AA/Bamako/Mohamed Ali
La force du G5 Sahel mise en place pour lutter contre le terrorisme dans la sous-région sera totalement opérationnelle d'ici le premier semestre 2018, estiment des spécialistes interrogés par Anadolu.
En attendant, sa première opération, "Haw bi", lancée début novembre dernier, dans la zone dite des trois frontières communes au Mali, au Niger et au Burkina Faso, a surtout révélé d'importants problèmes logistiques, de sérieux dysfonctionnements dans la communication entre les différentes armées ainsi que des insuffisances en termes d’équipements adéquats pour ce type de mission, indique dans une déclaration à Anadolu Abdoulaye Mohamed, un ex-haut gradé de l’armée malienne à la retraite.


L'opération, qui s'est étalée sur deux semaines, et mobilisé des forces maliennes, nigériennes, burkinabè et françaises de l’opération Barkhane, a, également, montré que des mises à niveau en termes de formation étaient nécessaires, poursuit le spécialiste des questions sécuritaires.
A côté de ces problèmes d'ordre organisationnel, la question du financement est un autre frein de taille à l'optimisation de la force conjointe G5 Sahel (Mali, Mauritanie, Burkina Faso, Niger et Tchad), souligne la même source.
Les fonds nécessaires à l’équipement et au fonctionnement de la force ont été estimés à 450 millions d’euros, un budget que les initiateurs du G5 Sahel peinent à boucler.
C'est dans à ce propos et afin de donner un coup de pouce à la force, dans un contexte marqué par une recrudescence de la menace terroriste, que le président français Emmanuel Macron a initié au courant de la semaine, un mini-sommet à Paris.
Ont participé au Sommet tenu le mercredi 13 décembre, nombre de chefs d'Etat, notamment ceux des pays membres et d'autres concernés et impliqués dans la lutte contre le terrorisme, notamment la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni et le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki.
De nouvelles contributions ont été annoncées, en marge de ce sommet par l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, respectivement de 100 et 30 millions d'euros.
Ces contributions qui viennent s’ajouter à celles des cinq pays membres (50 millions Euros, à raison 10 millions par État) de l’Union européenne (50 millions d’Euros), de la France (40 millions en équipements) et des Etats-Unis d’Amérique (50 millions d'euros en termes d’appui bilatéral aux pays membres), apportent une bouffée d’oxygène dans les comptes de la force.
Ces nouvelles contributions, même si elles ne permettent pas de boucler le budget, permettront d’aller plus vite dans la montée en puissance de la force et d'envisager des opérations d’envergure dès le premier semestre de l'année 2018, indique à Anadolu une source militaire proche du général Didier Dakouo, chef d’état-major de la force conjointe, qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat.
L’annonce de la contribution bilatérale américaine, qui a été saluée à l’époque par les présidents français et malien : Emmanuel Macron et Ibrahim Boubacar Keïta, avait été faite au siège de l’ONU à New York à la fin du mois d’octobre à l’occasion d’une réunion ministérielle sur le Sahel.
Les pays du G5 Sahel et la France avaient également sollicité l’appui de l’ONU pour soutenir la force conjointe, un projet de résolution a été initié dans ce sens par Paris mais il s’est heurté à une forte réticence américaine.
Le Conseil de Sécurité de l’ONU s’était rendu en octobre au Mali, en Mauritanie et au Burkina Faso afin d’évaluer les besoins de la force et l’état d’avancement de sa mise en place, et se prononcer sur la forme d’appui que les Nations Unies pourraient apporter.
C’est à la suite de ce déplacement sur le terrain qu’une résolution, la 2391(2017), a été adoptée, à l’unanimité, par le Conseil de sécurité le 8 décembre 2017, autorisant la MINUSMA, la mission onusienne au Mali, à fournir un appui opérationnel et logistique spécial à la force G5 Sahel, lorsque celle-ci opère en territoire malien.
Cet appui sera formalisé dans un accord technique entre l’ONU, l’Union européenne et les États du G5 Sahel.
La France avait salué une résolution «qui marque un véritable bond en avant du Conseil de Sécurité sur la question de la paix dans la région»
Dans le but de mutualiser leurs forces pour une lutte plus efficace contre les groupes terroristes opérant au Sahel, le Mali, la Mauritanie, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad ont décidé, avec l’appui de la France, de créer la force conjointe G5 Sahel.
L’initiative avait officiellement été lancée le 2 juillet 2017 à Bamako par les chefs d’État des cinq pays et son poste de commandement a été installé à Sévaré (centre du Mali) et placé sous le commandement du Général malien Didier Dakouo, ancien chef d’état major des forces armées maliennes.
La menace terroriste persiste et se renforce même au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Quatre groupes extrémistes opérant au sahel, Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) de Yehia Aboulhamam, Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghaly, Le Front pour la Libération du Macina (Katiba du Macina) de Amadou Kouffa et Almourabitoune de Mokhtar Ben Mokhtar, ont annoncé en mars 2017 leur fusion en une seule coalition nommée Jamâat Nusrat Al-Islam Wal-Mousline (Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans-GSIM) placée sous la direction d’Iyad Ag Ghali.
Cette coalition revendique des attaques quasi quotidiennes qui ciblent sans distinction les forces gouvernementales, les mouvements signataires de l’Accord de paix, les soldats et les installations de l’ONU et de l’opération française Barkhane. Une grande partie du territoire national au Nord et au centre du Mali échappe toujours au contrôle de l’État.
Cette menace risque de s'aggraver davantage avec des bruits qui courent concernant un rapprochement imminent entre les deux principaux groupes terroristes du Nord du Mali, à savoir celui de «l’Etat islamique dans le Grand Sahara» ( EIGS), dirigé par Abou Adnan Walid Sahraoui et le GSIM, dirigé par Ag-Ghali.
"Natif du Sahara occidental, Abou Adnan Walid Sahraoui, a passé son enfance en Algérie. Un moment membre d’un groupe dissident d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), il crée le groupe « Etat islamique dans le Grand Sahara » (EIGS) et a fait allégeance à l’organisation Etat islamique [Daech]", rappelle Radio France internationale( RFI).
Revenant sur l'accord qui aurait été conclu entre les deux groupes terroristes, le média français rapporte que "les deux groupes n’hésiteront plus désormais à mener ensemble des opérations et à dégager des stratégies communes, même si chacun garde sa casquette". Le but commun étant de "combattre les troupes de la coalition Barkhane, la force des pays membres du G5 Sahel et la mission de l’ONU au Mali".
C'est ce rapprochement qui aurait selon des spécialistes interrogés par Anadolu motivé la tenue en urgence du sommet de Paris et l'engament financier de pays tels l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.