Mohamed Hedi Abidellaoui
15 Mars 2017•Mise à jour: 16 Mars 2017
AA/ Kinshasa/ Joseph Tsongo
En République démocratique du Congo, l’abandon scolaire n’est plus une fatalité. Les écoles sont devenues plus attractives, étant plus impliquées dans le quotidien et le vécu des écoliers.
Dans plusieurs régions du pays et surtout dans la partie Est secouée par les conflits armés, les élèves du primaire reçoivent, depuis quelque temps, le repas de midi à l’école. Pâte de maïs et haricot constituent l’essentiel du repas offert par le Programme alimentaire mondial (PAM).
Les élèves sont devenus de plus en plus assidus. Même malades, ils ne désertent pas les bancs du savoir, plutôt ils se présentent à l’école avec un grand sourire barrant le visage. Manger et apprendre, semble être la formule magique pour les dissuader d’abandonner l’école et les instruire, en vue de garantir un avenir meilleur pour le Congo et les Congolais.
Aujourd’hui, plus de 155 000 élèves dans 326 écoles primaires bénéficient d’un repas par jour, selon le bureau du PAM en RDC. Ce repas sera distribué durant toute l’année scolaire 2016-2017.
Les écoles bénéficiant de ce programme sont situées dans les zones de conflits, où l’on trouve de nombreuses personnes déplacées, retournées et ou rapatriées.
Le correspondant d’Anadolu a fait le déplacement.
* Assidus et attachés à leurs écoles
Mardi, il est 11 heures à l’école primaire de Ntamugenga, au Nord-Kivu. La cloche sonne. Les élèves en uniforme bleu et blanc courent, hilares, vers la cuisine. Sous les yeux de leurs enseignants, ils se rangent en file indienne devant une dizaine de cuisiniers, occupant un immense hangar couvert de bâches. Les apprentis du savoir s’assoient sur des bancs en bois devant des tables de fortune.
« C’est délicieux ! » s’écrie l’un d’entre eux. La satisfaction est quasi- générale, à l’exception de quelques-uns, déplorant, à voix basse, l’insuffisance de la quantité. Rapidement, le restaurant se vide. Les plus jeunes remettent leurs assiettes aux plus âgés, chargés de faire la vaisselle.
Rwaramba, un des cuisiniers, affirme que les élèves se sont habitués à la nouvelle démarche, depuis le lancement du programme du PAM, il y a trois ans. Parents et enseignants sont, quant à eux, aussi ravis. Ils ont constaté que, mieux nourris, les enfants sont plus en forme et moins nombreux à abandonner l’école.
Nzaba Emmanuel, directeur de l’école primaire Kabizo, en convient. Le taux d’abandon dans son école était de 15,5 % avant l’instauration des cantines scolaires. Actuellement, précise-t-il, tous les enfants se présentent à l’école, de bonne humeur. « Même ceux qui sont malades préfèrent rester à l’école plutôt que de rentrer chez-eux pour bénéficier de la ration journalière», dit-il.
L’alimentation scolaire en RDC coûte annuellement 55 dollars US par écolier, selon le bureau du PAM. « Investir dans ce type de programme, c’est poser les fondements essentiels pour que les générations futures puissent croître et prospérer», note la plus grande agence humanitaire pour la lutte contre la faim dans le monde, dans un communiqué.
* Sauvés de la déperdition
En raison des conflits et des mauvaises récoltes des dernières saisons culturales, générées par une grande sécheresse, les habitants n’ont quasiment plus rien à donner à leurs enfants. Certains élèves, n’ayant pas assez mangé chez-eux, s’endormaient pendant les cours.
Ceux qui ne pouvaient pas résister à la faim faisaient l’école buissonnière, à la recherche de fruits dans les champs, aux alentours. Cela n’a pas été sans conséquences néfastes, selon le directeur de l’école primaire de Ntamugenga. Trois élèves sont un jour tombés en syncope dans la brousse, alors qu’ils étaient allés chercher quelque chose à se mettre sous la dent. C’est grâce à une femme bienfaisante qui cherchait du bois de chauffage dans les environs qu’ils ont été retrouvés et sauvés.
Pour venir en aide à ces enfants fragiles, au Nord-Kivu et plus particulièrement dans le territoire de Rutshuru, 44 écoles et un centre de formation professionnelle sont assistés par le PAM, dans le cadre d’un projet conjoint avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et le gouvernement congolais.
Incitant les parents à fournir aussi plus d’efforts pour nourrir leurs enfants, les autorités scolaires leur ont demandé d'y participer, d’une manière ou d’une autre. Tout parent est ainsi tenu d’apporter une bûche. «Quiconque ne veut pas donner de ce morceau de bois taillé pour le chauffage, doit participer à la préparation des repas», affirme un jeune homme, soulignant que la situation s’est améliorée depuis le lancement de ce programme d’alimentation.
Des difficultés pointent, par delà, à l’horizon, se désole le directeur d’enseignement de l’école primaire Kiwanja. « Les stocks de nourriture sont épuisés et nous ne savons pas si le PAM va continuer de donner à manger à nos enfants. Nous sommes inquiets», fait-il observer.
Se voulant rassurant, un cadre de ce programme qui s’occupe des Cantines scolaires en province, a indiqué à Anadolu qu’il ne s'agit que d'une simple rupture de stocks et que le programme va poursuivre ses oeuvres, dans l’est du pays.
En RDC, ce programme d’alimentation scolaire a, par ailleurs, pratiquement atteint la parité en termes de bénéficiaires. Selon le PAM, on compte 49,7 % de filles bénéficiaires contre 50,3% de garçons, dans les écoles assistées.
Mis en œuvre depuis 2003, ce programme s’est avéré de plus en plus efficace ces dernières années.