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Tunisie - suspension du travail dans les tribunaux: l’ordre de grève a été largement suivi selon l’AMT

- Le président de l'Association des magistrats tunisiens, Anas Hmaïdi, a indiqué à l'Agence Anadolu que l’appel à la grève a été largement suivi au niveau national, tandis que les autorités tunisiennes n’ont émis, pour l’heure, aucun commentaire

Adel Bin Ibrahim Bin Elhady Elthabti   | 09.02.2022
Tunisie - suspension du travail dans les tribunaux: l’ordre de grève a été largement suivi selon l’AMT

Tunisia

AA/Tunis

L'Association des magistrats tunisiens (AMT) a fait savoir, mercredi, que l’ordre de grève sur fond de dissolution du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) par le président de la République, Kaïs Saïed, a été largement suivi au niveau national.

L’AMT, (organisation non gouvernementale), a également accusé les autorités tunisiennes de mener une campagne d’intimidation contre les magistrats grévistes.

L’ONG avait appelé mardi à une suspension du travail dans tous les tribunaux du pays les mercredi 9 et jeudi 10 février, pour protester contre la décision du président Kaïs Saïed de dissoudre le CSM, organe judiciaire indépendant chargé entre autres de nommer les juges.

« Selon les données préliminaires, la grève a été largement suivie par un grand nombre de tribunaux de la République, ainsi que par les magistrats de l’ordre judiciaire, administratif et financier », a indiqué à l’Agence Anadolu, le président de l’AMT, Anas Hmaïdi.

Et le président de l’AMT d’ajouter, « La grève au tribunal de Tunis a enregistré un taux de participation de plus de 80 %, alors que dans les gouvernorats de la Manouba et de l’Ariana il était de 100 % (…) la grève a été également largement suivie à Sfax (sud) et nous continuons de recueillir les informations pour ce qui est des tribunaux dans les autres gouvernorats du pays ».

Hmaïdi a dénoncé « La campagne d’intimidation systématique contre les magistrats, menée selon lui, par les partisans du président de la République sur les réseaux sociaux », laissant entendre que le locataire de Carthage « compte révoquer tous les juges grévistes ».

Il a, en ce sens, fait observer que les juges « livrent une bataille pour défendre l'indépendance du pouvoir judiciaire et du Conseil supérieur de la magistrature, qui est le dernier bastion de la démocratie et le pilier de l'État de droit ».

« Nous menons ces mouvements de protestation dans le cadre de la loi, de la Constitution, et conformément au décret-loi portant organisation des associations, qui garantit la liberté de réunion et d’expression », a précisé le président de l’AMT.

Et Hmaïdi de préciser que l'AMT « n'est pas contre la réforme de la justice ou contre un dialogue inclusif sur la situation du pouvoir judiciaire et sur la manière de le réformer et de le renforcer afin qu'il puisse appliquer la loi sur un pied d’égalité ».

« Cette réforme nécessite une certaine stabilité et un dialogue national élargi (…) ces questions ne peuvent être résolues par des décisions unilatérales et arbitraires », a affirmé Hmaïdi.

Créé en vertu de la Loi organique n°2016-34 du 28 avril 2016, le Conseil supérieur de la magistrature est « une institution constitutionnelle garante, dans le cadre de ses attributions, du bon fonctionnement de la justice et de l’indépendance de l’autorité judiciaire, conformément aux dispositions de la Constitution et des conventions internationales ratifiées », d’après l’article 1 de ladite Loi.

Il n'a pas été possible d'obtenir dans l’immédiat un commentaire des autorités tunisiennes sur les déclarations du président de l’AMT.

Selon un extrait vidéo mis en ligne sur le compte Twitter de la Présidence tunisienne, Saïed avait déclaré, lundi, lors de sa rencontre avec la cheffe du gouvernement, Najla Bouden Romdhane, que « le projet de décret portant dissolution du Conseil supérieur de la magistrature est prêt », soulignant que « cette dissolution était devenue nécessaire ».

La Tunisie est en proie à une crise politique aiguë depuis le 25 juillet dernier. À cette date, Kaïs Saïed, avait pris une série de mesures d'exception, portant notamment suspension des travaux du Parlement et levée de l'immunité dont bénéficiaient les députés.

Il avait également suspendu l’Instance de contrôle de la constitutionnalité des lois et décidé de légiférer par voie de décrets, de même qu'il a limogé de son poste le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, prenant ainsi la tête de l'exécutif, assisté d'un gouvernement dont il a nommé la cheffe en la personne de l’universitaire Najla Bouden Romdhane.

La majorité des forces politiques et civiles tunisiennes, rejette les décisions de Saïed, qu'elle considère comme étant « un coup d'Etat contre la Constitution », tandis que d'autres partis les soutiennent, estimant qu'il s'agit d'une « restauration du processus de la Révolution » de 2011.


*Traduit de l’arabe par Majdi Ismail



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