Lassaad Ben Ahmed
24 Avril 2019•Mise à jour: 25 Avril 2019
AA / Kinshasa/ Pascal Mulegwa
La province du Nord-Kivu dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) est menacée par une grave crise alimentaire, a alerté mercredi le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC).
Cette menace pèse essentiellement sur partie nord de la province, frappée par l'épidémie d'Ebola ayant déjà causé 880 morts en neuf mois,
"Au cours des trois premiers mois de l'année, la faim dans la province a augmenté de 31 à 66% parmi les familles déplacées et les communautés les accueillant", affirme l'ONG, dans un communiqué dont Anadolu dispose d'une copie.
Dans cette province riche en minerais, la crise alimentaire est nourrie par les conflits et l'insécurité, les déplacements, une série de mauvaises récoltes et à la perturbation des activités économiques.
Des conflits interethniques ont poussé la majorité des familles à fuir et à abandonner leurs champs, ce qui a conduit à des mauvaises récoltes, selon l'ONG.
Ces conditions, conjuguées au faible financement des opérations humanitaires dans la région, ont poussé plusieurs organisations humanitaires à mettre fin à leurs activités dans la province du Nord-Kivu entre 2017 et 2018.
Dans deux territoires (Beni et Lubero) de cette province l'actuelle épidémie d'Ebola qui frappe également la province de l'Ituri, a aggravé la crise.
"Les familles touchées par Ebola ont perdu l'accès à la nourriture et sont au bord de la malnutrition. Ebola ne peut pas être éradiqué si les gens restent affamés", prévient le Conseil norvégien pour les réfugiés.
"La lutte contre le virus Ebola ne doit pas faire oublier au monde entier que des millions de Congolais ne trouvent pas assez à manger", prévient Maureen Philippon, directrice du NRC en RDC.
- Abandon forcé du travail
Les personnes infectées ou soupçonnées d'être infectées par le virus Ebola sont forcées d'abandonner leur travail lorsqu'elles sont sous surveillance.
"Nous sommes profondément préoccupés par le fait que la communauté internationale sacrifie une crise au profit d'une autre, au lieu de considérer l'ensemble de la situation, et maintenant la population en souffre encore davantage (...) Nous devons repenser la façon dont nous répondons à ces besoins", a averti Philippon, dans le même communiqué.
"Les gens sont beaucoup moins susceptibles de demander un traitement ou d'être traités avec succès pour le virus Ébola si leurs besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits", a ajouté Philippon.
"Si nous continuons sur cette voie, nous serons confrontés à une double vague de maladies et de pertes en vies humaines bien plus tôt que nous ne le pensons", prévient-il.
Plus grand pays d'Afrique subsaharienne, la RDC qui dispose de terres arables non exploitées, a enregistré une augmentation de la faim de 70% entre 2017 et 2018, selon l'ONU.
Au même rang que le Yémen, l'Afghanistan, l'Ethiopie, la Syrie et le Soudan, la RDC fait partie des pays frappés de manière "disproportionnée" par la crise alimentaire en 2018, d'après l'ONU.
Avec des épidémies meurtrières déclarées chaque année, des conflits armés incessants et l'activisme des rebelles étrangers sur son territoire depuis plus de 20 ans, le Congo-Kinshasa reste classé parmi les pays qui traversent une crise humanitaire jugée "catastrophique" par les ONG.