Esma Ben Said
04 Mai 2018•Mise à jour: 04 Mai 2018
AA/Pascal Mulegwa
Le président tchadien Idriss Déby Itno a affirmé vendredi refonder la nation par la promulgation de la nouvelle constitution lors d'une cérémonie solennelle marquant le début de la quatrième république dans ce pays d’Afrique centrale.
"L'entrée en vigueur effective de la nouvelle constitution consacre la refondation de notre Nation qui se veut plus ambitieuse et plus forte", a affirmé le chef de l'Etat.
Cette nouvelle constitution critiquée par l’opposition impose "des attitudes, des pratiques et des comportements nouveaux et vertueux", a ajouté l’homme qui dirige le Tchad (15 millions d’habitants) depuis 28 ans.
En outre, elle est le "parfait condensé des aspirations et attentes du peuple", a affirmé Déby ajoutant que la nouvelle République "est bâtie sur des valeurs fortes".
Deby a reconnu que "de nombreuses personnes ont bâti des fortunes importantes sur la base du détournement et de la corruption", mais a rassuré que "cette machine de l'enrichissement illicite et immoral va cesser de fonctionner quelle que soit sa marque et sa puissance".
Réputé pour son combat contre "l’ingérence étrangère" dans la gestion des pays africains, Déby a pourtant demandé "le concours des partenaires financiers" pour organiser les élections législatives.
Repoussées depuis 2015, elles se tiendront en novembre 2018, a-t- il répété tout en reconnaissant que la date sera "difficile de tenir" sans l'aide de la communauté internationale, "étant donné la modicité de nos moyens".
Lors de la même cérémonie, il a décrété une "amnistie générale", invitant tous les Tchadiens, qui "pour une raison ou pour une autre ont quitté leurs pays", à "rentrer dignement".
Cette annonce a provoqué dans la salle une ovation de l'Assemblée au Palais de 15 janvier depuis lequel a été retransmise la cérémonie à la télévision nationale.
La nouvelle constitution renforce les pouvoirs du président de la République avec la mise en place d’un régime présidentiel intégral, sans Premier ministre ni vice-président. Les ministres, nommés par le président, prêteront serment devant celui- ci, qui pourra également "déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres".
Le gouvernement est responsable devant le président Deby et non l'Assemblée nationale. Le président peut aussi dissoudre l'Assemblée s'il le souhaite.
La veille, le premier ministre Albert Pahimi Padacké et son gouvernement ont remis leur démission à Déby. Une vingtaine de députés de l'opposition ont déposé mercredi un recours en annulation contre le projet de loi constitutionnelle. Le Conseil constitutionnel a rejeté jeudi cette requête à l’issue de la plénière.
L’opposition, la société civile et l’Église catholique avaient demandé que la nouvelle Constitution soit adoptée par référendum et non par voie parlementaire.
Travailler, élaborer et promulguer une nouvelle Constitution étaient une des promesses phares du président Déby lors sa campagne en 2016. Ce dernier promettait "un Tchad nouveau", avec une nouvelle carte administrative, des
institutions revues avec un exécutif sans Premier ministre ni vice-président.