Nadia Chahed
18 Juillet 2017•Mise à jour: 19 Juillet 2017
AA/Beni (Nord RDC)/Fiston Mahamba
Pas un mois ne passe sans que des civils ne se fassent massacrer à Béni, dans la province du Nord-Kivu, Est de la RD Congo. Hommes, femmes, enfants, sont tués ou enlevés par des groupes armés en tout genre, qui sévissent depuis quelques années dans la région.
A la mémoire de ces milliers de victimes, la réalisatrice belge Elien Spiellebeen et son équipe congolaise a érigé un mémorial virtuel appelé «Beni Files », raconte-t-elle à Anadolu. «Pour ne jamais oublier ce qui s'est passé », dit-elle.
- Beni Files, un long travail de collecte
« Durant la première semaine du mois d’octobre 2014 à Béni, des citoyens ont été monstrueusement assassinés, d’autres ont été violés ou enlevés. Depuis, plus de mille personnes sont mortes dans différentes attaques et des centaines d’habitants ont disparus sans tenir compte des 80 000 hommes et femmes qui se sont enfuis. A l’époque, j’avais plusieurs amis dans la région, et j’ai été touchée par leurs histoires. Avec mes collègues, nous avons donc voulu garder une trace de toutes ces âmes », dit-elle.
Ainsi, durant l’été 2016, la réalisatrice collecte toutes les informations et tous les rapports déjà rédigés sur les massacres de la région.
Elle contacte toutes les organisations de défense de droits de l’homme dans la région, notamment celles qui ont travaillé avec les chefs locaux.
« Durant les mois de juin et juillet 2016, nous avons multiplié les décentes sur terrain. Grâce aux bons contacts avec les chefs traditionnels nous avons pu localiser beaucoup de survivants et des proches de victimes. ».
«La population nous a également beaucoup aidé et soutenu dans ce projet. Nous avons récolté les témoignages de 653 survivants. Je suis rentrée avec toutes ces interviews en Belgique. Il a fallu les traduire, les structurer, faire de nombreux montages… Cela a pris beaucoup de temps. »
« Au mois de février 2017 j’ai enfin pu lancer Beni Files, sous la forme à la fois de documentaire et de monument qui commémore les victimes oubliées de Beni », renseigne-t-elle.
« Ce documentaire en ligne reconstruit les attaques en montrant des fragments vidéos de témoignages des survivants qui décrivent les victimes. Vous pouvez y retrouver également des histoires spécifiquement sélectionnées, l’inventaire des victimes, des extraits d’émission de radio de la région au moment des faits, etc. », détaille-t-elle.
Au total, un inventaire de 1111 victimes est réalisé. « Au mois de mai j’ai lancé des vidéos en français et aujourd’hui je poursuis le travail pour pouvoir publier une fiche complète et une vidéo pour chaque victime ».
« La plupart des témoins parlent Swahili. Les vidéos sont quant à elles sous-titrées en néerlandais et en français. J’espère que je trouverais bientôt des gens qui pourront m’aider à traduire les témoignages en anglais. Cela aidera à montrer au grand public ce qui s'est réellement produit à Beni », dit-elle.
Sur le site de Beni Files les visiteurs peuvent laisser des messages de condoléances pour les victimes de Beni qui seraient restées inconnues sans ce projet.
« Beaucoup de victimes n’ont pas été enterrées. En attendant q’un vrai mémorial soit dédié aux victimes de Beni, j’espère que Beni Files sera un véritable monument virtuel pour commémorer ces victimes », poursuit la réalisatrice.
Beni Files a déjà été exposé entre autres, au Parlement fédéral de la Belgique. Durant le mois d’août le projet sera exposé à Den Haag, aux Pays-Bas, conclut-elle avec fierté.
Quelque 70 groupes et groupuscules armés, nationaux et étrangers, sévissent, aujourd'hui, dans l’Est de la RDC, soit trois fois plus qu’en 2008, selon des sources concordantes.
La plupart opèrent dans des zones potentiellement riches en terme de minerais et «se cachent derrière des revendications ethniques, politiques ou communautaires », avait récemment déclaré à Anadolu Omar Kavota, directeur du Centre d’études pour la promotion de la démocratie, la paix et les droits de l’Homme (Cepadho).