AA/Lomé/ Alphonse LOGO
Conçue pour abriter 600 à 700 personnes, la prison civile de Lomé regorge actuellement de plus de 2000 détenus vivant dans des conditions précaires, reconnaissent les agents pénitenciers. Pour faire face à cette surpopulation carcérale, le gouvernement a décidé de prendre les devants, en réduisant notamment de 50% les détentions préventives à l’horizon 2018.
«Parmi ces 2000 détenus, bon nombre n'ont jamais été jugés. D'autres ont leurs dossiers en cours d'instruction, et ces deux catégories réunies font plus de la moitié de la prison» a indiqué à Anadolu le régisseur de la prison civile de Lomé M. Makani Nikabou, emettant le vœu que ‘’si par magie ou par une décision judiciaire on arrive à libérer cette moitié, ce sera une bonne chose, la prison sera un peu plus aérée’’.
Les infractions les plus fréquentes qui amènent la justice à déférer des gens à la prison de Lomé sont principalement des affaires de vol qualifié, de violences volontaires, de trafic de drogue, d’escroquerie ou encore d’abus de confiance, renseigne Nikabou.
Interrogé lors de la 5e semaine des détenus observée du 06 au 14 août dernier à la prison civile du Togo, le porte-parole des détenus M. Basile Barry a déclaré à Anadolu que les ‘’conditions de détentions à la prison civile de Lomé sont très difficiles’’ au point qu’un ‘’prisonnier qui arrive à la prison civile de Lomé peut perdre sa vie au bout de 2 nuits s’il ne prend pas garde."
« Une cellule de 20 m² peut contenir jusqu'à 80 – 85 personnes. Vous imaginez comment une personne peu dormir dans ces conditions. Dans la journée, on ne fait que se promener dans la cour car l’intérieur des cellules est effrayant et personne ne veut y rester. On y tombe fréquemment malade, et quand c’est le cas, se soigner est véritablement un problème.Sans compter la nourriture quasi immangeable» a confié à Anadolu M. Basile Barry, interrogé au sein même de la prison civile de Lomé.
Des propos que le directeur de la direction de l’Administration Pénitentiaire et de la Réinsertion M. Idrissou Akibou botte en touche en indiquant à Anadolu que "ce n’est pas systématique" que les cellules soient surpeuplées et vétustes, et que "tout dépendant de la cellule et de la période de l'année".
"Il ne faut pas compter avec des périodes de fortes concentration où les détenus viennent nombreux à la prison civile de Lomé", estime-t-il.
La prison civile de Lomé, avec cette surpopulation carcérale, coûtait de 2010 à 2013 à l’état togolais en alimentation 27,5 millions de Fcfa (550. mille $ mensuel) et en 2014, ce budget a été porté à 33, 3 millions de f cfa (60.6 mille dollars) par mois.
Mais pour l’année 2015 en cours, les conditions de vie étant déjà difficiles dans la prison, ajoutées à la réduction de 25% du budget du fonctionnement de la direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion, des libérations conditionnelles sont envisageables.
« Aux fins de désengorgement des prisons, le gouvernement togolais s’est penché sur le problème de la gestion des détentions préventives et du flux de ces détentions en procédant en des circonstances précises à la libération anticipés de détenus. La poursuite de ces efforts est toujours d’actualité et nous envisageons une réduction de 50% du nombre de détentions préventives à l’horizon 2018 » avait récemment indiqué face à la presse le garde des sceaux, ministre de la justice et des relations avec les institutions togolaise le juge Pius Agbétomey.
Plusieurs détenus se sont pleins de la lenteur des procédures administratives et judiciaires pour les demandes de mise en liberté provisoire formulées et les défenseurs de droits de l’homme s’en sont indignés.
Pius Agbétomey, a donc promis, lors de la 5e Semaine des détenus, "de mettre tout en œuvre pour étudier attentivement toutes les demandes de libération conditionnelles dans les règles de l’art procédurales afin de répondre aux attentes des uns et des autres dès lors que ces demandes me parviendront.
"Je m’attèlerai aussi pour que les dossiers de procédures correctionnelles ou criminelles qui trainent en longueur soient réglés aussi vite que possible", a-t-il indiqué.
"De plus, annonce le directeur de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion M. Akibou Idrissou à Anadolu, ‘’une prison civile est en construction à Kpalimé et sera disponible fin 2015 pour désengorger la prison civile de Lomé."
"Sur le plan de la santé, on note la construction d’une infirmerie à la prison civile de Tsévié (35km de lomé), plusieurs projets sont également en cours d’exécution pour la prise en charge psychologique et juridique, tandis que des activités socio- éducatives et culturelles et la réinsertion socio professionnelles, en vue d’aider les détenus à se prendre en charge à leur sortie de prison"sont également au coeur des initiatives, assure Idrissou.
Environ 4500 personnes sont actuellement en détention sur l'ensemble du territoire togolais, pour une douzaine de prisons qui nécessitent toutes une attention particulière du gouvernement, selon une source proche du ministère de la justice, jointe par Anadolu.