RDC : les pourparlers de paix fragilisés par une méfiance persistante
- Ce nouveau cycle de pourparlers intervient un mois seulement après que la RDC et une coalition de groupes armés, dont le M23, ont signé un accord de cessez-le-feu appelé la Déclaration de principes.

Kigali
AA/Kigali/ James Tasamba
De nouvelles négociations entre la République démocratique du Congo (RDC) et les rebelles du M23 ont repris la semaine dernière à Doha, mais des experts mettent en garde contre le risque d’un enlisement du processus avant la conclusion d’un accord de paix global.
Malgré la médiation internationale du Qatar et des engagements déjà pris sur le papier, des questions telles que la méfiance, la libération des prisonniers et les différends liés au contrôle territorial continuent de peser lourdement sur l’un des conflits les plus longs d’Afrique.
Ce nouveau cycle de pourparlers intervient un mois seulement après que la RDC et une coalition de groupes armés, dont le M23, ont signé un accord de cessez-le-feu appelé la Déclaration de principes.
Bien que cet accord ait été salué comme une avancée, les deux parties s’accusent depuis de violations de ses termes, tandis que les combats se poursuivent dans l’est du Congo.
– La libération des prisonniers comme point de blocage
Une source diplomatique proche de la médiation a déclaré à Anadolu que la délégation du M23 était arrivée à Doha avec pour priorité la libération de ses membres détenus plutôt que la finalisation d’un accord de paix global.
« La délégation du M23 est à Doha pour discuter des mécanismes de cessez-le-feu et de la libération de ses membres arrêtés par le gouvernement, et non pour négocier un accord de paix. La libération des prisonniers du M23 sera une étape cruciale vers une trêve globale », a indiqué cette source.
Kinshasa reste toutefois prudent à l’idée d’accorder de telles concessions sans engagements plus fermes de la part des rebelles. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a confirmé que les négociateurs congolais s’étaient également rendus à Doha, tout en reconnaissant que des désaccords majeurs subsistent.
– Projet d’accord : ambitieux mais contesté
Le Qatar a soumis un projet d’accord prévoyant une feuille de route progressive vers la paix. Le document appelle au rétablissement de l’autorité de l’État dans les zones actuellement sous contrôle rebelle, sous la supervision d’une « Force spéciale intérimaire » dotée d’un mandat de cinq ans. Parmi les autres dispositions figurent un dialogue national en 2025, des élections régionales en 2027 et la création d’une commission vérité et réconciliation.
Mais la proposition suscite de vives contestations. Kinshasa s’oppose à la force tampon, redoutant qu’elle ne compromette la souveraineté nationale, tandis que le M23 refuse de céder les territoires conquis.
« Sur le terrain, la situation est complexe, car le M23 contrôle encore plusieurs localités et a même installé une administration parallèle », a souligné la source diplomatique.
L’expert en gouvernance basé au Rwanda, Raphaël Nkaka, a partagé ces inquiétudes : « Avec une force spéciale, le gouvernement ne pourra pas revendiquer le contrôle de ces zones, d’autant que les rebelles continuent d’affirmer leur autorité en nommant leurs propres administrateurs. »
– Une paix fragile bâtie sur la méfiance
Au cœur du conflit se trouve le rôle contesté du Rwanda. L’ONU et Kinshasa accusent Kigali de soutenir le M23, ce que le Rwanda a toujours nié.
Néanmoins, le contrôle territorial du M23, y compris sur les capitales provinciales de Goma et Bukavu prises plus tôt cette année, alimente les spéculations sur un appui extérieur et suscite des doutes quant aux intentions réelles des rebelles à long terme.
Les analystes soulignent que les enjeux dépassent le cadre congolais. Le conflit a déplacé 7 millions de personnes, faisant de cette crise l’une des plus graves au monde sur le plan humanitaire. Un accord durable nécessiterait une coopération régionale, mais la méfiance persistante entre la RDC et le Rwanda complique l’équation.
Pour de nombreux observateurs, la crédibilité des différentes parties reste incertaine.
Nkaka estime que les rebelles utilisent la poursuite des affrontements pour afficher leur force. « Les rebelles veulent montrer qu’ils ne participent pas aux discussions en position de faiblesse », a-t-il déclaré, ajoutant que leur refus de céder du terrain mine la confiance dans le processus.
Evariste Kamba, du Conseil interreligieux du Congo, a insisté sur la nécessité de reconstruire la confiance mutuelle à travers des concessions progressives.
« La volonté de Kinshasa de libérer des prisonniers pourrait y contribuer. Mais si le M23 insiste pour obtenir la libération de ses membres avant de signer un accord de paix, cela alimente les soupçons selon lesquels le mouvement agit comme un relais d’intérêts étrangers combattant pour sécuriser des ressources plutôt que pour une paix véritable », a-t-il expliqué.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
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