Nadia Chahed
17 Avril 2017•Mise à jour: 17 Avril 2017
AA/Lomé/Alphonse Logo
"Jeune Africain, tu peux réussir chez toi", tel est le slogan d'une campagne lancée par une troupe de théâtre togolaise pour lutter contre la migration clandestine.
L’initiative lancée par les jeunes de la troupe "Rideau d'Afrique" relevant du club Miroir du Campus de Lomé, consiste à sillonner les lycées, les écoles et autres universités pour interpeller les jeunes quant aux dangers véhiculés par la migration clandestine et les sensibiliser aux opportunités dont regorge le continent.
Pour ce faire les artistes ont opté pour le théâtre, moyen de communication traditionnel bien ancré en Afrique et jugé efficace pour mieux convaincre les jeunes.
« Nous avons choisi le théâtre, parce que l’absence des écrans fait naître une complicité entre les acteurs et les spectateurs qui finissent par être embarqués par la cause exposée, nous sommes convaincus qu'à travers le théâtre nous avons plus de chances de toucher le spectateur", explique Jacqueline Sallah, chef du projet auprès de la troupe "Rideau d'Afrique".
"Notre cible est la jeunesse, les enfants les écoliers et les étudiants etc.. parce que c'est surtout parmi eux que naissent ces envies de partir. Nous voulons leur dire qu’ils peuvent et qu’ils ont les moyens pour réussir là où ils se trouvent. Nous voulons leur parler des solutions possibles pour y arriver", ajoute encore Jacqueline Sallah.
Modibo Barry, président de la troupe estime, quant à lui, que si "l’Afrique laisse sa jeunesse partir, c’est toute son intelligence qui partira avec" d'où "la nécessite de lutter contre ce fléau".
Pour sa première représentation, la troupe Rideau d'Afrique a atterri, le 13 avril, au Lycée Technique d’Adidogomé (5 km du centre ville de Lomé), avant d'entamer une tournée à l'intérieur du pays, qui prendra fin en décembre.
Cette initiative est motivée par la hausse du nombre de candidats à l'immigration aussi bien au Togo que dans nombre de pays africains, indique Barry, ajoutant que la troupe compte élargir cette initiative dans d'autres pays du continent.
L'organisation internationale pour les migrations, estime à 5 932 le nombre d'Africains qui ont tenté d'atteindre clandestinement l'Europe au cours du premier trimestre 2017.
Sur ces 5932 candidats à l'immigration, 254 sont morts en mer, selon la même source.
Au Togo le gouvernement parle de 300 à 400 Togolais ayant tenté d'immigrer clandestinement entre 2015 et 2016.
Chiffres qui seraient largement inférieurs à la réalité estiment des observateurs. D'ailleurs des jeunes Togolais interrogés par Anadolu ne cachent pas leur envie d'atteindre un jour cet "eldorado européen", quitte à recourir à des moyens clandestins.
Etudiant en sciences économiques à l’université de Lomé, Pascal se dit intéressé par une formation dans un pays européen, il se dit prêt à passer par un réseau clandestin pour y arriver.
D’autres, bien que favorables à l'immigration trouvent qu'il est plus prudent d'opter pour un transfert régulier. C’est le cas de Sévérin, étudiant en droit à l’université de Lomé, rencontré par Anadolu lors de la première représentation de "Rideau d'Afrique" à Adidogomé.
" Avant je me disais que quelque soit le moyen, je ferai ma vie en Europe. Mais vu les conséquences décrites, je préfère le faire de manière régulière en ayant tous mes papiers et en étant libre de mes mouvements", témoigne Sévérin.
Cette envie grandissante des jeunes Africains de quitter le continent s’explique, selon Elom Atissogbé, spécialiste des questions de migration et Président de WAYLS-Togo (Sommet ouest-africain des jeunes leaders sur l’immigration clandestine. tenu en septembre 2016 au Togo, par la pauvreté grandissante qui ronge plusieurs pays africains, le problème de sous emploi et de chômage ainsi que par l’instabilité politique prévalent dans nombre de ces pays.
« Tout cela fait que les jeunes n’ont plus d'espoir et pensent que la solution se trouve de l’autre côté du continent en Europe ou ailleurs. Malheureusement les chemins empruntés ne leur permettent pas tous d’y arriver », explique-t-il.
Pour lutter contre ce phénomène, le spécialiste suggère aux gouvernants "d’investir suffisamment dans la jeunesse, dans l’entrepreneuriat et l’auto emploi des jeunes afin de leur permettre de rêver et de croire en leur devenir".