Mohamed Hedi Abidellaoui
13 Avril 2017•Mise à jour: 13 Avril 2017
AA/ RDC/ Joseph Tsongo
Échec des négociations politiques, divisions au sein de grands partis et de multiples déchirements sont observés, les signes avant-coureurs d’un chao généralisé sont de plus en plus visibles en République démocratique du Congo (RDC).
Ce tohu-bohu empêche les institutions de fonctionner normalement et provoque le mécontentement des gens et des militants. Déçus et désorientés, certains se détachent, en effet, des leaders et politiciens.
- Méfiance et aliénation
Mécontents du blocage, les gens sont également déçus par le comportement de certains politiciens qu'ils commencent à traiter « d'irresponsables », en raison de plusieurs scandales. « Je ne serai plus jamais membre d’aucun parti, parce qu’ils nous désorientent», assure un militant de l’UDPS (principal parti d’opposition).
Depuis décembre dernier, date à laquelle le mandat du président Joseph Kabila est arrivé à terme, les exclusions jaillissent de partout, des déclarations politiques chimériques, des suspicions mais aussi des démissions successives sont régulièrement enregistrées. Après la démission de Mata Mponyo, a été nommé Premier ministre Samy Badibanga, en vertu des accords du 18 octobre. Le pays s’est ainsi doté d’un nouveau gouvernement provisoire. Pendant ce temps, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a pris la houlette pour faciliter les négociations politiques. Un peu plus tard, le Premier ministre Samy Badibanga a démissionné de ses fonctions, au lendemain du discours de Joseph Kabila annonçant la nomination d’un nouveau Premier ministre.
Autre impasse : « Joseph Kabila a nommé Bruno Tshibala Premier ministre, alors que le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement (RASSOP), principale coalition de l’opposition, s’attendait à la nomination de Félix Tshisekedi, fils de l’opposant « historique » Etienne Tshisekedi récemment décédé à Bruxelles.
«La mort de l’opposant Etienne Tshisekedi a provoquée l’éclatement du RASSOP en plusieurs tendances rivales. Ce cas n'est pas isolé. Ces derniers temps, les mouvements politiques influents se déchirent et se scindent en de multiples ailes, compliquant davantage le jeu des alliances et provoquant des blocages au niveau des institutions de la République », affirme l’analyste politique Shopper Kasiki, approché par Anadolu.
Pour lui, cet état de fait ne fait que susciter dégoût et scepticisme chez des Congolais préoccupés, voire aliénés, par un vécu quotidien de plus en plus difficile. « De l’est au centre du pays ce sont des échauffourées qui marquent le quotidien des gens et de l’autre côté le taux de change hausse et la monnaie congolaise se dévalise par rapport au dollar. Ce qui déçoit encore les citoyens », explique-t-il.
- Abus de confiance
De la lassitude dans la cité. Et la population commence à exprimer son mécontentement. « Les politiciens se livrent à des luttes intestines en vue de doper leurs recettes et oublient qu’ils sont là pour nous. Ils ont beaucoup abusé de notre confiance», égrène, sous couvert d’anonymat, ce commerçant croisé dans un marché de kinshasa.
Traitant certains politiciens de « scélérats », sa voisine Josséphine Rutsuru dit, pour sa part, que ces mêmes politiciens « sont à l’origine de la misère dont souffrent la plupart des Congolais » et met en garde contre « une explosion sociale qui n’épargnera personne ».
« C’est le moment de se concentrer sur les élections. Plus question de divaguer sur d’autres thématiques à part les élections car plus on allonge le débat sur les postes, ceux qui sont au pouvoir, notamment Joseph Kabila, auront le temps d’en profiter pour s’y éterniser. Du coup, l’alternance politique voulue par les Congoalais restera lettre morte», prévient-il.
Accusés de toutes parts d'empêcher le pays de fonctionner normalement et de semer la zizanie, les politiciens congolais se renvoient la balle. Dans une récente déclaration sur les ondes d’une radio locale, le député Gilbert Kalinda, a estimé que le pouvoir s'acharnait à diviser l’opposition, afin de négocier plus facilement avec des formations dissidentes affaiblies.
«Bruno Tshibala, transfuge de l’UDPS a été nommé Premier ministre. Il existe aujourd’hui plusieurs factions au sein du principal parti de l’opposition. Cette configuration serait suicidaire pour un pays comme la République démocratique du Congo. D'autant plus que le pouvoir connaît lui aussi quelques divisions en son sein », met en garde l’analyste.
De son côté, le camp présidentiel accuse l’opposition de chercher à fomenter un coup d’Etat pour accaparer le pouvoir.
Frustrés et désappointés, les gens de la cité finissent par se détourner de la politique pour vaquer à leurs occupations.