Mohamed Safwene Grira
27 Février 2017•Mise à jour: 27 Février 2017
AA/ Kinshasa/ Pascal Mulegwa
Principale plateforme d’opposition en République démocratique du Congo (RDC), le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement doit rapidement trouver un successeur à son leader Étienne Tshisekedi, décédé le 1er février, alors que le pays est toujours fragilisé par une crise politique.
Or, le sphinx est parti sans testament politique ni mot d’ordre à l'attention de la plateforme qu’il dirigeait. Son décès a fait basculer les composantes de sa plateforme dans une guerre de succession avant même son inhumation, attendue dans les prochains jours.
Le Rassemblement, issu du conclave de l’opposition, en juin 2016 à Bruxelles, se cherche un nouveau leader qui pourra remplacer Étienne Tshisekedi au conseil des sages de la plateforme et au conseil national de suivi de l’accord de transition (CNSA). Tshisekedi avait été désigné à ce poste en vertu de l’accord de transition signé le 31 décembre dernier.
Depuis le début de la semaine dernière, des leaders de l’opposition multiplient les réunions pour désigner un dauphin à « Ya tshitshi ». Ce successeur présentera à Joseph Kabila trois candidats au poste de premier ministre du gouvernement de transition qui dirigera le pays jusqu'à l’organisation d'élections en décembre 2017.
Une commission a été mise en place pour statuer sur les ambitions des uns et des autres. "Je suis bel et bien candidat pour succéder à Tshisekedi" lâche à Anadolu Jean Bertrand Ewanga présenté par l’Alternance pour la République (AR). Cette formation de l'opposition qui fait partie du Rassemblement soutient, par ailleurs, la candidature de l'ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi à la présidentielle.
À côté d’Ewanga, se trouvent quatre autres candidats: Martin Fayulu, Pierre Lumbi, Lisanga Bonganga et Joseph Olenga Nkoy, tous présidents de partis politiques du Rassemblement.
Cette course a aussi ravivé une méfiance entre les deux clans du Rassemblement, les partisans de Moïse Katumbi et ceux de Tshisekedi. "Les partisans de Moïse Katumbi eux n’inspirent guère confiance à quiconque dans cette coalition", selon la déclaration à Anadolu de Joseph Olengankoy, ancien proche de Tshisekedi et président des Forces novatrices pour l'union et la solidarité (FONUS-opposition membre du Rassemblement).
"Tous les compagnons de Katumbi (le G7 composé de frondeurs du camp présidentiel et l'Alternance pour la République) devraient éviter de se pointer pour remplacer Tshisekedi. Ils font encore office de stagiaires au sein de l’opposition, ils ne peuvent pas aspirer à remplacer Thisekedi", a tancé Olengankoy, candidat de son parti et du groupement de la Dynamique de l’opposition, un autre regroupement au sein du Rassemblement.
De son côté, le G7 estime être le deuxième poids lourd du Rassemblement après le parti de Tshisekedi, l'UDPS. C'est à ce titre qu'il a présenté son président Pierre Lumbi, ancien conseiller à la sécurité du président Kabila, pour succéder au sphinx.
L’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) est sortie de son silence, mercredi dernier, en proposant de succéder à son président aussi bien à la tête de la plateforme qu'à celle du conseil de transition. Une position rejetée par toutes les autres composantes du Rassemblement.
Cette bataille sans arbitre risque de s'enliser d’autant plus que le choix du successeur de Tshisekedi doit bénéficier d'un large consensus au sein du camp adverse, à savoir la majorité présidentielle.
Le président Joseph Kabila l'a d'ailleurs lui-même rappelé, en début de semaine dernière, aux évêques catholiques qui assurent la médiation dans la crise politique. "Tshisekedi avait été désigné président du conseil national de suivi de l’accord pour sa personnalité historique et non en tant que président de tel parti ou de telle plateforme", avait justifié à Anadolu Adolphe Lumanu, un des négociateurs de la mouvance présidentielle aux négociations de transition en cours à Kinshasa.
D'après plusieurs experts et observateurs approchés par Anadolu, l’impasse autour de la succession de Tshisekedi créera sans doute un large retard dans l’application de l’accord de transition. Ce retard pourrait ainsi compromettre, encore une fois, la tenue des élections dans les délais.
L'actuelle crise était née d'un report de plusieurs élections prévues en 2016, dû à des obstacles techniques et financiers invoqués par le gouvernement. L'enjeu de ces élections réside, notamment, dans la succession à Kabila à la tête de l'Etat, le président congolais étant ainsi arrivé au terme de son dernier mandat constitutionnel.