Nadia Chahed
17 Juillet 2018•Mise à jour: 18 Juillet 2018
AA/Tunis
L’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty international ( AI) a dénoncé, les mesures d’austérité décidées par le gouvernement tchadien, provoquant une dégradation générale des conditions économiques et sociales de la population.
"Les autorités tchadiennes ont mis en œuvre une série de mesures d'austérité qui accroissent la pauvreté, nuisent à l'accès aux soins médicaux essentiels et mettent l'éducation hors de portée de nombreuses familles", a déploré l’ONG dans un rapport.
Ce rapport, intitulé "Budgets en chute, répression en hausse, le coût humain des mesures d'austérité au Tchad", publié lundi sur le site de l'organisation, décrit les conséquences de la réduction drastique des dépenses sur les droits à la santé et à l'éducation, explique l’ONG sur son site.
Elle précise en outre s'être entretenue avec 176 personnes, dont des représentants du gouvernement, à N'Djamena, la capitale, et dans plusieurs autres villes, telles que Massaguet, Massakori et Sarh avant l'élaboration de ce rapport. Elle a également visité 32 établissements de santé dans huit régions.
Le gouvernement tchadien a commencé à mettre en place des mesures d'austérité sévères en 2015, en réponse à une crise économique provoquée par la chute brutale des cours du pétrole brut et exacerbée par un manque de diversification économique, rappelle l'ONG, d'autant que les institutions financières internationales qui ont prêté de l'argent au Tchad pendant cette crise ont conditionné leur aide à une réduction des dépenses générales.
Ainsi le budget de la Santé a-t-il été réduit de plus de 50 % entre 2013 et 2017. Les subventions et d'autres financements alloués aux hôpitaux ont diminué, révèle le rapport, ajoutant que "la réduction des dépenses de santé s'est aussi traduite par une baisse de 70 % des dépenses consacrées au programme national de gratuité des soins d'urgence".
L'éducation est la deuxième grande victime des coupes budgétaires, note encore Amnesty, précisant "qu'entre 2014 et 2016, dans le cadre des mesures d'austérité, les autorités tchadiennes ont réduit de 21 % les dépenses dans ce secteur".
Outre la suppression de bourses pour la quasi majorité des étudiants, les autorités ont, en octobre 2017, multiplié par deux les frais d'inscription dans les universités publiques, rapporte la même source, notant que cette situation qui risque de pousser de nombreux étudiants à arrêter leurs études.
L'ONG évoque enfin les réductions salariales et l'adoption de nouvelles réformes visant à élargir l'assiette fiscale, mesures qui combinées à la hausse des taxes sur les produits de première nécessité et à l'augmentation du coût de la vie, rendent les employés du secteur public incapables de subvenir aux besoins de leur famille.
Parallèlement à cette dégradation des conditions économiques et sociales et économiques, une hausse des atteintes aux libertés a été constatée, selon Amnesty.
L'ONG rappelle à ce propos qu' "entre janvier et mars 2018, des dizaines de manifestations ont eu lieu dans les principales villes du pays, dont la capitale N'Djamena, pour protester contre les mesures d'austérité. Toutes sauf une ont été réprimées par les forces de sécurité, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestants, arrêté au moins 150 personnes (dont des étudiants et des enfants) et torturé au moins deux militants anti-austérité".
Elle appelle, enfin, le gouvernement tchadien à "prendre des mesures immédiates pour évaluer les conséquences des mesures d'austérité sur les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à la santé et à l'éducation" et à "mettre un terme aux violations généralisées des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique".