AA/ Beni(RDC)/ Fiston Mahamba Larousse
Sur les 700 mille Musulmans que compte la République Démocratique du Congo (RDC), le territoire de Béni (Est) abrite environ 35 mille, soit 5% de la population musulmane congolaise.
Accusés de connivence avec des rebelles ougandais qui perpétuent des exactions dans la région, ces Musulmans subissent stigmatisation, discrimination et autres tracasseries.
Afin de remédier à ce dangereux amalgame, la "Fondation de la Lumière pour les affaires islamiques" (FLAIS) s'est lancée dans la lutte contre la stigmatisation et les préjugés infondés, s’engageant dans la sensibilisation des populations non-musulmanes aux nobles valeurs de l’Islam.
La Fondation s’est ainsi assignée comme but d’éduquer une vingtaine de jeunes de la région de Béni afin de les doter des compétences nécessaires pour la compréhension de la religion musulmane et leur permettre ensuite de mieux communiquer sur les vraies valeurs de cette religion dans leur communauté.
«Cette initiative aidera les populations non-musulmanes à distinguer entre Islam et extrémisme», déclare à Anadolu Sheik Omar Abdallah Muhindo, coordonnateur de la FLAIS.
Pour lui, les jeunes qui assisteront à des débats portant sur l’histoire de l’Islam, ses origines et ses valeurs, pourront contribuer à restaurer la fausse image qu’ont certains Congolais de cette religion.
Diversifiant les méthodes dans l’objectif de mieux informer sur l’essence de la religion musulmane, la Fondation a, également, lancé des émissions radiophoniques visant un meilleur rapprochement entre Chrétiens et Musulmans, fait observer Cheikh Muhindo.
«Dans l’une des émissions que j’anime, j’essaie de montrer au public cible que l’Islam n’a jamais prêché le terrorisme. Le Saint Coran prône l’humilité, la paix, la tolérance et d’autres nobles valeurs. Jamais la violence », ajoute le coordonnateur de la Fondation. Il dit, en outre, appeler Chrétiens et Musulmans à s’unir face à l’ennemi pour le vaincre.
Depuis plus de deux ans, l’Est de la République démocratique du Congo est le théâtre de massacres ayant fait plus de mille morts, selon des associations locales et des organisations de défense des droits de l’homme.
Tout comme le reste des communautés, les Musulmans ont perdu certains des leurs dans les attaques menées par les rebelles ougandais (ADF). Ils continuent aussi à payer le lourd tribut de la supposée confession musulmane des assaillants.
Vers la fin du mois d’août, la justice congolaise a ouvert un procès contre de présumés auteurs de plusieurs massacres à Béni. Lors de la comparution devant le juge, trois rebelles ougandais ont déclaré avoir été recrutés par des "prédicateurs musulmans". Les services de sécurité, eux, ont confirmé que "certains prédicateurs musulmans contribuent au financement de la rébellion ougandaise".
Les populations non musulmanes ont, depuis, développé un comportement islamophobe. Une sorte de méfiance s’est aussi installée dans la région entre les diverses communautés, avec un rejet prononcé à l’égard des Musulmans.
Yassin Kombi, journaliste correspondant de la Radio Kivu1 dans la région de Béni, en a vécu l'amère expérience. Chrétien converti à l'islam il y a quelques années, il a couvert les massacres pour cette radio basée à Goma.
Dans une déclaration à Anadolu, il reconnaît qu'il est "très difficile de couvrir un événement qui fait suite à une tuerie commise par des rebelles à Béni, quand on est musulman".
Selon lui, "certains habitants de la région considèrent que la tenue des musulman est un signe d'appartenance à la rébellion Ougandaise ADF, surtout dans le milieu urbain, où les gens semblent tout ignorer de la religion musulmane".
Face à la stigmatisation dont elle a été assujettie, la communauté musulmane de la province du Nord-Kivu a, via son représentant légal Cheikh Aly Mwinyi, appelé le 14 septembre dernier le gouvernement congolais à collaborer avec sa congrégation avant de délivrer des visas aux prédicateurs musulmans étrangers.
«Nous demandons aux autorités congolaises de demander d’abord l’avis de la communauté islamique avant d’octroyer des titres de séjour à toute personne qui entre en RDC pour toute activité de prédication», affirme à Anadolu Sheik Omar Abdallah Muhindo, coordonnateur de la Fondation de la lumière pour les affaires islamiques.
Aucune réaction n'a pu être obtenue auprès des autorités congolaises au sujet des activités de ladite Fondation.
La ville de Béni se situe à proximité du parc national des Virunga et 80% de sa population vit de l’agriculture. La FLAIS, fondée en 2010, œuvre aussi à la promotion de l’agriculture familiale, afin d’améliorer la condition des gens. Mais ses résultats demeurent « modestes », faute de financements suffisants.
D'ailleurs, les Musulmans qui la finançaient ont cessé de le faire, depuis la multiplication des attaques et des campagnes de dénigrement ciblant la communauté musulmane. Son coordonnateur dit, au demeurant, compter sur les Musulmans du monde et sur la communauté internationale pour davantage de soutien.