Esma Ben Said
16 Mars 2018•Mise à jour: 17 Mars 2018
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Plus de 57.000 congolais se sont réfugiés en Ouganda fuyant des violences interethniques et abus sexuels dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a indiqué vendredi l'ONU.
Au total, "plus de 57.000 réfugiés sont arrivés en Ouganda depuis janvier, alors que l'ONU tablait jusqu'à présent sur l'arrivée de 60.000 personnes pour toute l'année" a déclaré lors d’un point de presse à Genève Babar Baloch, un porte-parole du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).
Ces personnes proviennent de la province de l’Ituri dans le Nord-est congolais où des violences interethniques ont déjà fait une centaine de morts depuis mi-décembre – et du Nord-Kivu où l’armée s’affronte à une panoplie de groupes armés depuis plus de deux décennies.
"Nous craignons que des milliers d'autres arrivent en Ouganda si la sécurité ne s'améliore pas immédiatement en RDC", a alerté le porte-parole indiquant que plusieurs congolais arrivent en Ouganda étant "profondément traumatisés par la
violence. Beaucoup sont épuisés, affamés, assoiffés, malades".
La majorité des réfugiés arrivent en traversant le lac Albert à bord de bateaux de fortune. Début Mars, 7 réfugiés sont morts dans un naufrage d’une pirogue sur le même lac qui sépare la RDC de l’Ouganda.
Le HCR peine à se faire une image précise des événements en Ituri où des assaillants issus de la communauté Lendu (agriculteurs) attaquent des villages Hema (éleveurs), tuant les habitants.
"La violence prend des dimensions ethniques à mesure que les groupes tribaux prennent part à des attaques menées en représailles", s’est inquiété Baloch pointant plusieurs rapports.
"Il n’y a pas de conflit interethnique dans cette province", a recadré vendredi Henry Mova, ministre congolais de l’intérieur, s’exprimant à la presse depuis Goma (Est).
"Il s’agit de simples assaillants que les forces de l’ordre cherchent à neutraliser", selon cette autorité. Riche en Or, l'Ituri à connu dans les années 2000 un conflit foncier qui avait dégénéré en massacres entre Éleveurs Hema et Agriculteurs Lendu, qui possédaient alors pour chacun des clans une branche armée et des miliciens.
Les combats, qui portaient sur le contrôle de terres de cette région avaient fait plus de 60.000 morts, selon les ONG.
Cette violence avait pris fin grâce à l'intervention d'une force militaire de l'Union européenne (UE), essentiellement française, en 2003 dans le cadre de l'opération Artemis.