AA/ Rutshuru (RDC)/ Joseph Tsongo
Alors que toutes les femmes en parlent, en famille ou sur les médias, Gisèle, marchande de légumes dans l'Est de la RD Congo, ignore jusqu'à l'existence d'une Journée mondiale de la femme, célébrée le 08 mars de chaque année.
Elle a des soucis autrement plus importants, "gagner sa vie et faire vivre ses six enfants ", dit elle à Anadolu.
"L'émancipation et la liberté, c’est un luxe pour les femmes qui ont fait des études, pas pour nous qui cherchons juste à vivre", renchérit-elle.
Veuve d'une quarantaine d'année, Gisèle a six enfants à charge. Pour subvenir à leurs besoins elle vend des légumes à Kibumba, un petit village à 30 km de Goma, capitale provinciale du nord-Kivu (est de la RDC).
Kibumba, est connu pour la fertilité de son sol où on cultive des poireaux, des choux, des pommes de terre, des épinards et bien d’autres légumes que les femmes du village proposent, tout frais, aux passants. D'ailleurs, certaines installent leurs étals tout au long de l'artère principale liant le village au centre de la ville, avant même la levée du jour, par mi elles, Gisèle Mbarushimana.
Rencontrée par Anadolu à la veille du 8 mars, journée mondiale de la femme, Gisèle oscillait entre crainte et espoir, ne pensant qu'à vendre ses légumes et à rentrer rapidement chez elle.
Les vendeuses ambulantes font désormais face à nombre de tracasseries, dit-elle, citant, entre autres les harcèlements de la police qui leur impose des "taxes fictives" et le danger véhiculé par d'éventuels violeurs et voleurs.
Espoir de trouver un bon prix pour sa marchandise et angoisse de voir débarquer les agents de la police, ainsi le quotidien de Gisèle est-il fait, loin des discours sur l'émancipation des femmes et l'égalité homme-femme.
" Parler du 08 mars équivaut à une insulte pour toutes le femmes qui peinent à survivre", estime Gisèle qui critique le "tapage fait par les citadines autour de cette date".
" j'ai entendu que le mois de mars est le mois de la femme, mais je crois que certaines en sont exclues, moi en premier", déplore encore Gisèle, allant jusqu'à accuser ces femmes de profiter de cette date " stratégique" pour décrocher des financements auprès des bailleurs de fonds et autres institutions internationales.
Gisèle qui gagne environ 600 Fc par jour, soit un peu moins de un dollar, se sent très loin de ces femmes qui parlent d'équité, qui improvisent des séminaires sur le femmes rurales et ne "pensent même pas à associer ces femmes".
Si les soucis de Gisèle divergent de ceux des femmes du 08 mars, elle incarne pourtant un cas édifiant en matière d'injustice et de discrimination faites aux femmes.
Elle a, en effet, été chassée par sa belle famille au lendemain du décès de son mari. Ainsi rejetée avec ses six enfants, elle a du compter sur elle même pour faire vivre sa progéniture. Ce qu'elle a jusque là réussi à faire, courageusement et sans l'aide de personne, s'enorgueillit-elle.
Pourtant, se désole-telle, "j'aurai bien souhaité que ces femmes bien instruites et qui se vantent de vouloir être l'égale de l'homme soient présentes pour me défendre et rétablir mes droits".
Ces femmes dont certaines ont étudié le droit devraient d’abord mener des enquêtes approfondies sur la situation des femmes rurales afin de mieux leur venir en aide, ajoute celle qui dit ne plus rien attendre de la part des politiques.
"À différentes occasions, dans les discours officiels, on nous promet une assistance qui n’arrive jamais", relève-t-elle.
«Souvent, je ne réussis pas à tout vendre et les légumes pourrissent entre mes mains. Des fois j'attends jusqu’à la tombée de la nuit", ajoute Gisèle qui redoute de rentrer les mains vides chez elle.
En dépit de la fatigue et d'une certaine lassitude qui la gagne des fois, Gisèle Mbarushimana reste persuadée qu'elle continuera à vendre ses légumes, notamment en ce mercredi 08 mars.