Mohamed Hedi Abidellaoui
13 Mars 2017•Mise à jour: 13 Mars 2017
AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Faisant les frais d’interminables tractations politiques, la dépouille de l’opposant congolais Etienne Tshisekedi est encore gardée dans une morgue à Bruxelles. Faute de consensus politique et social sur ses funérailles, tant attendues à Kinshasa, les proches et compagnons du défunt n'ont toujours pas pu dire adieu à leur leader "historique".
Impatients d’accueillir triomphalement la dépouille de « Ya Tshitshi », les « combattants » (surnom attribué aux jeunes militants de l’opposition) ont séché les larmes et repris le ring de la politique d’Etienne Tshisekedi : « s’opposer, encore s’opposer et toujours s’opposer ».
Etienne Tshisekedi « sera inhumé ici au siège de son parti à Kinshasa, sinon à Bruxelles ; point-barre … on a en assez », a affirmé, samedi, à Anadolu l’évêque Gérard Mulumba, chef de famille et frère cadet d’Etienne Tshisekedi. Ce dernier est décédé le 1er février dernier des suites d’une embolie pulmonaire.
Etienne Tshisekedi a su affronter Mobutu Seseseko (président de 1965 à 1997), Laurent-Désiré Kabila (chef de l’Etat de 1997 à 2001), puis, Joseph Kabila (au pouvoir depuis 2001), sans recourir aux armes dans ce pays, où sévissent plusieurs dizaines de groupes armés dans l’Est, se félicitent ses partisans.
Au siège de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), les cérémonies d’hommage populaires ont pris fin. Les autorités de la ville campent, elles, sur leur position et les travaux entrepris dans l’espace réservé pour l’inhumation de Tshisekedi ont été interrompus, depuis la "volte-face" de sa famille et de son parti qui trouvent « dédaignant et insultant » d’inhumer l’opposant « historique » au cimetière de Gombe.
« Un cimetière ou rien, c’est loin d’être une affaire d’Etat, nous (le gouvernement) avons exclu définitivement l’option d’inhumer l’illustre disparu dans un site autre qu’un cimetière. C’est en conformité avec la loi, on ne peut pas inhumer Tshisekedi dans un site urbanisé et habité », a déclaré à Anadolu Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais, dirigé par Samy Badibanga, l’ancien conseiller politique de Tshisekedi.
L’UDPS estime que Badibanga ne peut pas organiser les obsèques officielles de son « ancien maître » qu’il a trahi en acceptant , en novembre dernier, le poste de premier ministre, proposé par le président Joseph Kabila, contrairement à la position de sa famille politique.
Cette longue attente est aussi « politique », car elle met en évidence les négociations censées sortir le pays de la crise politique, née de l’impossibilité d’organiser les élections dans le délai [novembre 2016]. Les évêques catholiques qui assurent la médiation dans l’actuelle crise en RDC avaient décrété une trêve politique jusqu’à l’enterrement de Tshisekedi.
« Cette impasse relative aux funérailles de Tshisekedi peut jouer en faveur d’un deuxième report des élections, surtout que les négociations censées formaliser la mise en place du gouvernement chargé de les organiser d’ici décembre 2017, sont formellement suspendues », estime un diplomate africain approché par Anadolu à Kinshasa.
D’après le même diplomate qui a requis l’anonymat, cette question de funérailles risque de profiter pleinement au camp présidentiel qui « n’aura pas du mal à prolonger le maintien de Joseph Kabila à la tête du pouvoir d’un mois ou encore d’un an supplémentaire».
Décédé à l’âge de 84 ans, Etienne Tshisekedi, "boycotteur incorruptible, malheureux et populaire" a incarné à lui seul l'opposition congolaise pendant près de 37 ans. Il a infatigablement lutté de manière pacifique, sans cesser de rêver qu’il allait un jour occuper la présidence congolaise.
Un mois après son décès et avant son inhumation, son fils Félix Tshisekedi , secrétaire général adjoint de son parti, l’UDPS, lui a succédé à la tête de la plus grande et importante coalition de l’opposition congolaise, le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.