Analyse, Afrique

Tunisie : Nouvelle approche d’un président aux prérogatives limitées (Analyse)

Adil Essabiti   | 21.11.2019
Tunisie : Nouvelle approche d’un président aux prérogatives limitées (Analyse)

Tunisia

AA / Tunis / Yemna Selmi

Les dernières rencontres du nouveau président tunisien, Kaïs Saïed, avec des groupes de jeunes issus de régions de l’intérieur, souffrant de pauvreté et de chômage, concrétisent une nouvelle approche communicationnelle en rupture avec les pratiques passées, bien que les prérogatives qui sont les siennes demeurent limitées, selon le texte de la Constitution.

D’une manière inédite pour les Tunisiens, des groupes de jeunes venus de plusieurs régions du pays ont récemment afflué au palais présidentiel pour transmettre au chef de l’Etat les préoccupations de leurs régions.

Saied a tenu, au cours des deux dernières semaines, des réunions avec des groupes de jeunes venus des provinces de Kasserine (centre-ouest) et de Gafsa (sud-ouest), durant lesquelles il a discuté d’une série de questions, au premier desquelles figurent le chômage, l’emploi et le développement, dans une démarche qualifiée par les experts « d’inédite ».


*** Un nouveau mode de communication

Mohamed Jouili, professeur de sociologie à l’université tunisienne, a estimé dans un entretien accordé à Anadolu, qu’il s’agit d’une « nouvelle forme de traitement d’une jeunesse marginalisée et en colère dans les régions de l’intérieur ».

Il a ajouté que les « rencontres de Saied avec un groupe de jeunes représente un nouveau mode de communication et de gestion des problèmes inhérents aux jeunes, tout particulièrement, le chômage et la recherche d’emploi », relevant que « cette méthode était peu commune précédemment ».

Jouili a indiqué qu’une série de messages découlent de ces rencontres, notamment, le fait que « le nouveau président tunisien prête une écoute attentive aux gens et aux jeunes, ouvre son palais pour les accueillir. Il s’agit là d’une méthode positive, à condition qu’elle soit limitée et aucunement redondante, dans la mesure où il ne peut pas recevoir tous les jeunes de l’ensemble des régions au palais ».

« Nous aspirons à ce que ces rencontres soient suivies d’une réflexion sérieuse et profonde pour identifier des solutions réelles aux problèmes de ces jeunes et d’autres franges sociales, notamment, le chômage et le développement, afin que cette jeunesse ne soit pas amenée à revenir au Palais de Carthage ».

*** Des prérogatives limitées

Dans son explication de la symbolique du contact des jeunes avec le chef de l’Etat au Palais de Carthage pour lui transmettre leurs préoccupations relatives à l’emploi, au développement et au chômage, bien que ces questions relèvent des prérogatives du gouvernement, Jouili a indiqué que « la mentalité qui prédomine considère toujours que c’est le président de la République qui dispose des prérogatives absolues dans ces domaines et qu’il possède la solution à l’ensemble des problèmes, alors que c’est faux ».

« Les limites des prérogatives du président de la République ne lui permettent pas de trouver des solutions aux problèmes de ces jeunes, d’autant plus que ces prérogatives relèvent du gouvernement et que les solutions ne peuvent qu’être collectives, œuvre de toutes les parties au pouvoir », a-t-il poursuivi.

Il a ajouté que le contact des jeunes avec Saied prouve le respect qu’ils leur vouent, ainsi que le partage par le Président de la précarité dont ils souffrent », appelant le gouvernement tunisien à assumer les devoirs et obligations qui sont les siennes à l’endroit de ces jeunes vivant dans ces régions.

Dans le même ordre d’idées, Jouili a indiqué : « Il est possible d’identifier de nouvelles voies avec le président de la République, non pas seulement, par l’accueil de jeunes au Palais, dès lors qu’il existe d’autres canaux de communications. Le président pourrait se déplacer dans les régions de l’intérieur du pays pour prendre connaissance des préoccupations des jeunes ».


Et le sociologue de poursuivre : « Il [peut] également présider des conseils ministériels et soumettre des initiatives législatives de même que le chef de l’Etat dispose d’une autorité symbolique et d’un ascendant sur le gouvernement et constitue en même temps une force de proposition ».


Les prérogatives du président de la République se limitent, selon la constitution tunisienne, aux domaines de la sécurité nationale, de la défense et de la politique étrangère. Il dispose également du pouvoir de soumettre des initiatives législatives au parlement de même qu’il peut présider les réunions des conseils des ministres.


*** Le Palais accueille les jeunes


Samedi dernier, Saïed a accueilli au Palais de Carthage un groupe de jeunes venus de Kasserine, écouté leurs préoccupations et réflexions pour la promotion de la région et trouver les solutions appropriées dans le cadre d’une approche nationale globale.


La rencontre a été l’occasion, selon un communiqué de la présidence tunisienne, de passer en revue une série de questions, notamment, celles relatives à la création de postes d’emploi, au terrorisme ainsi qu’au développement du secteur de la santé dans la région.


Saïed a affirmé que tous sont en mesure de s’accorder sur le diagnostic des problèmes et des difficultés et l’essentiel demeure de parvenir à identifier les insuffisances à même de les surmonter.
Kaïs Saïed a exprimé, au cours de la rencontre, sa détermination à visiter les différentes régions au cours de la prochaine période, et à exhorter à trouver des mécanismes qui permettront aux citoyens, et particulièrement aux jeunes parmi eux, de contribuer à l’édification d’une nouvelle histoire de la Tunisie, poursuit la même source.


Lors d’une rencontre similaire qui s’est déroulée le 7 novembre courant, Saïed a reçu un groupe de jeunes venus de la province du sud du pays, Gafsa.


Saïed a prêté une écoute attentive, selon un communiqué rendu public par la présidence de la République, aux préoccupations, souffrances et propositions des jeunes à l’effet de créer des postes d’emploi, leur garantissant des conditions de vie décentes, aussi bien à eux qu’ à leurs familles, et qui leur permettent de s’intégrer dans la société et de contribuer à l’édification de la patrie.


Saïed a souligné, selon la même source, son souci de garantir les droits légitimes à tous les citoyens, et en premier lieu les jeunes, considérant que le droit au travail, à l’assurance-maladie et à un logement salubre font partie intégrante des droits humaines.


Le Président a estimé que « les jeunes dans les différentes provinces font partie des priorités et constituent une force de proposition à même de permettre aux institutions de l’Etat d’identifier les mesures et les mécanismes aptes à promouvoir la situation à tous les niveaux, », selon le texte du communiqué.


Le 23 octobre dernier, Saïed a été investi officiellement président de la Tunisie, après avoir remporté le second tour de la Présidentielle qui a eu lieu le 13 du même mois, avec 72,71% des voix.


Saïed s’est engagé, au cours de sa campagne électorale ainsi que dans son allocution prononcée lors de son investiture devant le Parlement, le mois dernier, qu’il présentera des initiatives législatives sur la base de ce qu’il recevra comme suggestions et propositions de la part du peuple et des jeunes.


Les régions de l’intérieur souffrent d’un manque d’opportunités d’emploi et de développement ainsi que de la recrudescence du chômage. Vendredi dernier, des données ont révélé que le taux de croissance en Tunisie est à 1,1% sur une base annuelle, au cours des neuf premiers mois de l’année 2019.

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