Lassaad Ben Ahmed
18 Décembre 2017•Mise à jour: 19 Décembre 2017
AA / Lomé / Alphonse Logo
Faure Gnassingbé, le chef de l’Etat togolais, ne compte pas céder à des arrangements de circonstance avec son opposition, tendant à le faire partir du pouvoir. Cette position sur une sortie probable de crise au Togo a été révélée dans une interview exclusive accordée à Jeune Afrique dans son numéro paru dimanche.
Depuis 4 mois, maintenant, l’opposition togolaise qui draine des dizaines, voire des centaines de milliers de ses partisans dans les rues, presque chaque semaine, demande le départ de Faure Gnassingbé du pouvoir et voudrait discuter lors du dialogue qui se prépare «des conditions de ce départ», mais il devra se confronter à une position arrêtée de ce dernier sur la question.
Faure Gnassingbé ne croit à une sortie probable de crise qu'à une seule condition : «Que l’on comprenne qu’il est impossible de laisser de côté nos institutions et notre constitution pour se livrer à des arrangements de circonstance».
Pour lui, «avec le dialogue qui permet de dépasser les slogans, le seul chemin praticable en démocratie, ce sont des élections. Les appels au soulèvement, à l’insurrection et autres stratégies extralégales, n’aboutiront qu’à nous faire perdre du temps, beaucoup de temps. Chacun le paiera cher».
«Ce que cherchent mes adversaires, c’est la captation du pouvoir avant le terme de mon mandat actuel. C’est en vain», a poursuivi Gnassingbé très sûr de lui-même, malgré la pression quasi quotidienne de l'opposition togolaise.
«Je suis certain que certains ont cru que mon renversement par la force était faisable. C’est là le problème de notre opposition : poser des exigences irréalistes ; être par la suite incapable d’expliquer à sa base pourquoi elles ne sont pas suivies d’effet et en être réduit à blâmer le gouvernement», a expliqué le chef de l’exécutif togolais dans Jeune Afrique.
Il n’exclut pas la possibilité de se représenter au grand mépris de ses adversaires, lors des prochaines élections de 2020 et 2025. Mais il ajoute qu'il «ne se situe pas encore dans cette perspective. plutôt se consacrer pour l’instant aux problèmes internes».
Réagissant aux diverses manifestations de rue de l’opposition, le chef de l’Etat togolais a indiqué que : «dans un Etat de droit, le pouvoir ne se prend pas par le rue, mais par les urnes».
Il a ajouté, s’agissant des critiques dont il faut l’objet dans les déclarations de l’opposition togolaise, qu’il «n’a pas de leçons de démocratie et de respect des droits de l’homme» à recevoir de son opposition.
Mais il assure que le dialogue politique avec cette opposition aura bien lieu et les premiers signaux seront donnés avant les fêtes de cette fin d’année.
Il a parlé de dialogue et de référendum à la fois, et refuse toute nouvelle conférence nationale souveraine.
Ce qui démontre que malgré le rejet par l'opposition de l'idée d'un référendum aux lendemain du vote raté à l’Assemblée nationale du projet de portant sur des réformes constitutionnelles, le pouvoir de Faure Gnassingbé n'a nullement abandonné ses ambitions de rester au pouvoir.
Si l’opposition refuse la participation de certains partis politiques non concernés par la crise, Faure Gnassingbé s’est plutôt montré déterminé à faire participer tous.
«Nous avons au sein de l’opposition des partis représentés à l’Assemblée et des partis extra parlementaires. Ils devront décider s’ils viennent séparément ou en coalition. Nous avons aussi des partis qui n’ont ni manifesté, ni revendiqué, mais qui agissent dans le cadre de nos institutions. Ceux-là ont aussi le droit de participer», a martelé Faure Gnassingbé dans son interview à Jeunes Afrique.
En tout état de cause, Faure Gnassingbé, le chef de l’état togolais s’est dit conscient que la situation au pays ruine «la réputation du Togo auprès de la communauté internationale et des investisseurs» et il se dit «bien déterminé à faire respecter l’Etat de droit et à protéger» les acquis économiques et sociaux dans l’intérêt de tous les togolais.
Pour rappel, le différend entre le pouvoir en place au Togo et l'opposition tourne autour de trois principaux axes, à savoir, le nombre de mandats présidentiels, le vote des Togolais à l'étranger et le mode su scrutin.
Pour pouvoir se porter candidat, une troisième fois, Faure Gnassingbé a besoin de modifier la Constitution qui limite les mandats présidentiels à deux uniquement. Cependant, l'opposition veut rétablir la constitution de 1992, qui a subi plusieurs "coups de lifting", afin d'élargir le pouvoir du Président.
Par ailleurs, l'opposition ambitionne de mettre fin au règne Gnassingbé qui remonte à cinq décennies, dont 38 ans ont été présidés par Eyadéma Gnassingbé, père de l'actuel président qui a accédé à la présidence depuis 2005.