Mohamed Hedi Abidellaoui
12 Avril 2017•Mise à jour: 13 Avril 2017
AA/ N'Djamena/ Mahamat Ramadane
Des brumes couvrent le ciel tchadien, ces derniers jours. Les autorités tchadiennes ont mis en place, la semaine dernière, un comité composé de membres du gouvernement et de leaders syndicaux en vue d'initier des pourparlers au sujet des mesures d'austérité décidées par le gouvernement pour une sortie de crise. Mais les deux parties n'arrivent toujours pas à trouver un consensus et ne cessent de se regarder en chiens de faïence. Le comité risque, par conséquent, de se disloquer.
- Des acquis sociaux à préserver
Certains acteurs de la société civile estiment que le gouvernement n'était pas flexible dans les négociations. Ce qui n'a pas permis aux deux parties de faire de concession sur certains points, notamment la réduction des indemnités des agents de l’État et la révision de la loi portant l'exercice des droits de grève au Tchad.
«La délégation gouvernementale qui participe au dialogue évite certains points de négociation qui sont cruciaux pour les travailleurs. Nous avons tenu à ce que les mesures d'austérité touchant directement les acquis sociaux des travailleurs de la fonction publique, notamment la réduction des indemnités, soient revues et renégociées. Mais le gouvernement est inflexible et refuse tout compromis dans ce sens», a indiqué à Anadolu Michel Barka, président de l'Union des syndicats du Tchad.
Pour Mahamat Digadimbaye, coordinateur de la société civile du Tchad, interrogé par Anadolu, le gouvernement "essaye de gagner du temps avec ses mesures d'austérité", alors que les acquis des agents de la fonction publique sont en jeu.
«Le gouvernement ne mesure pas l'ampleur des dégâts sociaux de ces mesures prises au nom d'une sortie de la crise économique et financière. La délégation gouvernementale n'a pas la volonté de dialoguer et se bat, pendant les négociations, contre les acquis sociaux de sa population. Ce qui est politiquement irresponsable», égrène-t-il.
- Un « mal nécessaire »
De son côté, le gouvernement accuse les syndicats d'ignorer la situation socio-économique difficile que traverse le pays.
Selon certains membres de la délégation gouvernementale prenant part aux négociations, les syndicats veulent profiter d'une crise économique sévère pour déstabiliser le gouvernement et diaboliser les mesures prises pour sortir de l’impasse. «Au lieu de mentir pour faire bonne figure auprès des travailleurs comme le font les leaders syndicaux, nous avons choisi de prendre des mesures courageuses pour répondre promptement aux défis posés. Nous ne pouvons pas prendre des engagements que l’État ne peut pas honorer dans l'avenir. Les syndicats refusent de regarder la réalité en face mais il est de notre devoir de prendre des mesures au profit de notre pays», a indiqué à Anadolu le ministre de la Fonction publique et du Dialogue social, Abdelkerim Seid Bauche.
Selon le ministre, les restrictions budgétaires imposées par le gouvernement est la seule solution valable et durable pour échapper au mal. «Un gouvernement ne peut pas se réjouir d'avoir imposé des mesures d’austérité à sa population et à ses agents. Mais c'est un mal nécessaire sinon notre économie sera à genoux et le pays aura du mal à honorer ses engagements budgétaires. Les syndicats doivent au moins reconnaître ça, au lieu de verser dans un égoïsme absolu», a-t-il poursuivi.
Le gouvernement continuera, assure Bauche, de négocier avec les syndicats jusqu'à ce qu'un compromis définitif soit trouvé. «Nous avons pour mission d'examiner les finances de l'Etat et de mener des discussions pour pourvoir faire des propositions avantageuses aux deux parties. Le gouvernement et les syndicats œuvrent tous deux pour le bien-être de la population, il n'y a donc pas de raison qu'un compromis ne soit trouvé pour sortir le pays de la crise économique», a indiqué à Anadolu le membre du comité de dialogue Brahim Ben Seid.
Le gouvernement tchadien a pris des mesures d'austérité en 2016 pour faire face à la crise économique et financière sévère que traverse le pays. Mais ces mesures, loin de faire l'unanimité auprès des acteurs sociaux, ont été qualifiées d'« antisociales » par la société civile.
En deux ans, les cours du pétrole représentant 95% des recettes du pays ont été divisés par deux, selon des données officielles. Et le déficit budgétaire tchadien est passé de 9 à 12,5% du produit intérieur brut (PIB), en un an, selon le Fonds monétaire international (FMI). En 2015, le PIB tchadien a été estimé à 10, 89 milliards de dollars, selon la Banque Mondiale (BM).