AA/Kinsahsa/Joseph Tsongo
Il y a de cela 17 ans, jour pour jour, l’ancien président congolais Laurent Désiré Kabila fut assassiné.
Le 16 janvier 2001, le père de l’actuel chef de l’Etat congolais, au pouvoir depuis mai 1997 a été tué par l’un de ses gardes du corps.
Il avait été à la tête de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération, AFDL, un mouvement rebelle ayant renversé le pouvoir du président Mobutu. Les souvenirs que des Congolais gardent de celui qu’on surnommait affectueusement «Muzee» ou le sage en Swahili de l’Est.
Homme de conviction et nationaliste d’une part, auteur de l’invasion étrangère et mauvais diplomate d’autre part, Laurent Désiré Kabila a laissé les Congolais divisés sur l’évaluation de son bilan tout au long des années où il était à la tête de l’actuelle République démocratique du Congo.
Pour monsieur Mandela Kihokolo, activiste de paix, Laurent Désiré Kabila était un homme juste et sans complaisance à l’égard de ses collaborateurs : «à son époque, il n’y avait pas question de corruption et les portes de prisons étaient ouvertes même aux généraux, aux gouverneurs, aux ministres et membres de son cabinet ou ses familiers…», se souvient-il, parlant d’un homme droit ayant valorisé le secteur agricole et facilité les échanges commerciaux à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.
L’époque du «Muzee», selon Kihokolo, était autant caractérisée par la majoration de la solde des fonctionnaires de l’Etat et la valorisation de la monnaie nationale (le franc congolais).
«Laurent Désiré Kabila était un visionnaire et il était plus pragmatique, il voulait très vite voir des bons résultats sur tous les plans… aussitôt qu’il arrive au pouvoir, le Zaïre recouvre son ancienne appellation (Congo), le fleuve aussi… Le franc congolais remplace le nouveau Zaire de Mobutu, l’hymne national et la devise du pays sont également changés», explique Munyangeyo, une institutrice sexagénaire.
Elle reconnait avoir touché un salaire de 100$ seulement à l’époque de celui qu’elle appelle tendrement Muzee : «il a stabilisé l’économie du pays et la vie était devenue facile mais il est vite mort».
Une lueur d’espoir ayant vite laissé place au chaos ?
En mettant fin à la dictature de Mobutu, Laurent Désiré Kabila accueilli en libérateur, a offert aux Congolais l’espoir d’un lendemain meilleur. Lequel espoir a vite disparu après sa mort, selon une grande partie de Congolais.
«C’était prévisible, il est venu avec la guerre et, après, il a trahi ses parrains qui l’ont aidé à conquérir le pouvoir… Voilà ce que nous héritons de lui aujourd’hui, les groupes armés et des guerres sans fin», indique Amos Mbuto, candidat à l’école nationale d’administration à Kinshasa.
Celui-ci trouve abusif d’appeler Laurent Désiré Kabila le libérateur : «C’est du chamboulement qu’il a laissé derrière lui, s’il était vraiment le libérateur, le pays serait sur la trajectoire de la croissance économique et du développement», souligne-t-il.
Bien d’autres congolais partagent, comme lui, des mauvais souvenirs de Laurent Désiré Kabila.
C’est l’exemple de Maurice : «Muzee a vendu le pays, il a introduit les enfants dans l’armée (kadogo), il a amené les troupes rwandaises et ougandaises, il a fragilisé l’armée congolaise et c’est de lui que nous héritons ce déluge de pillage de nos biens…», indique ce paysan éleveur, vivant dans l’Est du pays.
Laurent Désiré Kabila a prôné la philosophie d’auto-prise en charge, mais son règne a été de très courte durée, se plaint Eric Muhindo, finaliste à l’université Evangélique en Afrique (UEA).
Pour lui, le chaos s’est vite installé dans le pays après sa mort, parce qu’il avait aboli la constitution et laissé régner un vide juridique : «malgré cela, tout le monde l’appelait Muzee», retient-il.
Selon Eric Muhindo, Laurent Désiré Kabila a hérité ce surnom de l’Est du pays, région essentiellement Swahiliphone, où il a vécu longtemps : «paraît-il qu’on a découvert en lui une certaine sagesse, parce qu’ici, le mot Muzee découle de la sagesse».
Arrivé au pouvoir en mai 1997 après avoir éjecté le maréchal Mobutu, Laurent Désiré Kabila a été vite assassiné par l’un de ses gardes du corps le 16 janvier 2001 au palais de Marbre à Kinshasa, capitale du pays.
Ce mardi 16 janvier 2018 marque, donc, le 17ème anniversaire de l’assassinat de celui que des Congolais ont surnommé «Muzee» ou le sage.