Afrique

Tunisie : des ONG fustigent la violence du gouvernement contre les manifestants

Lors d'une conférence de presse intitulée : « une réponse répressive à une crise politico-économique », jeudi.

Mounir Bennour   | 21.01.2021
Tunisie : des ONG fustigent la violence du gouvernement contre les manifestants

Tunis

AA / Tunis / Mounir Bennour

Des associations et organisations non gouvernementales tunisiennes ont fustigé la réponse répressive du gouvernement face aux protestations légitimes de la rue tunisienne.

Elles ont aussi été unanimes pour dire que la répression et les dérives sécuritaires ne font qu'aggraver la situation et engendrent une escalade de la spirale violente qui va compliquer encore plus la situation.

Ces ONG s'exprimaient lors d'une conférence de presse intitulée : «Une réponse répressive à une crise politico-économique», organisée ce jeudi à Tunis au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens.

Entre autres organisateurs, la conférence a compté la présence du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, le Forum Tunisien des Droits Économiques et Sociaux, la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme, l'Association des Psychologues Du Monde Tunisie, l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates et l'Union des Chômeurs.

S'exprimant au nom du Syndicat National de Journalistes Tunisiens, dont il assume la présidence, Mahdi Jelassi a réitéré son soutien et celui de son organisation aux manifestants et aux mouvements de protestation.

Il a précisé que : «La question des protestations et des manifestations nocturnes, personne ne peut imposer une heure pour protester. Le droit de manifester n'obéit pas à un cahier des charges. Les jeunes qui manifestent ont opté pour une méthode de manifestation nocturne, si le gouvernement ne les comprend pas, c'est qu'il y a un problème de compréhension entre l’État et le peuple ».

Dans son intervention, Abderrahman Hdili du Forum Tunisien des Droits Économiques et Sociaux a mis l'accent sur l'aspect prévisible des événements qui secouent la rue tunisienne. « Nous ne sommes pas surpris par ces événements. Nous nous y attendions. Nos communiqués des mois d'octobre, novembre et décembre ont anticipé les événements d'envergure du mois de janvier », a-t-il expliqué.

Le Forum a recensé aussi 8020 mouvements de protestation au cours de l'année 2020. Il a aussi avancé le chiffre moyen de 100.000 jeunes qui quittent chaque année les bancs des écoles primaires et secondaires depuis la révolution tunisienne en 2011.

Hdili a passé en revue des chiffres de l'immigration clandestine qui confirment la tourmente sociale du pays. Les rapports mensuels du Forum tunisien font état de 12.800 migrants clandestins qui ont réussi la traversée jusqu'aux côtes italiennes, et de 13.000 autres refoulés par les services d'ordre.

Abderrahman Hdili a souligné la « rupture totale des jeunes tunisiens avec tout ce qui a trait aux institutions étatiques, politiques, voire les institutions de la société civile dans tous les quartiers populaires du pays ».

Pour lui : « Le gouvernement tente de faire diversion avec cette politique répressive pour détourner l'attention de l'opinion publique des problèmes de fond vers le sort des plus de 1000 jeunes arrêtés dans les cours de justice ».

Pour Bassem Trifi, de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme : « La récente mise en quarantaine était une tentative de réprimer les mouvements auxquels nous nous attendions tous ».

Et d'ajouter :« 1.000 personnes ont été arrêtées de manière aléatoire, dont la plupart sont des mineurs qui et ont été victimes de violences et d'abus ».

Pour lui, « les raids dans les maisons nous rappellent une époque que nous pensions révolue ».

Dans son intervention au cours de cette conférence de presse, Rim Ben Ismail, psychologue de l'association des "Psychologues Du Monde Tunisie" a passé en revue les résultats d'études menées auprès de jeunes dans plusieurs quartiers populaires et de classe moyenne à Tunis.

Il en ressort que « 80% des jeunes pensent qu'ils n'ont pas droit à un traitement égalitaire devant la loi en Tunisie. Plus de 80% d'entre eux pensent aussi que l’État exerce une violence et une discrimination systématique sur eux ».

Ben Ismail a aussi fait savoir que « les jeunes estiment que la société, autant que l’État, exerce une violence sur eux ». Pour la plupart des jeunes tunisiens selon elle, l'image de la police représente avant tout une violence quotidienne dirigée contre eux, et ce, en lieu et place du rôle de protection que les forces de l'ordre sont supposées assurer à chaque citoyen.

Pour la psychologue, « il y a un sentiment de culpabilité chez les jeunes qui reproduisent la violence, mais ils estiment qu'aucun moyen ou espace d'expression ne leur a été laissé pour manifester leur colère ».

De son côté Neila Zoghlami, membre de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates a fait part « des actions pragmatiques pour soutenir les manifestations. Un comité de défense, un comité de soutien et un comité d'enquête ont été constitués pour faire le suivi et fournir l'assistance nécessaire aux manifestant.e.s ».

Exigeant la libération immédiate des jeunes arrêtés, Zoghlami a déclaré : « ce qui se passe est une conséquence des politiques de marginalisation et d'appauvrissement. Et les jeunes n'ont plus peur de ces politiques défaillantes ».

La conférence a aussi permis d'entendre le témoignage de la mère du jeune Ahmed Ghram arrêté chez lui et « accusé d'inciter à la désobéissance, sur la base de publications partagées sur les réseaux sociaux ».

Pour rappel, plusieurs manifestations nocturnes ont eu lieu à Tunis et dans plusieurs régions du pays, depuis le 14 janvier courant, brisant un couvre-feu instauré pour endiguer la propagation de la Covid-19.

Ce mouvement a été réprimé par les forces de l'ordre et plus de 600 jeunes ont été arrêtés lors de ces manifestations pour des actes de vandalisme et de pillage, selon les autorités.

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