Nadia Chahed
17 Février 2017•Mise à jour: 18 Février 2017
AA/Goma ( RDC)/Joseph Tsongo
Fête de l'amour, la Saint valentin revêt, des fois, une triste dimension, notamment dans l'est de la RDC, où des couples se défont au lendemain de cette fête. Et pour cause la pauvreté qui empêche certains hommes d'offrir un cadeau à leurs dulcinées, qui elles, sont intransigeantes sur la question.
Nombreuses sont, en effet, celles qui n'hésitent pas à quitter leur homme si celui-ci manque à ses engagements en omettant de leur offrir un cadeau.
Mimétisme aveugle ou conviction selon les cas, la majorité des femmes congolaises accordent une importance de premier ordre à cette fête des amoureux. En témoignent les décorations, les spectacles de circonstances et autres festivités qui ont marqué la fête à Goma, chef lieu du Nord-Kivu, dans l'est congolais.
Goma était habillée de rouge pour la circonstance. Une couleur qu'on retrouvait aussi bien dans les vitrines, les décorations des cafés et des restaurants ainsi que sur les tenues des amoureux, rapporte le correspondant d'Anadolu. Des jeunes reconvertis en fleuristes ont investi les rues de la ville, proposant des roses rouges naturelles ou artificielles ainsi que toute sorte de gadgets en forme de coeurs.
Si pour les femmes cette fête est, incontestablement, une occasion pour célébrer l'amour, les hommes sont, quant à eux, divisés entre ceux qui refusent catégoriquement ce diktat et ceux qui jouent le jeu bien que "contraints de faire comme tout le monde".
Ils pensent presque tous que c'est une fête qui profite surtout aux commerçants et aux restaurateurs qui font flamber les prix.
Christian, un jeune marié de 28 ans, a offert à son épouse un parfum au nom évocateur de "Fidélité" et une rose portant un "I love you", Benjamin son voisin, ne l’a pas fait, faute de moyens, dit il à Anadolu. fait qui a hautement déplu à sa femme qui a quitté le foyer, le jour même. Benjamin ne cache pas son inquiétude de ne plus voir sa femme revenir. Il condamne au passage ces nouvelles habitudes venues d'ailleurs et qui menacent, selon lui, la cohésion des couples.
Comme Benjamin, beaucoup d'hommes de Goma n'ont rien pu offrir à leurs épouses pour la fête des amoureux. « Aujourd’hui, la majorité de nos femmes ne se contentent plus des mots, elles exigent des cadeaux, chers de préférence", dit Sylvestre un habitant de cette ville, se félicitant d'être toujours célibataire.
"Cette année, je n’ai pas pu acheter un cadeau à ma femme comme si je devais lui prouver que je l’aime encore. Elle a alors estimé qu'il fallait me quitter et est repartie chez sa famille", regrette Sadiki, la trentaine.
Cet engouement pour la Saint-Valentin ne manque pas de susciter inquiétude et critique de la part des plus anciens qui déplorent le mimétisme aveugle dans lequel tombent les jeunes générations.
"Cette fête devrait être bannie à jamais parce qu’elle repose sur des principes qui n'ont rien à voir avec la culture congolaise. Les femmes sont de plus en plus intransigeantes sur cette question parcequ'elle veulent copier les autres femmes", témoigne Roger Mbula, habitant de la ville de Goma.
Cependant, au delà des cadeaux et des fleurs, la Saint-Valentin est une occasion pour faire le bilan de la vie de couple et c'est qui explique que certaines femmes choisissent cette date pour quitter leur homme, explique Alain, un ressortissant rwandais, citant le cas d'une femme congolaise qu'on a vu arriver au Rwanda le jour de la Saint-Valentin, décidant de tout laisser derrière elle et de refaire sa vie sur place.
Ainsi la fête des amoureux finit-elle par détruire plus d'un couple au lieu de les consolider, déplore un autre jeune de Goma avant de conclure que les grands gagnants ne sont autres que les fleuristes qui font d'excellentes affaires, en proposant des fleurs ou des bouquets entier à des prix allant 2 et 30 dollars.