financière africaine : un levier potentiel

Le sommet a validé la Nouvelle architecture financière africaine (NAFA), portée par la Banque africaine de développement, afin de renforcer la mobilisation des ressources internes. Sawadogo considère que « l’efficacité d’un sommet se mesure dans la durée » et propose trois indicateurs pour évaluer le réel impact du 39ᵉ sommet :

Souveraineté institutionnelle : financement effectif et intégral de l’UA par les États africains ;

Paix et sécurité : nombre d’opérations de paix entièrement financées et déployées par l’UA ;

Stabilité politique : nombre d’États respectant la continuité constitutionnelle.

Sawadogo conclut que « le bilan du sommet est nuancé : il confirme les ambitions structurelles de l’UA, mais la véritable mesure de son impact résidera dans la mise en œuvre concrète des décisions, notamment en matière de prévention des conflits et de financement des opérations de paix ».

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