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Soudan : d’importantes institutions publiques à Khartoum transformées en casernes et prisons par les FDS

- « Les Forces de soutien rapide m’ont retenu ici en captivité pendant 29 jours, dans des conditions extrêmement difficiles », a déclaré le médecin Adil Muhammed Mekki, détenu à la Radiotélévision d’État

Muhammed Emin Canik, Ahmed Satti  | 19.01.2026 - Mıse À Jour : 19.01.2026
Soudan : d’importantes institutions publiques à Khartoum transformées en casernes et prisons par les FDS

Sudan

AA / Khartoum / Muhammed Emin Canik et Ahmet Satti

À la suite du déclenchement des combats au Soudan le 15 avril 2023, plusieurs bâtiments symboliques de la capitale Khartoum, longtemps contrôlés par les Forces de soutien rapide (FDS), ont été gravement endommagés, tandis que certaines institutions publiques ont été transformées en casernes militaires et en prisons.

Après la prise de contrôle par les FDS, environ 7 millions de personnes ont fui l’État de Khartoum, qui compte quelque 15 millions d’habitants.

À Khartoum, la Banque centrale du Soudan est devenue inutilisable, et les billets de banque ont été changés afin d’empêcher leur utilisation par les FDS.

Alors que les retours se poursuivent dans la capitale, où mosquées et hôtels de luxe ont également été réduits en ruines, de nombreux bâtiments attendent encore des travaux de réparation.

La Radiotélévision d’État transformée en prison

Parmi les premières cibles des attaques menées par les FDS en avril 2023 figurait la Radiotélévision d’État soudanaise, une institution à l’histoire ancienne.

La télévision publique a commencé à émettre en 1962, tandis que la première station de radio du pays avait lancé ses émissions en 1940, avant l’indépendance du Soudan.

Selon des responsables de l’institution, les FDS ont mené un raid en avril 2023 dans le but de lire une déclaration de coup d’État, mais cette tentative a échoué en raison de l’intervention des employés.

Gravement endommagée et poursuivant désormais ses émissions depuis Port-Soudan, l’institution a été transformée en prison sous le contrôle des FDS.

« Nous vivions dans la crainte permanente de la torture »

Le médecin Adil Muhammed Mekki, détenu par les FDS à la Radiotélévision d’État, a déclaré à Anadolu que la guerre avait éclaté de manière totalement inattendue.

« Nous nous sommes réveillés un matin et nous nous sommes retrouvés en pleine guerre. Nous n’avons pas compris ce qui se passait. Nous avons attendu une ou deux semaines en pensant que la situation allait se calmer », a-t-il expliqué.

Mekki a indiqué qu’en raison de la maladie de ses frères, ils avaient décidé de ne pas quitter leur domicile, ajoutant que tous les habitants du quartier étaient partis, à l’exception de sa famille.

« Les membres des FDS m’ont retenu ici, à la Radiotélévision d’État, pendant 29 jours. La situation était très mauvaise, extrêmement difficile. Nous vivions dans la crainte permanente d’être torturés, en attendant que notre tour arrive », a déclaré le médecin Adil Muhammed Mekki, en évoquant sa détention.

Concernant sa libération, Mekki a indiqué : « Ils nous ont libérés parce que l’endroit où nous étions détenus était devenu surpeuplé. De nouveaux détenus arrivaient en permanence ».

Assumant la responsabilité de ses frères, il a ajouté : « Ma seule préoccupation était de savoir si mes frères étaient en vie ou morts, car c’était à moi de leur fournir de l’eau et de la nourriture. Pendant toute cette période, je ne savais pas ce qu’ils mangeaient ni s’ils parvenaient à trouver de l’eau ».

Mekki a conclu en déclarant : « Notre souhait est qu’il n’y ait de guerre dans aucun pays et qu’aucun peuple ne vive ce que nous avons vécu ».

 « Tous les équipements de ce centre ont été totalement détruits »

Le directeur de l’unité télévision de la Radiotélévision d’État soudanaise, Walid Mustafa, a montré le bâtiment bombardé par les FDS le premier jour des combats, ainsi que l’ampleur des dégâts subis.

« Le samedi 15 avril 2023, nous étions en direct. Pendant la diffusion, ce bâtiment a été bombardé et le coup d’État a commencé. La diffusion a été interrompue immédiatement, puis nous avons repris depuis un autre site. Tous les appareils et équipements de ce centre ont été totalement détruits », a-t-il déclaré.

Mustafa a expliqué que les miliciens avaient tenté d’interrompre les émissions, provoquant une coupure temporaire, avant de pénétrer dans la régie principale pour tenter de diffuser la première déclaration de coup d’État.

« Toutes ces tentatives ont été enregistrées par les caméras. Les 15 et 16 avril, ils ont déployé d’intenses efforts pour interrompre la diffusion et lire leurs déclarations, mais ils ont échoué », a-t-il ajouté.

« Depuis le début de la guerre, nous avons perdu de nombreux martyrs. Le plus récemment, le 21 mars 2024, quatre de nos collègues ont été tués alors qu’ils étaient en mission lors de la reprise du Palais présidentiel », a déclaré Walid Mustafa, indiquant que des employés de la télévision publique ont perdu la vie lors des attaques.

Rappelant que les FDS assuraient auparavant la sécurité de l’institution, Mustafa a indiqué avoir constaté un changement de personnel deux jours avant le coup d’État.

Il a précisé que les personnes qu’ils connaissaient avaient été remplacées par de nouveaux membres des FDS, ajoutant que ce sont ces derniers qui ont arrêté ses collègues et bombardé la régie pour interrompre la diffusion.

« Après leur échec, les FDS ont occupé ce bâtiment. Elles y sont restées plus d’un an. Elles l’ont transformé en centre de détention, en centre d’interrogatoire pour les civils, en vaste entrepôt pour les biens pillés et en garage pour les véhicules volés. Les personnes visées étaient des journalistes civils chargés d’informer l’opinion publique. Cette institution est civile, non militaire. Malheureusement, les milices des FDS l’ont transformée en caserne militaire et y ont exercé toutes formes de pression contre la population civile », a-t-il déclaré.

 es hôpitaux de Khartoum lourdement touchés

Parmi les bâtiments endommagés lors des combats, dont certains ont été transformés en casernes militaires ou en centres de détention, figurent également des hôpitaux.

L’hôpital Al-Muallim, situé dans le centre de Khartoum, à proximité du quartier général de l’état-major de l’armée, fait partie des établissements touchés.

L’assistante médicale Oum Goulsoum Mehdi a indiqué avoir commencé à travailler récemment en raison de l’augmentation des besoins et du manque important d’infirmiers et de médecins.

Elle a expliqué que les patients se sont rendus massivement à l’hôpital, en particulier pendant les périodes de coupures d’eau et d’électricité, précisant que la majorité des cas concernaient des plaintes de fièvre, maux de tête, paludisme et vomissements.

Mehdi a ajouté que le nombre de patients était très élevé, avec environ 30 à 35 consultations quotidiennes, la plupart présentant des symptômes similaires.

Exprimant son souhait de voir l’hôpital retrouver son état antérieur et l’ensemble de ses besoins satisfaits, y compris en médecins et en matériel médical, elle a déclaré : « Mon espoir est que l’hôpital retrouve pleinement sa fonction et puisse à nouveau servir tout le monde ».

* Traduit du turc par Seyma Erkul Dayanc

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