Lassaad Ben Ahmed
12 Mars 2018•Mise à jour: 12 Mars 2018
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Médaillée d’or sur 800m, début mars, à Birmingham (Angleterre) lors des 17 èmes championnats du monde d’athlétisme en salle avec un chrono de 1’58’’31’’’, Francine Niyonsaba, 28 ans, ne cesse de surprendre.
Depuis 2012, la jeune Burundaise, grâce à son abnégation et sa détermination, a fini par se faire un nom dans le Gotha mondial de l’athlétisme.
Native de la commune Gisuru, province Ruyigi (à l’est du Burundi), frontalière avec la Tanzanie, à plus de 250 km de Bujumbura, Francine a grandi dans ce milieu rural, dépourvu de terrain de jeux ou de pistes d’athlétisme.
Contrairement à ses pairs africains, européens ou américains, qui ont eu la possibilité d’évoluer dans des clubs, d’avoir des entraîneurs compétents ainsi qu’une alimentation favorisant les performances sportives, la situation a été tout autre pour cette jeune fille burundaise, surnommée ‘’la flèche des pistes’’ ou ‘’ l’étoile filante’’, par les journalistes sportifs burundais.
Comme tous les enfants des zones rurales burundaises, pour se rendre à l’école dans les années 2000, Francine Niyonsaba se souvient qu’elle faisait de nombreux kilomètres à pieds ‘’escaladant’’ des montagnes et traversant des vallées sous un soleil de plomb.
« Quand on venait de l’école, nous faisions la course pour arriver à la maison avant la tombée de la nuit », confie-t-elle, notant qu’à cette époque, elle ne s’attendait pas à devenir une athlète internationale.
Comme c’est le cas aujourd’hui, des compétitions sportives étaient organisées en fin d’année scolaire. « Si il n’y avait pas eu les compétitions sportives interscolaires, je ne serais jamais allée à Bujumbura », déclare-t-elle, dans un entretien accordé à Anadolu.
Elle confie que c’est en 2011, après avoir été classée première dans la compétition interscolaire, tenue au camp militaire de Gitega (22ème bataillon) au centre du pays, que l’intérêt c’est porté sur elle.
« Une autre compétition des élèves originaires des pays d’Afrique de l’est a eu lieu en Ouganda et ça a été une occasion en or pour moi de me faire connaître », raconte-t-elle, indiquant qu’elle s’était également classée première lors de l’événement.
« Un déclic », car le Comité national olympique (CNO), séduit et surpris par ses performances, met tout en oeuvre afin qu’elle quitte Ruyigi et s’installe près du Lac Tanganyika et jouisse ainsi d’un meilleur encadrement.
Soucieux de relever leurs niveaux dans les compétitions interscolaires, deux écoles de Bujumbura se disputent l’accueil de l’athlète toujours scolarisée. C’est finalement le Lycée Vugizo, un des nobles établissements de Bujumbura situé à Kiriri dans le quartier huppé de la capitale, que Francine Niyonsaba intégrera la section Scientifique B. Une expérience de courte durée puisqu’une année après, elle rejoint le Lycée Scheppers de Nyakabiga.
Par ailleurs, le CNO continue de s’intéresser à la jeune athlète. A 20 ans, en 2012, elle effectue sa première sortie internationale. Destination : Porto-Novo (au Benin) pour les 18èmes championnats d’Afrique d’athlétisme.
Dans un style désordonné, se servant des quelques notions apprises dans les cours d’éducation physique et sportive (EPS) et des quelques compétences acquises lors des entraînements, à Bujumbura, effectués en dehors des heures de cours du Lycée, Francine Niyonsaba surprend tout le monde et termine les deux tours de piste en 2’04’’. Une consécration qui marque le début de sa carrière.
La même année, elle participe à ses 1ers Jeux Olympiques. Bien qu’elle ne parvienne pas à s’emparer d’une place sur le podium, elle termine l’année 2012 avec le second meilleur chrono mondial (1’56’’59).
De victoire en victoire, à Bruxelles, à Monaco,… l’année 2013 a été, pourtant, marquée par des hauts et des bas. En mai, au Diamond League à Shanghai, sa performance diminue légèrement et elle termine les 800 m avec un chrono de 2’00’’33. Elle garde un mauvais souvenir de cette année où une élongation, survenue lors d’un entraînement, l’éloigne des pistes des Mondiaux de Moscou.
Encouragée par ses aînés comme Vénuste Niyongabo, médaillé d’or aux Jeux Olympiques de 1996 à Atlanta, Dieudonné Kwizera, médaillé de bronze à Nairobi en 1987 aux Jeux Africains, Aloys Nizigama et bien d’autres encore, sa carrière connaît son apothéose en mars 2016 quand elle est sacrée championne du monde d’athlétisme en salle lors des championnats de Portland aux Etats-Unis.
Tour à tour, elle sera classée 2ème aux JO de Rio, 2ème aux Mondiaux en plein air de Londres.
Approché par Anadolu, l’ancien athlète burundais, Aloys Nizigama, confie : « Nous l’encourageons vivement. Sur pistes, elle est engagée et consciente de la tâche qui l’attend ». Pour lui, elle redonne espoir aux Burundais.