Lassaad Ben Ahmed
08 Novembre 2017•Mise à jour: 08 Novembre 2017
AA/ Lomé/ Alphonse Logo
Jean Pierre Fabre, chef de file de l’opposition togolaise a annoncé mercredi qu’il ne participera pas au dialogue annoncé par le gouvernement, si tous les détenus des manifestations anti-régime qui ont secoué le pays ces dernières semaines ne sont pas relâchés.
Au terme d’une conférence de presse tenue à Lomé, le leader de l'opposition a déclaré: «Moi, Jean Pierre Fabre, je ne me présenterai, en aucun cas, dans une salle pour discuter de quoi que ce soit avec le pouvoir de Faure Gnassingbé, si tous les détenus des manifestations de l’opposition et tous mes militants arrêtés dans les ténébreuses affaires d’incendies ne sont pas relaxés et les charges retenues contre eux, y compris abusivement, abandonnées. Et les condamnés amnistiés ».
Le chef de l’opposition togolaise avait déclaré kundi, veille de la reprise des manifestations après deux semaines de trêve, que «l’opposition togolaise était prêtre à discuter», «mais pas une discussion de dupes», avait-il averti.
La position conditionnelle exprimée, mercredi, avant même la marche du deuxième jour, fait suite à la répression des manifestations de l’opposition dans les villes de Sokodé (338km au nord de Lomé), Bafilo (380 km de Lomé) et Mango.
Le bilan établi par la coalition des 14 partis de l’opposition, mercredi matin, fait état de 5 manifestants de l’opposition arrêtés et 16 autres blessés par balles et par bastonnades, dont 3 sont actuellement en réanimation à Sokodé.
L’opposition a dénoncé «la duplicité du gouvernement togolais» qui appelle au dialogue «dans le souci d’apaisement» et, en même temps, «réprime les manifestations, tabasse les manifestants et procède à de nouvelles arrestations».
Mardi soir, la ligue togolaise des droits de l’homme a également «condamné une violation grave et renouvelée de la liberté de manifestation, ainsi que cette attitude caractéristique de la duplicité du gouvernement qui n’est pas de nature à décrisper l’atmosphère politique, ni à favoriser un climat serein pour la conduite des discussions franches et sincères».
Elle a interpellé la communauté internationale «sur la situation particulière de la ville de Sokodé, et craint l’évolution vers la persécution et la stigmatisation».
Yark Damehame, ministre togolais de la Sécurité et de la Protection civile a justifié la situation à Sokodé, Bafilo et Mango en déclarant que «des armes étaient dérobées par des protestataires lors des dernières manifestations. Tant que ces armes ne sont pas retrouvées, les manifestations ne seront plus autorisées dans ces localités».
L’opposition togolaise déterminée, a de nouveau appelé la population, dans la déclaration liminaire du jour, «à poursuivre la mobilisation jusqu'à ce que tombe le régime de Faure Gnassingbé au pouvoir depuis 13 ans, maintenant».
Aussitôt après, l’opposition togolaise a rejoint ses militants pour le 2e jour de la marche de la libération.
Plusieurs milliers de manifestants sont encore sortis, mercredi à Lomé, en réponse à l’appel de l’opposition.
Depuis plus de deux mois, l’opposition organise des manifestations pour réclamer le retour à la constitution de 1992 (qui limite les mandats présidentiels à deux), le vote de la diaspora et la libération de tous les détenus.