Fatma Bendhaou
21 Mars 2022•Mise à jour: 21 Mars 2022
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
L’Organisation médicale internationale Médecins sans frontières (MSF) a annoncé, lundi, la fermeture de ses projets vitaux dans les zones de Nizi et Bambu situées dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette lourde décision intervient « face à l’absence prolongée de garanties de sécurité de la part des différents acteurs qui s’affrontent dans la région », explique MSF dans un communiqué parvenu à l’Agence Anadolu.
« Cette situation est intenable et nous contraint à fermer ce projet », explique Olivier Maizoué, responsable des programmes de MSF pour la RDC. « Les risques sont tout simplement trop élevés pour MSF de retourner dans ces zones en confiance. Cette décision nous bouleverse, car elle va avoir des conséquences désastreuses pour une population dont les besoins sont aigus. Notre mission est de sauver des vies, mais pas au prix des nôtres », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Kinshasa.
MSF affirme qu’elle continuera, malgré tout, à apporter une assistance humanitaire en Ituri, à Drodro et Angumu où l’organisation est présente depuis plusieurs années. Pour Nizi et Bambu, des donations de médicaments et de matériel médical sont prévues pour aider les acteurs de santé à couvrir les mois à venir, selon l’organisation.
« Nous sommes toutefois bien conscients que ces donations isolées ne compenseront pas notre départ et porteront préjudice aux populations qui ont cruellement besoin de soins de santé », ajoute Olivier Maizoué.
La décision de fermeture intervient 4 mois après l’attaque perpétrée à l’encontre d’un convoi humanitaire de Médecins Sans Frontières par des hommes armés non identifiés.
Deux membres de MSF avaient été grièvement blessés par balles le 28 Octobre 2021, sur la route entre les localités de Nizi et Bambu dans le territoire de Djugu, situé dans la province de l’Ituri.
« Nous sommes inquiets face aux nombreuses attaques et aux pillages des structures sanitaires. Nous sommes profondément troublés par le climat d’impunité qui règne aujourd’hui dans cette partie de la RDC », souligne Jérôme Alin, chef de mission MSF en RDC.
« Nous savons que l’impunité alimente la violence », a-t-il affirmé.
Dès le lendemain de l’incident, MSF avait appelé publiquement les parties au conflit à deux réactions : la condamnation ferme de cette attaque et un engagement fort en faveur du respect du droit international humanitaire et de la mission médicale, à savoir les structures sanitaires, le personnel soignant, les ambulances, les patients et les blessés.
« MSF a également demandé aux autorités d'ouvrir une enquête sur cet incident grave, sans résultat à ce jour », regrette-t-elle dans un communiqué ayant précédé la conférence de presse. Cette attaque n’est que la dernière d’une liste d’incidents auxquels MSF a été confrontée en Ituri ces derniers mois.
En juin 2021, l'hôpital général de référence de la ville de Boga, soutenu par MSF, avait été sévèrement endommagé après des combats urbains. Douze personnes y avaient perdu la vie.
Plusieurs bâtiments, dont l'unité de soins intensifs, avaient été incendiés, et la pharmacie et le stock médical pillés.
Les zones abandonnées par MSF sont contrôlées par la Coopérative pour le développement du Congo (CODECO), selon les autorités. Les miliciens CODECO sont les principaux acteurs de la violence en Ituri, province riche en Or et frontalière avec l’Ouganda.
Ils ont pris en otage depuis le 16 février, 8 émissaires du Président Félix Tshisekedi venus négocier un cessez-le-feu et leur reddition. La milice a posé des conditions incluant l’arrêt des opérations et l’amnistie pour les miliciens pour la libération des otages. Née dans la fièvre des tensions entre ethnies en Ituri, vers 2017, la milice CODECO, est accusée d’une salve de massacres dans la province de l’Ituri.
Ses victimes se comptent chaque année par centaines, selon l’ONU, des milliers, d’après la société civile.
La milice est accusée de massacrer essentiellement des membres des communautés Hema et Alur, mais prétend défendre la communauté Lendu. L’Ituri est placé sous état de siège depuis Mi- 2021 par le président Félix Tshisekedi pour tenter d’enrayer la violence des groupes armés. Cette mesure a consacré la gestion de la province, des territoires et son chef-lieu Bunia par des officiers supérieurs de l’armée et de la police. Elle n’a pas permis de réduire la violence dans la province.