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21 Novembre 2022•Mise à jour: 21 Novembre 2022
AA / Hakim Maludi
Le conflit entre les Forces armées de la République démocratique du Congo et le groupe M23, soutenu par le Rwanda selon les accusations de Kinshasa, fait toujours rage sur le plan militaire dans la province du Nord-Kivu. Face à la pression internationale, les deux parties pourraient envisager une solution négociée à cette guerre qui dure depuis neuf mois. Au Congo, les voix s’élèvent pour dénoncer toute forme de discussion avec le M23, un mouvement toujours considéré comme terroriste par Kinshasa.
- Au front, une situation confuse
Une vague de panique s’est d’abord emparée de la ville de Goma la semaine dernière suite aux rumeurs d’une prise de Kibumba par le M23. Cette ville située à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu de la province du Nord-Kivu est considérée comme le dernier verrou avant de l’atteindre. Dans la journée du dimanche 20 novembre, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont démenti ces rumeurs sur les réseaux sociaux en s’affichant à Kibumba. La présence du M23 dans ce secteur fait craindre une répétition de l’Histoire aux habitants de Goma, puisqu’il y a 10 ans jour pour jour, cette même rébellion s’emparait de la ville sans rencontrer de résistance digne de ce nom. Après quelques jours d’occupation, la rébellion céda à la pression internationale et accepta de se retirer de la ville en y laissant une population profondément marquée.
Au fil de la semaine, l’intensité des combats s’est peu à peu estompée et le flou s’est installé autour de la réalité de la situation. Du côté des forces loyalistes, on assure que « l’armée se comporte très bien » face à l’ennemi et repousse les différentes offensives du M23. Dans le même temps, les rebelles usent des réseaux sociaux dans le cadre de leur guerre médiatique pour tenter de démontrer qu’ils prennent le dessus sur les FARDC.
En plus des troupes ougandaises déjà déployées sur le terrain, la RDC accueille 900 militaires kényans de la force est-africaine, mise en place en juin dernier par les sept chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), lors d’un sommet à Nairobi. Si le déploiement de cette force d’interposition déplaît à la population, qui craint que ces troupes étrangères ne soient plus concernées par leurs propres intérêts que par l’urgence sécuritaire au Congo, la démarche reflète la volonté des différents acteurs de ne jamais fermer la porte à une solution diplomatique au conflit.
Autre crainte émise par la population du Nord-Kivu, mais également par quelques militaires congolais, que les troupes étrangères déployées au Congo ne s’engagent pas au front contre le M23. Pour rappel, l’Ouganda est un allié historique du mouvement rebelle, dont les cadres s’y étaient réfugiés après leur défaite en 2013.
- Processus de paix de Nairobi : une semaine cruciale de discussions
Ce lundi 21 novembre marque une nouvelle session de dialogue dans le cadre du processus de paix de Nairobi sous l’égide de la Communauté des États d’Afrique de l’Est. L’ancien président kényan, Uhuru Kenyatta, désigné facilitateur de ce processus, s’est rendu la semaine dernière au Nord-Kivu, auprès des troupes déployées mais aussi auprès des déplacés afin d’évaluer la situation sur le terrain. Les pourparlers de paix qui doivent s’engager aujourd’hui s’annoncent âpres entre la RDC et le Rwanda, dont les troupes sont accusées par Kinshasa de combattre aux côtés du M23 au Nord-Kivu.
Le successeur d’Uhuru Kenyatta à la tête du Kenya, le président William Ruto, est actuellement en visite à Kinshasa pour s’entretenir avec son homologue congolais. De son côté, le chef de l’État angolais, Joao Lourenço, prévoit toujours de recevoir à Luanda les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi, mais l’initiative se heurte pour le moment à la poursuite des combats à l’Est du Congo. Ces initiatives diplomatiques font suite aux prises de position d’Emmanuel Macron sur la question au cours du sommet sur la francophonie, qui s’est tenu du 19 au 20 novembre à Djerba (Tunisie). Le président de la République française s’y est notamment entretenu avec son homologue rwandais en l’invitant à permettre le retrait du M23 des zones occupées, notamment la ville douanière de Bunagana, située à la frontière avec l’Ouganda.
A l’issue de ce sommet, le premier ministre de la RDC, Pierre Lukonde Sama, s’est illustré par son absence de la photo de famille avec les chefs d’État francophones, en signe de protestation face au Rwanda, mais aussi face à l’ensemble de la francophonie vis-à-vis de la situation au Nord-Kivu : « Hier je n’ai pas voulu apparaître sur la photo de famille pour faire passer un message », a-t-il ainsi déclaré suite à son geste. « Un message adressé d’abord à la francophonie pour montrer notre désapprobation de cette situation sécuritaire que nous avons à l’est de notre pays. »
Pour l’heure, après une semaine d’intenses discussions en coulisses, aucun retrait des combattants du M23 n’a été observé sur le terrain. Alors que le rôle de la force de l’EAC reste encore flou, le gouvernement congolais peine à convaincre la population sur la stratégie adoptée aux côtés d’alliés bien loin d’être perçus comme tels par la rue congolaise. Les FARDC, quant à elles, bénéficient d’une côte de popularité rarement atteinte. Plus de 2 000 jeunes volontaires ont été enrôlés ces dernières semaines dans l’Est du Congo, répondant à l’appel du Président Tshisekedi de s’engager au sein des forces armées. Reste désormais à savoir si le chef de l’État congolais entamera des discussions directes avec son homologue rwandais. Wait and see.