RDC – Parc des Virunga: Un écosystème à la croisée des conflits
- Onze organisations œuvrant pour la protection de l’environnement ont appelé au retrait des troupes du parc
Kinshasa
AA/Goma (RDC)-Gisenyi (Rwanda)/Fiston Mahamba
Créé le 21 avril 1925, le parc national des Virunga, anciennement parc Albert, est considéré comme la plus vieille réserve de conservation d’animaux en République Démocratique du Congo et en Afrique.
Classé site du patrimoine mondial en 1979 et site Ramsar en 1996, le parc des Virunga regorge de 200 espèces de mammifères et plus de 700 espèces d'oiseaux. En 2016, le journal américain New York Times avait décrit ce parc comme l’un de 52 endroits à visiter au monde.
Situé dans la province du Nord-Kivu, il s’étend sur 790 000 hectares allant des volcans de Virunga au massif de Ruwenzori (seule région de la RDC où il neige toute l’année). «Quelque 20 000 hippopotames fréquentent ses rivières, le gorille de montagne y trouve refuge, et des oiseaux en provenance de Sibérie viennent y passer l'hiver», écrit le site web de l’organisation des Nations-Unies pour la science et la culture, Unesco.
- Une manne pour le tourisme et le développement de la région
En 2014, le Fonds mondial pour l’environnement, WWF, estimait que le parc des Virunga pourrait créer 45 000 emplois en développant le tourisme, la pêche et sa réserve hydraulique.
Rouvert au public en 2010, le parc des Virunga accueille en moyenne 2 000 visiteurs par an, note un document du Fonds mondial pour l’environnement. «Une heure avec les gorilles coûte 400 dollars, une nuit sur le volcan 250 dollars par touriste», note la rubrique consacrée au tourisme du site web du parc national des Virunga.
Au passage, elle salue les efforts de personnes externes dans la promotion des activités de ce patrimoine mondial, faisant ici allusion au documentaire «Virunga» du cinéaste Leonardo Dicaprio qui avait été nominé aux Oscars en 2014.
Les gorilles de montagne sont la plus importante source des recettes touristiques de l’ordre de plus de 300 millions de dollars par an pour le massif des Virunga (RDC, Rwanda et Ouganda). Les populations riveraines sont également les plus grands bénéficiaires des activités autour de ce parc.
Entre 25 et 27 milles pêcheurs exploitent des activités aquatiques dans le lac Edouard, une partie du parc où la pêche est autorisée en vue d’encourager la conservation communautaire de cette aire.
Des infrastructures d’intérêt communautaire notamment les centrales hydroélectriques à Matebe, à Lubero et à Mutwanga construites sur le financement du parc des Virunga boostent l’essor industriel dans la région.
- Revirements des vieilles tensions autour du parc
Le 13 février dernier, les forces armées de la RDC et l’armée Rwandaise se sont affrontées dans une zone frontalière située au sein du parc des Virunga. S’en est suivi une série d’accusations mutuelles de violation respective de frontières. Le bilan avancé par les Forces Armées de la RDC est de six militaires tués dont trois corps avaient été remis par les Forces de défense Rwandaise à l’armée Congolaise le 18 février.
Le mécanisme conjoint de vérification, une structure de la conférence internationale sur la région des Grands-lacs a été saisie par les deux Etats en vue de mener une enquête et déterminer les responsabilités.
Mais en attendant les résultats de l’enquête, les deux pays maintiennent leur présence armée dans cette aire protégée.
-Les civils, les gorilles de montagne, l’écologie, le tourisme et l’économie, tous payent le prix
Cette présence inquiète au plus haut niveau les organisations environnementales de la région, qui alertent sur une forte menace de l’écosystème du parc de Virunga, victime déjà d’une présence des groupes armés.
Onze organisations œuvrant pour la protection de l’environnement ont saisi l’organisation sous-régionale, l’appelant à contraindre les deux pays au retrait des troupes dans l’espace du parc.
«Le parc national des Virunga ne cesse de subir de meurtrissures environnementales consécutives aux manœuvres militaires opposant des forces armées régulières et irrégulières» avait sonné l’ONG Virunga Yetu, basée à Goma.
Cette organisation souligne qu’outre les conséquences humanitaires liées aux déplacements massifs de populations de villages riverains au parc, cette présence armée expose les rares familles de gorilles de montagne, une espèce endémique et menacée d’extinction et perturbe l’équilibre écologique.
«Pendant que divers acteurs nationaux et internationaux s’emploient à restaurer l’écosystème fragile de ce plus vieux parc d’Afrique, longtemps détruit par la sanctuarisation de son espace par les groupes armés, ces affrontements entre deux pays signataires de traités internationaux garantissant l’intangibilité de frontières, sonnent comme un glas sur le lobby environnemental», avait dénoncé Gédéon Bakereti, membre de l’ONG Virunga Yetu.
- Le parc des Virunga renaît des cendres
Dans un communiqué rendu public le 2 mars, la direction du parc national des Virunga a annoncé la naissance de 7 nouveaux bébés gorilles en 6 semaines depuis le début de l’année 2018. Bonne nouvelle !
«Il y a dix ans, il n'y avait que 720 gorilles de montagne sur terre. Depuis lors, la population a atteint plus de 1000 habitants. La population de gorilles de montagne du parc national des Virunga étant l'une des plus rapides en croissance.
Plus de la moitié des gorilles de montagne de la planète vit dans son environnement naturel dans le massif des Virunga que se partagent la RDC, le Rwanda et l’Ouganda », note le communiqué.
La direction du parc des Virunga, estime que l’actuelle croissance de cette espèce est atteinte grâce au dévouement et au sacrifice des rangers qui risquent leurs vies pour protéger les gorilles de montagnes contre les braconniers et les rebelles.
Après une attaque contre l’une de ses patrouilles en aout 2017, l’institut congolais pour la conservation de la nature avait déclaré que huit éco-gardes avaient été tués jusqu’au mois d’août 2017. Ces chiffres portent à plus de 160 gardes ayant sacrifié leurs vies pour la protection du parc national des Virunga au cours des vingt dernières années.
Ils ne sont pas morts pour rien, paix à leurs âmes !
